CHAPITRE II
DE l'ExNTRAINEMëNT CONSIDÉRÉ D UNE MANIÈRE GÉNÉRALE
DéHnilion de renlraînement.
Condilions sur lesquelles repose tout eniraînement.
1o Exercice.
2» Ré(jime.
Alimentation chez le sujet qui s'entraîne.
Des aliments considérés d'une façon générale : de la viande; du pain ; du lait; des œufs; du sel ; du vin; de Talcool ; du tabac.
Du sommeil.
H églcmen talion des repas.
Modifications que subissent les grands appareils de Téconomie pendant renlraînement : circulation ; respiration; digestion; sécrétions; influences de renlraînement sur les fonctions cérébrales.
Royer-Collard a donné de renlrainement la définition suivante : « C'est, dit-il, un art puissant qui consiste en quelque sorte à s'emparer du mouvement nutritif, à le diriger méthodiquement et dans un but déterminé et à changer tantôt dans un sens et tantôt dans un autre la structure intime des organes ».
Cette définition, absolument exacte dans le fond, peut être changée quant à la forme. Voici la définition que je propose : « L'entraînement est un art qui consiste à modifier Thomme ou Tiinimal tant dans ses muscles que dans son organisme, à l'aide de régimes spéciaux de pratiques particulières, pour obtenir dans un exercice physique quelconque le meilleur résultat et faire supporter plus facilement un travail donné ».
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Daas tout eiitralnetnent, il faut donc étudier les condîtions dans lesquelles doit être pratiqué Texercice, le régime, les changements qui surviennent dans les muscles et les modifications qui se font du côté des organes : cœur, poumon, cerveau, reins, etc.
L'entraînement ainsi considéré est un art en même temps qu'une science.
On devrait donc décrire autant d entraînements qu'il y a d'exercices spéciaux, car dans chacun d'eux on cherche à obtenir un maximum que Ton ne pourrait certainement pas atteindre sans suivre certaines règles. Dans la course, c*est la vitesse sans essoufflement; dans la lutte, c'est le poids et la résistance; dans le pugilat, l'insensibilité et le sang-froid; dans la déclamation, la puissance et la souplesse de la voix; dans la gymnastique, c'est raugmcntaiion du volume des muscles et la décupla tion des forces. En un mot, l'entraînement varie, comme le dit M. Brunetière, selon l'homme que l'on veut faire.
C'est à l'entraînement gymnastique que nous nous sommes surtout soumis; c'est lui que nous avons étudié d'une façon suivie. Cependant nous n'avons pas négligé les autres exercices comme : pugilat, escrime, équitation, course, natation, déclamation. Chaque muscle a pour ainsi dire été développé un à un, car j'ai voulu faire autant que possible un homme complet. Le but poursuivi était le suivant : donner aux muscles un très gros volume, tout en faisant disparaître la moindre trace de graisse; mais en même temps accroître leur force et leur résistance, de sorte que le résultat obtenu dépasse tout ce qu'on peut imaginer quand on n'a pas vu les effets de cet entraînement.
V Exercice. — Tout entraînement repose sur une condition indispensable, la répétition, à intervalles réguliers, de l'exercice. On doit, en effet, s'exercer sou-
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vent, quel que soit du reste rentralnement auquel on se soumette, mais il faut que Texercice soit fait aux mêmes heures et toujours pendant le même temps. J'attache une grande importance à cette manière de procéder, car Tcxpérience ma appris que le muscle ne gagne pas h être mis dans un état de contraction fréquente et de courte durée. Il vaut mieux travailler moins souvent, mais plus longtemps.
Il faut suivre une progression lente et méthodique et s'exercer longtemps avec des petits poids avant de songer à soulever les grosses haltères. Il ne faut, dans aucun cas, s essayer à faire plus qu'on ne peut sous peine d'arriver vite au surmenage et à l'usure prématurée. Si, par exemple, après avoir suivi pendant un certain temps un entraînement régulier, on ne peut dépasser le cent dix à la volée, il ne faut pas s'acharner quand même à vouloir faire le cent- vingt. Il faut toujours mettre une grande énergie dans tout ce que Ion fait, mais il faut savoir reconnaître aussi que les aptitudes physiques sont loin d'être égales chez tous les individus, et que malgré l'entraînement le mieux dirigé, on ne peut arriver à ces résultats admirables que certains sujets particulièrement favorisés peuvent seuls obtenir.
