CHAPITRE XXI
DE l'ÉQIIITATION
Généralités sur l'équilalion. Son influence sur les grandes fonctions.
Historique.
Conformation et hygiène du cheval de selle.
Quelques réllexions sur la locomotion du cheval.
De l'intelligence du cheval.
Hante école.
Du travail en liherté.
Principes de dressage du cheval de selle.
De l'entraînement du cheval.
Keproduclion du cheval.
Arrivé à ce chapitre, je ne peux dissimuler tout le plaisir que j éprouve à parler de cet art, le plus noble entre tous, le plus agréable, celui qu*après la médecine j'ai le plus cultivé, le plus aimé. Du reste mon apprentissage en équitation date de loin, car, j'ai, dès mon plus jeune âge, monté à cheval et constamment fréquenté les manèges; aussi cette joie de chevaucher a-t-elle été toujours pour moi une véritable passion. J'ajouterai qu'exerçant la médecine à la campagne, j'ai pu tous les jours monter à cheval et me perfectionner. Que néanmoins mes loisirs ont été assez grands pour me permettre de faire du dressage en haute école et en liberté dans un manège que j'ai à ma disposition. Que, habitant près d'une rivière, où se trouvent de vastes prairies, j'ai pu aussi faire de l'élevage et étudier le poulain en l'éducant selon une méthode que j'explique dans un autre chapitre. Qu'enfin, les résultats que j'ai obtc-
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nus tiennent à un travail persistant qui eût été irréalisable ailleurs.
J'aurais voulu faire une étude complète decet aninml incomparable, le cheval, et dire tout ce que je peusc sur cet art, malheureuseiiieut un peu délaissé aujour-
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d'hui, réquitation ; mais je suis obligé de me restreindre, la nature de ce livre ne comportant pas un 1res long développement sur ce sujet.
L'équitation est le plus attachant de tous les sports, et pourtant, à vrai dire, son influence sur les muscles est médiocre. Elle n*agit que sur certains groupes musculaires très restreints. Pour bien monter à cheval il faut beaucoup de vigueur, c'est vrai, mais surtout du « moelleux sans mollesse, du soutien sans roideur ». Cet exercice physique est cependant des plus importants au point de vue de son action générale sur lorganisme et sur quelques sens en particulier. Il est inutile de démontrer son utilité pratique. Dans un système d'éducation bien compris, renseignement de Téquitation doit prendre'une large part.
Mais c'est un art qu'on n'apprend qu'avec beaucoup de temps; qu'on ne comprend bien que tardivement, aussi faut-il commencer son étude de très bonne heure et prendre conseil de maîtres expérimentés.
L'équitation ou, pour généraliser davantage, l'art du cheval, comprend plusieurs parties, en apparence presque différentes l'une de l'autre. On peut, pour ainsi dire, décrire à part l'équitation ordinaire ou école du cavalier; celle du manège ou du cirque; la haute école; enfin le dressage en liberté et Téquitation des courses ou du turf. Pour être ce qu'on appelle « un homme de cheval » accompli, il faut connaître parfaitement toutes ces branches diverses de l'art équestre, auquel on peut ajouter encore, Técole des haras et Télevage, qui permettent d'étudier le poulain depuis le moment de sa naissance jusqu'à l'époque du dressage totalement fini. C'est donc une étude approfondie du cheval qui seule permettra de comprendre sa nature éminemment complexe, si complexe même qu'on ne l'a pas encore parfaitement définie aujourd'hui.
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Disons en quelques mots l'heureuse influence de l'équitation sur les fonctions principales de Téconomie et notons tout d'abord que, si elle n'est pas à elle seule capable de donner de gros muscles, elle a néanmoins une action éminemment favorable sur la santé générale.
