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DES CONDITIONS DIVERSES AU MILIEU DESQUELLES ON PEUT AVOIR

Les conditions dans lesquelles on peut être appelé à dire des vers en public ne sont pas sans quelque intérêt à indiquer, car il est hors de doute que pour produire tout l'effet désirable il faut encore tenir compte de deux choses essentielles : V de la disposition de la salle au

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point de vue de l'acoustique; 2* du public qui vous écoute.

Le professionnel, qui joue quotidiennement sur la même scène de théâtre, en connaît parfaitement la résonnance. Il sait qu'il peut lancer une note vigoureuse sans que celle-ci ressemble à un cri sauvage et discordant; il n'ignore pas jusqu'à quel degré il peut aller en l'amoindrissant, sans cependant cesser d'être entendu.

Il n'en est plus de même pour celui que le hasard des circonstances appelle à dire des vers dans une salle presque toujours trop petite, trop basse, très défectueuse. Si on le peut, il faudra essayer le local afin de se rendre exactement compte de la portée de la voix, et surtout considérer qu'une salle vide n'a jamais la même résonnance que lorsqu'elle est remplie de monde et que même, Tété, les fenêtres ouvertes d'une salle laissent échapper le son.

En second lieu, le déclamateur doit prendre immédiatement contact avec les personnes devant lesquelles il se trouve, c'est-à-dire juger du premier coup d'oeil leur degré d'intelligence et de sentimentalité. Ce flair s'acquiert par l'habitude de paraître en public; on sent alors immédiatement à qui on s'adresse et si on doit gonfler la note ou s'attacher à bien nuancer. Faire un choix judicieux des morceaux et les approprier au milieu devant lequel on parle, est une affaire de tact.

Bien des poésies modernes sont difficiles à interpréter étant inintelligibles. Comment, dans cette condition, arriver à faire saisir aux autres ce que plusieurs lectures attentives n'ont pu faire comprendre à soimême?

Dans les œuvres littéraires, comme dans les œuvres scientifiques, tout ce qui n'est pas clair et lumineux devrait être impitoyablement écarté.

Les décadents nous ont assez montré le point extraordinaire qu'on peut atteindre dans ces régions de Fincompréhensible.

Il n'est que temps de protester contre cet engouement qu'on prétend nous imposer.

Toutes ces élucubrations, sorties du cerveau des « nébuleux », sont comme autant de rébus indéchiffrables, et en les lisant, il me revient toujours à la mémoire ces deux vers que notre grand et sincère Molière, dans son Misanthrope^ met dans la bouche d'Alceste :

Ce ne sont que grands mots el qu'affectation pure, Et ce n'est pas ainsi que parle la nature.

Si on veut faire des chefs-d'œuvre, pourquoi ne plus les écrire dans la langue de Racine, de Corneille, de Voltaire, de Victor Hugo ou de Leconte de Lisle ?

Depuis longtemps déjà, le sentiment artistique du beau va se perdant de plus en plus. La foule, qui prend ses aises dans les cafés-concerts, se délecte à l'audition de chansonnettes comiques, de monologues ou de revues. Il est triste de penser que le goût populaire est faussé au point que beaucoup de nos contemporains bâilleraient à la lecture d'une belle page de Chateaubriand, d'Alfred de Vigny, de Lamartine ou de Musset. Dans certains théâtres, on habitue les spectateurs au seul plaisir des yeux. La pièce n'est rien, les décors et les costumes sont tout, si bien que le talent quelquefois très réel des artistes se trouve comme noyé dans la somptueuse mise en scène.

Espérons qu'une réaction salutaire ne tardera pas à s'opérer en faveur du bon goût méconnu, de la clarté, de l'équilibre dans la pensée et de l'harmonie dans la forme.

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DE LA lecture

Nous allons dire quelques mots de la lecture. Chacun connaît la difficulté de cet art et sait combien il est rare d'entendre des lecteurs corrects en même temps qu'expressifs. Or, les difficullés qu'il y a à surmonter sont pour ainsi dire de trois sortes : il y a en effet trois espèces de lecture. Une ([ue l'on fait sans travail préalable du morceau que l'on a à lire. C'est une véritable improvisation. C'est comme le musicien qui déchiffre un air. Ainsi on lit un article de journal, un imprimé quelconque, selon les besoins de chaque jour. Dans celte variété de lecture, on ne peut guère que prononcer nettement. Bien peu de gens ont ce don précieux de pouvoir lire une page qu'ils ne connaissaient pas déjà en donnant en même temps le ton juste et Texpression.