11 faut toujours exécuter les mouvements avec une grande correction; les à peu près, dans les exercices physiques ne conduisent à rien et ne font que causer une perte de temps.
En s'exerçant ainsi méthodiquement, patiemment, on est toujours sûr, lorsqu'on demande un grand effort à ses muscles, de les trouver prêts à obéir à la volonté.
2* Hégime, — Le régime, et j'entends par là, selon la définition de Littré, « l'usage raisonné et méthodique des aliments et de toutes les choses essentielles à la vie » est tout aussi important que l'exercice dans l'en-
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tralnement. Le muscle est, on peut le dire, resclavc du régime. Il faut varier lalimentation selon l'effet (ju'on veut produire. L'exemple des soldats de Técole gymnastique de la Faisanderie le prouve surabondamment. Ces hommes ont tous la même nourriture et prennent chaque jour une quantité insuffisante d'aliments pour le travail qu'on leur impose; aussi, malgré la fréquente répétition de leurs exercices, leurs muscles mettent-ils beaucoup de temps à se perfectionner. Un beau biceps est une exception chez le paysan, pourquoi? parce que le pain et les féculents dont on se nourrit presque exclusivement à la campagne n'ont jamais donné de muscles à personne.
Lorsque je quittais Paris pendant un mois ou deux, au milieu de l'entraînement, mes biceps étaient très gros. Aussitôt arrivé h la campagne, et quoique faisant les mêmes exercices et me baignant tous les jours, je constatais que mes muscles diminuaient de volume. C'est qu'en effet h Paris je me nourrissais surtout de viande de bœuf ou de mouton, tandis qu'à la campagne le régime changeait et j'absorbais beaucoup plus de pain et de viandes blanches. Il n'y avait cependant pas diminution des forces, mais amoindrissement parfaitement constatable dans le volume du muscle. Chez le cheval et le chien, l'exemple est encore plus frappant. Un poulain nourri au foin n'est jamais musclé, celui au contraire h qui on a donné de l'avoine aussitôt qu'il a pu la mâcher, a toujours une belle musculature.
Comment est- on arrivé à faire ces chiens énormes mastiffs ou grands danois qui parviennent aux poids incroyables de 150 et même 180 livres? simplement à l'aide d'une nourriture spéciale, très azotée, en un mot, en les saturant de viande. On est donc dans le vrai en disant que l'alimentation domine toute la question de l'entraînement.
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Examinons donc rapidement quel est le mode d'alimentation le plus convenable pour riiomme lorsqu'il veut non seulement bien se porter, mais encore atteindre le plus haut degré de force que ses muscles sont capables de produire.
L'homme, au point de vue physiologique, peut être comparé à une machine. On sait que les nombreux rouages de cette machine ne peuvent être mis en mouvement qu'à l'aide de la combustion; de même notre organisme, pour produire de la chaleur et finalement du travail, doit absorber tous les jours une certaine quantité de substances, qui, modifiées par l'acte digestif, seront finalement brûlées dans le poumon et l'intimité des tissus. Ces substances, ce charbon de la machine vivante, ce sont les aliments.
L'aliment n'est pas une matioro simple, mais contient des principes immédiats que Ton peut diviser en trois groupes.
1° Les substances quaternaires, albuminoldes, protéiques, plastiques, contenant surtout de l'azote ; on les retrouve dans la viande, le pain, l'œuf, etc.
2® Les substances non azotées, ternaires, respiratoires, hydrocarbonées, contenant principalement du carbone, de l'hydrogène, de loxygène. Comme le pain, le beurre, l'huile, les pommes de terre, les légumes, etc.
3° Les principes d'origine minérale; parmi les plus importants nous trouvons, les phosphates, les carbonates et surtout le chlorure de sodium.
L'homme perd par jour 20 grammes d'azote et 310 grammes de carbone. 11 faut donc réparer ces pertes et c'est en absorbant à peu près 819 grammes de pain et 500 grammes de viande qu'on y arrive. On peut encore dire qu'il faut à un sujet adulte et bien portant quotidiennement : 120 grammes de matières protéiques, 380 grammes d'hydrocarbure et 90 grammes de graisse.