L'équitation, en effet, comme tous les exercices faits en plein air, favorise la respiration, du moins aux allures modérées. I*ar les secousses légères qu'il imprime aux viscères abdominaux, l'exercice du cheval aide à la digestion; Tappétit devient plus vif (*). Le besoin de prendre de Talcool se fait sentir, ce qui prédispose à Tobésité les cavaliers qui ne font pas d'autres exercices. Du reste l'équitation n'est pas également facile et agréable avec tous les chevaux. Les chevaux de haute taille, entiers, à encolure épaisse, à nmscles très développés sont particulièrement durs. Le trot, dit à la française, est aussi excessivement pénible, et on se demande comment, pendant si longtemps, on a pu rendre cette position, du cavalier au trot, obligatoire dans l'armée.
Je ne parlerai pas des accidents nombreux qui peuvent survenir pendant une course à cheval. Un proverbe Arabe dit que : « le tombeau du cavalier est toujours ouvert )>. L'équitation est donc un exercice dangereux ; aussi, pour réduire au minimum les chances de chute, faut-il avoir toujours un cheval bien dressé et savoir le monter.
La vue, Touïe se perfectionnent par l'usage du cheval; ces sens sont toujours en éveil. Enfin, l'équitation donne du courage, de la hardiesse au cavalier qui est sans cesse exposé au péril.
On a accusé l'équitation de produire l'atrophie des testicules, de favoriser le développement des hémorroïdes, des varices, des hernies. Je n'ai jamais, pour
(') EquilaliOf maxime stomachum firmnt, a dit Antyllus.
DK l'équitation 421
ma part, noté aucun de ces inconvénients. Ce (|ue les médecins militaires ont signalé et ce qui se produit surtout chez les jeunes cavaliers, ce sont les ruptures musculaires du vaste interne ou externe même et la production consécutive d'ostéomes par un processus encore inexpliqué. On voit aussi quelquefois des fractures de la main chez des cavaliers irascibles qui, voulant corriger leurs chevaux, en les frappant avec le poing, se brisent le cinquième métacarpien sur la crête tranchante de la protubérante occipitale externe de Tanimal. Il n'est pas rare non plus d'observer la contusion du testicule.
J'ai pendant longtemps, dans mes excursions à cheval ou mon travail de haute école, recherché les modifications que subit le pouls, principalement au point de vue de sa fréquence pendant les différentes allures ou les différents mouvements de manège. N'ayant pas là non plus à ma disposition les appareils enregistreurs nécessaires pour de semblables études, j'ai dû me contenter d'étudier les changements apportés à la fréquence des battements du cœur et appréciables en examinant, par le toucher, le pouls de la radiale. Remarquons d'abord que les oscillations que présente le pouls durant une course h cheval sont très variables et tiennent h des conditions multiples. Ainsi, dans les allures précipitées, les grands chevaux, ayant les réactions très dures, exigent un travail musculaire plus considérable de la part du cavalier, ce qui augmente la IVécjuence du pouls. Au contraire les petits chevaux, ayant les réactions plus moelleuses, ne fatiguent pas autant ceux ([ui les montent et les battements du cœur sont moins modifiés. Sur un lerrain uni, sur une route non accidentée, au pas, le pouls ne change pas. 11 n'en est pas de même lorsqu'on chevauche sur un chemin semé d'inégalités de toutes sortes. La surveillance plus attentive de sa monture,
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les secousses imprimées au corps, augmentent notablement la fréquence du pouls. Dans un cas, mon pouls, qui était de 86 au moment du départ, s'est maintenu à 100 pendant un trajet de 3 kilomètres effectué dans un très mauvais chemin. Le temps de mettre pied à terre, de visiter un malade, et le pouls était revenu à 80.
Voici maintenant, brièvement indiquées, k»s modifications du pouls après les différentes allures. Lorsque je monte à cheval, que je ne fais aucun mouvement, que je me laisse porter et que je n'ai fait aucun exercice antérieur, le pouls se maintient d'ordinaire à 80. Dans ces conditions, la moindre échappée au trot ou au galop pendant 3 à 400 mètres, le fait monter à 100 et 108. Au bout de quelques minutes de pas, le pouls revient à la normale. Je note que, après une échappée de 150 mètres au grand trot, le pouls est à 120. Dans le galop rapide, à 136; une autre fois, dans le grand trot, à 138. Le trot dit à la française paraît moins troubler la circulation que celui dit à l'anglaise, puisque je trouve mon pouls à 140 après une échappée de 500 mètres à l'anglaise et k 120 après la même échappée à la française.