Dans la deuxième espèce, on a un certain temps devant soi pour étudier le morceau, quel qu'il soit du reste, avant de le dire en public. On sait exactement de quoi il s'agit. C'est déjà une lecture approfondie, apprise.

Enfin dans la troisième espèce, le morceau à lire est connu à fond. On le sait presque par cœur. C'est l'art dans tout ce qu'il a de raffiné, de difficile. C'est en somme de la déclamation, moins le geste.

La lecture représente la partie véritablement utile dans l'art du diseur. Tout le monde a, dans sa vie, des occasions nombreuses de lire en public; aussi l'éducation devrait s'attacher à enseigner aux jeunes gens à devenir, sinon des lecteurs de talent, du moins des lecteurs capables de se faire entendre, de se faire comprendre et de faire plaisir. Qu'on ne néglige pas, dans les études de la déclamation, de consacrer un certain temps à la lecture proprement dite. On pourra s'exercer fructueusement à lire dans des pages de

Michelet, de Massillon, dans les oraisons funèbres de Bossuet, etc. Parmi les auteurs modernes, le choix des lectures ne manque pas. Je recommande tout particulièrement les contes de Daudet, et parmi ceux-ci : La chèvre de M. Seguin, Le curé de Cticugiian et Le souspréfet aux champs,

La lecture à haute voix est bien plus fatigante que la déclamation ou le chant. Cela tient à ce que les phrases, quelquefois très longues, d*un morceau de prose, devant se dire sans presque reprendre haleine, les pauses étant souvent peu nombreuses, on s essouffle plus vite. Et c'est ce qui produit si rapidement la fatigue et le surmenage de la voix.

M. Anquelil, inspecteur honoraire d'Académie, dans un très intéressant discours sur la lecture à haute voix qu*il fit un jour à des instituteurs, cite souvent RoUin, ce maître, dit-il, dont la vieille Université s'honore et que vénère la nouvelle.

Il nous dit donc que RoUin, dans son Traité des études, exige quatre qualités de la lecture; il veut qu'elle soit correcte, claire, ornée et proportionnée :

1° La prononciation correcte est celle qui est exempte de défauts et consiste surtout à en éloigner tout son étranger et rustique.

Les professeurs du Conservatoire qui font interpréter nos chefs-d'œuvre classiques ne cessent d'insister tout d'abord pour faire corriger ce défaut.

2* Que la prononciation soit claire, et elle ne s'obtient qu'à la condition de ne manger aucune syllabe, ni de glisser légèrement sur d'autres; bien marquer les accents, et faire sentir les finales, même celles qui sont muettes, enfin savoir soutenir et suspendre la voix par des pauses et des repos ménagés, selon la marche et les progrès de la période.

3' Que la prononciation soit ornée et par là il entend

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celle qui est secondée d'un heureux organe, d'une voix aisée, grande, flexible, durable, sonore, douce et entrante. Avoir Thabileté de ménager les différents ports de voix, à commencer d'un ton qui puisse hausser et baisser sans peine et sans contrainte, à conduire tellement sa voix qu'elle puisse se déployer tout entière dans les endroits où le discours demande beaucoup de force et de violence et principalement à bien étudier et à suivre en tout la nature.

4° Enfin Rollin exige une dernière et importante qualité : il veut que la prononciation soit proportionnée à la diversité des sujets, car si les uns comprennent un ton simple et uni, presque semblable à celui d'une conversation familière, d'autres comportent Télcgance et la délicatesse et d'autres enfin la véhémence e* l'àpreté.

Et M. Anquetil nous explique qu'on ne doit pas lire du même ton, dans M""' de Sévigné, la mort de Turenne ou celle de Vatel, ni dans Molière le sermon d'Arnolphe à Agnès ou les sages paroles de Cléanthe à Orgon.

Autre devra être la lecture du dialogue de Vadius et de Trissptin, autre celle des imprécations de Camille ou de Cléopàtre. Et il prend le soin d'ajout(;r que cette proportion est mobile et pour ainsi dire déterminée par de nombreuses convenances. Par exemple on ne lira pas dans un lieu profane et devant un auditoire restreint le récit déchirant de la mort de la duchesse d'Orléans, comme il a dû être prononcé ])Slv Bossuet sous les voûtes de Saint-Denis devant ces restes qui bientôt « n'auront plus de nom dans aucune langue », de même qu'on ne saurait prononcer dans une classe la foudroyante apostrophe de Massillon : « Grand Dieu! où sont vos élus? et que reste-t-il pour votre partage? » avec cet accent pathétique dont l'histoire a gardé la tradition.

Donc dans la lecture, comme du reste dans la déclamation, il faut du goût, du tact et du jugement.

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