Le travail de la haute école augmente lui aussi le nombre des pulsations. Mais ici encore des causes nombreuses et variées, difficiles è analyser, font sentir leur influence sur le cœur. Je remarque, par exemple, que le pouls, étant à 80 en commençant l'exercice, arrive de suite à 100 après les premiers pas de côté. 11 s'y maintient presque pendant tout le temps du travail. Au trot, il augmente de 10; c'est que, en haute école, les mouvements au trot sont plus durs à exécuter qu'au galop. Aux passages, il est à 120. Aux changements de pieds aux temps, à 120 aussi.
Je fais bondir le cheval sur place, 100. Enfin j'ai
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remarqué qu'en certains jours, soit qu'on se trouve mieux disposé que d'autres pour faire de l'équitation, soit que le cheval soit plus obéissant, plus allant, le pouls atteint un chiffre de pulsations moins élevé que celui que j'indique plus haut et qui n'est du reste luimême qu'une moyenne.
En résumé, l'équitation est indispensable à l'homme; d'abord pour le plaisir salutaire qu'elle lui procure, ensuite à cause de son utilité incontestable. Elle développe en lui toutes les qualités nobles et énergiques. En tenant constamment tous ses sens en éveil, elle les perfectionne. L'hygiéniste ne saurait donc trop encourager cet exercice qui agit presque autant sur le moral que sur le physique.
L'équitation n'est pas seulement un exercice utile et agréable, mais c'est encore un moyen qui n'est pas à dédaigner en thérapeutique pour le traitement de plusieurs affections et dans la convalescence de certaines maladies aiguës. Toutes les fois, par exemple, qu'un malade est resté longtemps dans son lit, ses muscles, par le fait même de l'inaction prolongée, subissent toujours un certain degré d'atrophie; or l'équitation, mieux encore peut-être que l'électricité, relève la santé générale, favorise la nutrition et redonne aux muscles leur force et leur tonicité.
L'équitation présente du reste cet immense avantage que, si l'on monte un cheval doux et bien dressé, on peut faire une promenade au pas, aussi tranquillement et avec tout autant de sécurité que si Ton était assis dans un fauteuil roulant.
L'exercice du cheval est particulièrement recommandable dans les cas d'anémie, de chlorose, de neurasthénie ; il est indiqué pour les phtisiques au début de leur maladie, comme l'avait du reste observé déjà Sydenham, car, à une allure peu rapide, ils peuvent
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sans se fatiguer faire une cure d'air, prendre un bain de soleil, et exciter leur appétit.
Enfin Téquitation, en régularisant les fonctions digestives, empêche les constipations opiniâtres qu'on observe chez les personnes menant une vie trop sédentaire et pas assez mouvementée.
De l'équitation ordinaire on de route. — l/équitation ordinaire est surtout nécessaire a ceux qui se servent du cheval pour faire des promenades ou des courses obligées par leur profession (*). C'est en somme l'équitation utile, celle que tous les peuples ont cultivée, que tout le monde autrefois pratiquait, quand il n'y avait pas encore les moyens de locomotion rapide que nous possédons aujourd'hui. Presque tous les chevaux bien conformés peuvent servir pour ce genre d'équitation, car on ne demande à l'animal qu'une grande solidité et une complète franchise d'allures. Néanmoins il faut que le cheval ait subi un certain dressage pour obéir aux aides et avoir de la souplesse.
II y a certaines règles à suivre, lorsque étant obligé de faire à cheval des courses plus ou moins longues, on ne veut pas troj) se fatiguer et surmener sa monture. Il faut d'abord diriger toujours son cheval avec le filet, afin de ne pas le gêner dans son mouvement et laisser toute liberté à l'encolure. Aller au pas le plus souvent. Un cheval de selle doit toujours avoir un bon pas; s'il ne l'a pas, il fait « la honte » de celui qui le monte. « Le pas, c'est l'allure de toujours », dit l'Arabe. On peut aussi trotter de temps à autre. Quand on trotte, il est nécessaire d'aller à l'anglaise, et de trotter tantôt sur un bipède, tantôt sur l'autre. Le trot à l'anglaise
{') Je ne saurais trop engager mes jeunes confrères à pratiquer Tusage du cheval de selle comme moyen de locomotion à la campagne, où on a à parcourir de mauvais chemins inaccessibles aux voitures, bicyclettes et automobiles.
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fatigue moins le cheval et son cavalier. Celui-ci doit toujours savoir sur quel bipède il s'enlève. Enfin, on peut faire quelques échappées au galop. Sur les routes pavées ou cailloutées, très dures pour le pied du cheval, il est mauvais de prolonger trop longtemps cette allure.
Quelles sont les sensations que Ion éprouve à la suite d'une longue course faite à cheval? Il n'y a pas à proprement parler de véritable fatigue ; c'est plutôt une lassitude générale qui disparaît vite aussitôt qu'on a mis pied k terre. Mais on ressent une espèce d'énervement provenant de la surveillance incessante que l'on est obligé de faire de sa monture pour éviter les accidents. Le cheval en effet ne doit jamais être abandonné à lui-même; cela ne veut pas dire qu'il faille tirer sur sa bouche, mais signifie qu'il faut toujours la sentir et exciter constamment l'animal avec les jambes ; en un mot, tenir son attention en éveil Le véritable cavalier ne laisse jamais son cheval en repos ; il lui « parle » sans cesse, par de légères tensions de rênes, par de petites pressions de jambes, sans toutefois aller jusqu'à l'éperon. Celui-ci ne doit servir en effet qu'à ch'âtier ou à obtenir un mouvement exigeant beaucoup d'énergie. Lorsqu'on est bien entraîné, on peut rester un temps considérable à cheval sans éprouver le moindre inconvénient; tout le monde sait au contraire que quand on est novice dans cet art ou que, ayant cessé de le pratiquer, on s'y livre de nouveau, on ressent, après la plus courte chevauchée, une courbature générale qui peut même s'accompagner d'accidents plus sérieux. J'ai observé et traité une véritable occlusion intestinale chez nu sujet qui, n'ayant pas l'habitude de l'équitaticm, fît sur un cheval à réactions très dures, un trajet de quarante kilomètres. L'intestin avait été tellement secoué que, par le fait d'une rotation, torsion
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ou coudure, le cours des matières fut eomplètement interrompu. Dans ces dernières années, où les choses les plus excentriques et les plus sensationnelles ont été accomplies dans lous les sports, Téquitation n*est pas restée en arrière, et des marches véritablement surprenantes ont été exécutées à cheval. Ainsi des cavaliers ont pu venir de Berlin à Paris, d'autres traverser toute la Sibérie avec la même monture, etc., etc.
Ceci ne rentre plus dans l'entraînement et doit être condamné au même titre que les courses de taureaux ; car presque toujours les malheureuses bêtes à qui on a imposé ce travail forcé ont succombé peu de temps après ces efforts extraordinaires.
Donc toute Téquitation n'est pas enfermée dans les murs du manège et, quoique partisan convaincu de la haute école, j'estime néanmoins que le fait de se servir longtemps d'un cheval sans l'user prématurément ou le tarer, ou de le diriger sans le fatiguer pendant un long trajet constitue un art véritable, qui n'est certes pas à dédaigner, puisque c'est en somme le plus utile. J'ajoute qu'il est à la portée de tout le monde. Si, peu de personnes peuvent devenir capables de faire exécuter le galop sur trois jambes à un cheval, presque toutes peuvent arriver à connaître et à appliquer judicieusement les principes de l'équitation ordinaire. Ces principes éminemment utiles, il faut que tout cavalier les connaisse à fond. (îrâce à eux, il pourra se servir d'un cheval qui aura atteint les limites de sa vie et il ne craindra pas de dire avec orgueil qu'il a toujours traité son cheval comme un bon serviteur, ayant eu pour lui tous les égards que tout homme raisonnable doit aux animaux soumis à son autorité.
Pour faire de l'équitation, il est presque aussi indispensable d'avoir une bonne selle que de posséder un cheval bien dressé. Les selles n'ont pas toutes la même
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conformation et varient selon les pays. Les selles fran(;aises, anglaises, hongroises et arabes en' représentent les principaux types. Celle dite anglaise est la meilleure. Elle peut être en peau lisse ou recouverte de peau de daim pour que Ton glisse moins. Dans tous les cas, il faut qu'elle s adapte parfaitement au cheval et qu'elle ne soit ni trop haute du devant, ni trop rembourrée du derrière. Le siège en sera large pour que la position du cavalier soit bien assurée ; il est même bon, à ce point de vue, de la faire confectionner sur mesure. Des quartiers rembourrés et placés de nianière à laisser la jambe tomber dans la verticale, voilà ce qu'il faut rechercher. On peut dire, sans exagération, que l'écuyer fait sa selle, comme Toiseau construit son nid; un mauvais cavalier aura toujours une selle défectueuse. Du reste, une selle n'est jamais très bonne que lorsqu'elle a servi un certain temps. Je ne saurais trop recommander, pour la haute école, des selles légères, ne laissant pas une trop grande liberté au garrot et ayant des panneaux peu épais.
Dans ces conditions, les cuisses s'adaptent mieux au corps du cheval qui sent plus facilement les moindres pressions de la jambe et du talon.
Le tapis sous la selle est utile; il absorbe la sueur et prévient les excoriations de la peau. Il est nécessaire qu'il ne soit pas trop épais, il faut qu'il dépasse en avant le pommeau, en arrière le troussequin, d'au moins cinq doigts.
La croupière empêche la selle d'avancer sur les épaules. Elle est aujourd'hui complètement démodée, et pourtant, dans le parcours d'un long trajet, elle est indispensable, car elle prévient la surcharge de Favantniain.
Un bon cavalier doit pouvoir se tenir sur une%selle sans sangles et sans étriers; cependant, pour la prati-
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que ordinaire de Téquitation, il est impossible de se passer de ces accessoires qui donnent la solidité et par cela même la sécurité.
L*écuyer doit aussi prêter une grande attention à la disposition du mors pour être en état de diriger son cheval avec toute la délicatesse désirable. 11 ne faut pas que les canons soient trop longs, car, dans la traction des rênes de bride, le mors bascule et ne produit plus d*etfets sur les barres.
Toujours la bride doit posséder une fausse gourmette; je me sers, pour cet usage, d'une petite chaînette en acier ou en argent terminée à ses deux extrémités par deux petits mousquetons qu'il est facile et expéditif d'accrocher aux trous des branches du mors.
Enfin, pour les mouvements délicats de la haute école, il n'est pas jusqu'à la longueur, la largeur et l'épaisseur des rênes de filet et de bride qui n'aient leur importance; tout ceci doit être parfaitement ajusté à la main du cavalier.
Une bonne précaution consiste aussi à mettre un coulant dans les rênes de bride pour qu'on puisse les lâcher quand on le désire sans qu'elles descendent trop bas.
Tous ces détails, en apparence insignifiants, ont en réalité cependant une grande importance pour quiconque veut arriver h la perfection dans les différents mouvements de Téquitation savante; aussi je me permettrai d'ajouter que, lorsqu'on monte en public, il faut trois autres choses : des boUcs peu serrées, des éperons vissés au talon et un chapeau... qui tienne bien sur la tête.
Historique et locoiuotion du cheval. — De tout temps, le cheval a été au service de l'homme et il est bien difficile de savoir si primitivement cet animal a été attelé ou monté. L'équitation, c'est-à-dire <. l'emploi et la di-
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rection du cheval de selle d'après certains principes », confond son origine avec celles des premières sociétés humaines. On peut diviser Thisloire de Féquitation en trois périodes : 1° une période ancienne très obscure où les documents sérieux font défaut; 2" une seconde période où Tart de 1 ecjuitation est porté à son apogée ; cet art fait partie intégrante de l'éducation des jeunes seigneurs, c'est la période des tournois; la chevalerie brille alors dans tout son éclat; 3" enfin une [)ériode moderne.
Les premiers peuples de TAsie et de l'Afrique ont été de tout temps cavaliers par instinct. L'histoire nous dit aussi que les Scythes étaient des cavaliers intrépides et nourrissaient beaucoup de chevaux. Quant aux Grecs, ils poussèrent assez loin l'art équestre, mais, au début, ils n'avaient qu'une cavalerie peu nombreuse. Elle devint plus puissante lorsqu'ils eurent conquis le grand empire des Perses. On prétend que les Grecs guidaient leurs chevaux seulement à Taide de la main et de la voix.
Rome, au début, n'avait pas de cavalerie et, ce qu'on appelait les Célères, n'étaient que des fantassins qui montaient à cheval pour se rendre sur le lieu du combat. Plus tard, dans ses luttes terribles avec Anuibat, Rome apprit à connaître toute l'utilité d'une bonne cavalerie dans les combats. En elfet, pendant les guerres puniques, la victoire passait alternativement d'un camp à l'autre selon que la cavalerie numide était au service des Romains ou des Carthaginois. On se représente difficilement la puissance que devaient avoir ces cavaliers africains qui, pour charger plus vigoureusement, enlevaient la bride de leurs chevaux, d'où le nom de « Numidi infreni » sous lequel on les désignait. On ne peut comparer cette force qu'à une tempête qui dévaste tout sur son passage : « procetla equitum ». Les hordes
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d'Attila montées sur des cavales à moitié sauvages nous donnent encore l'idée de l'effrayante impétuosité avec laquelle ces guerriers s'élançaient sur l'ennemi.
A cette époque primitive, on ne connaissait pas encore l'usage de la selle. Les cavaliers mettaient sur leurs chevaux une simple couverture ou une peau de bête. Pour monter à cheval, il y avait même sur les routes romaines, de distance eu distance, des bornes qui servaient à cet usage. Certaines peuplades barbares ajoutaient à leur lance une forte lanière, formant une sorte de boucle, qui leur servait d'étriers. Ceux-ci ne furent employés pour la première fois que par les Francs, qui, comme les Gaulois et les Numides, étaient d'habiles cavaliers.
Au moyen âge, l'équitation se transforma complètement par la création de la chevalerie et des tournois. De grandes modifications furent apportées, on le conçoit, à la manière de se servir du cheval. Les nobles de cette époque, couverts de cottes de mailles, bardés de fer des pieds à la tête, combattaient avec l'épée, la hache d'armes ou la dague. Les chevaux d'alors, solidement protégés par des plaques de fer, étaient des colosses possédant un poids et une force extraordinaires pour supporter tout cet attirail. La position du cavalier à cheval fut aussi complètement changée. Le chevalier se tenait presque droit, roide sous son armure, debout sur ses étriers. 11 y avait loin de celte position à celle des premiers hommes qui, souvent sans frein, avec une simple peau sur le dos de leurs chevaux, étaient accroupis sur l'encolure.
C'était dans les tournois que la noblesse du moyen âge venait faire admirer son courage et son adresse. Ces jeux guerriers, si en honneur pendant tous les temps féodaux, commencèrent à disparaître après le terrible accident arrivé au roi Henri II, qui, dans une
de ces joutes, fut tué par un seigneur, Montgomerry, en 1559. Il faut ajouter aussi que l'invention de la poudre à canon contribua beaucoup à faire remplacer les chevaux lourds et pesants d'alors par des chevaux plus légers dont les allures rapides permettaient aux cavaliers de se porter rapidement d'un point à un autre.
Dès lors s'ouvre une autre période pour Téquitation. On ne recherche plus autant le poids et la masse, mais, par d'heureux croisements, on arrive à la vitesse et à la finesse dans les proportions. Du reste, à partir du règne de Charles III, roi d'Angletçrre (1660), commence à être introduit en Europe le cheval oriental, qui peut être considéré comme la souche primitive du cheval de course d'aujourd'hui. L'équitation se modifia alors profondément; elle fut soumise à des règles plus précises; elle devint un art véritable qu'illustrèrent, pour ne citer que les plus fameux, les Grison, les Pluvinel, les Pignatelli, les La Guerinière, etc. Depuis, nous voyons se succéder une série d'écuyers remarquables, tels que d'Abzac, Bohon, d'Auvergne, Mottin de la Balme, le comte d'Aure, écuyer en chef de l'école de cavalerie, dont le Traité d'équitation est devenu classique; puis Franconi et surtout Baucher. Enfin il était réservé k M. Fillis de pousser l'art équestre aux dernières limites de la perfection; de telle sorte qu'on peut dire qu'on a réalisé au manège tout ce qu'il est possible de faire exécuter à un cheval.
Certes, je ne prétends pas dire qu'avant' le savant écuyer personne ne sût monter à cheval ; car il y a eu dans tous les pays et à toutes les époques des hommes de cheval remarquables par leur tact équestre, leur solidité et leur hardiesse, mais personne n'a exécuté avant lui, avec autant de maestria, cet ensemble de mouvements, véritablement merveilleux, pour la plupart imaginés par lui-même et qui ne sont que des
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applications de principes sur lesquels repose toute Féquitalion transcendante. Je reconnais toutefois que le cheval dit « de course » se prête merveilleusement à tous ces exercices savants, ce qui a beaucoup aidé M. Fillis.
Du temps de Baucher, les chevaux étaient plus lourds, plus massifs, et avaient moins d'aptitude que les autres pour cette gymnastique qui demande tout à la fois beaucoup de souplesse et une grande énergie.
Conformalion et hygiène du cheval de selle. — Voyons maintenant quelle doit être la conformation du cheval de selle. On ne saurait apporter trop d'attention à son choix; mais, disons-le, la connaissance exacte des caractères extérieurs distinctifs d'un bon cheval de selle est le résultat d'une assez longue expérience. Il faut d'abord juger le cheval dans son ensemble; si l'impression est bonne, on passe à l'examen détaillé des différentes parties. Quelquefois certains chevaux ont une apparence défectueuse au repos et sont néanmoins très brillants et très souples quand ils sont mis en mouvement. D'autres, au contraire, sont très beaux quand ils sont immobiles et tout à fait inférieurs quand ils sont poussés aux différentes allures. C'est bien là, comme disent les Arabes, qu'il faut toujours citer : « une peau de lion sur le dos d'une vache ».
La première chose qu'il faut rechercher c'est une correction parfaite des quatre membres ; il faut que les aplombs soient bien réguliers. On entend par aplomb la direction que les membres considérés dans leur ensemble ou dans leurs différents rayons présentent sous le tronc (voir pour plus de détail Vallon, Abrégé d'hippologie). Le pied ne doit être ni trop grand, ni trop petit. Trop grand, il rend le cheval maladroit et le fait buter à la moindre inégalité de terrain, trop petit il rend l'appui incertain. Un pied trop petit est un défaut
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assez fréquent chez le pur sang. Le paturon sera assez long; s*il est trop court, le cheval manque de souplesse et ses réactions sont vivement senties par le cavalier. Il faut que le canon soit court, le tendon des muscles fléchisseurs du pied bien détaché ; Tavant-bras long. De même pour les membres postérieurs, tout doit être long jusqu'au jarret. Celui-ci, pour être beau, doit être large vu de profil, épais, sans tares dures ni molles (courbe, éparvin, vessigons, etc.). Cette bonne conformation des quatre membres est si importante, qu'un cheval même très vulgaire et n'ayant aucune espèce d origine, peut faire quand même un assez bon cheval de selle pour Téquitation ordinaire, s'il possède quatre membres irréprochables ; car ce qu'il faut éviter avant tout ce sont les chutes; or la solidité des piliers empêche celles-ci de se produire.
La force et Thaleine étant les deux premières qualités du cheval, il faut que la poitrine soit longue; large et profonde. La poitrine étroite appartient à la « plèbe » de la race chevaline. Une poitrine sera belle si du garrot à la région sternale il y a plus de longueur que de cette partie à terre.
Du reste, chez tous les animaux, une large poitrine est, comme chez Thomme, Tindice de l'intensité de la vie, puisque c'est dans le thorax qu'est logé l'appareil cardio- pulmonaire .
Après la membrure, la poitrine, vient par ordre d'importance : le dos ; il doit être large et court. Ne prenez jamais comme cheval de selle un animal à dos ensellé, choisisssez au contraire un dos bien droit plutôt convexe en haut, comme celui de r« àne sauvage en vedette sur un mamelon )>.
Un beau garrot doit être élevé, sec, se prolonger fortement en arrière. S'il ressort mal, étant bas ou empâté, la selle ne se maintient pas dans une bonne situation.
Db l'Entr. 28
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L'encolure, « véritable gouvernail de la machine animale », doit être longue et fine, pas trop musclée. Le cheval entier a Fencolure plus forte, plus musculeuse que les autres chevaux; aussi pour les mouvements délicats de 1 equitation savante, M. Fillis nous dit qu'il ne se sert que des chevaux hongres. Sous Tinfluence de la castration, les parties antérieures de Tanimal maigrissent, les parties postérieures, au contraire, augmentent de volume et de longueur (*). Or, dans Féquitation du manège, c'est surtout l'arrière -train qui doit être fort et vigoureux, d'où le principe du savant écuyer de tailler systématiquement les chevaux destinés à la haute école.
C'est par la tête qu'on distingue la race du cheval et qu'on apprécie ses qualités morales ('). Il faut qu'elle soit petite et sèche. Une tête légère au bout d'une longue encolure, voilà ce qu'il faut. Une tête grosse, pesante, au bout d'une encolure massive et lourde, voilà ce qu'il ne faut pas.
Un œil vif, bien ouvert, placé bas, indique de l'intelligence; au contraire, un œil petit, à paupière épaisse, rouge, grasse, infiltrée d'humeurs est l'indice d'un caractère sournois.
Que les oreilles soient petites, hardies, bien taillées, dirigées en avant du côté du regard.
Que les naseaux soient largement dilatés, qu'on puisse y mettre le poing.
Quant à la taille, le cheval de selle ne doit être ni trop grand ni trop petit, de l^SS à l'^GO (Fillis).
Telles sont, brièvement résumées, les principales qua-
(') Chez l'homme on a observé le môme phénomène et sar ^es squelettes d'eunuques on peut voir que les os des membres inférieurs et du bassin sont très développés.
(') Le cheval semble vouloir se mettre au-dessus de son état de quadrupède ; en élevant sa tète dans cette noble attitude, il regarde Thomme face à face, a dit Bu (Ton.
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lités que doit posséder le cheval de selle et qui se trouvent, du reste, rarement réunies chez le même animal ; car il ne faut pas oublier que la perfection n'étant pas de ce monde, on doit souvent se contenter d'un à peu près. D'ailleurs, un cheval peut être admirable comme conformation et détestable au point de vue du système nerveux. On n'apprend à connaître un cheval qu'en le dressant; et même certains chevaux, très mauvais pendant leur jeunesse, finissent par s'assagir et devenir très bons vers 10 ou 12 ans. Si j'avais à formuler une idée touchant la structure du cheval de selle, je dirais : tout cheval est bon à condition qu'il ait quatre membres réguliers.
Les Arabes, qui ont une connaissance approfondie du cheval de selle, ont parfaitement caractérisé la beauté de cet animal dans un langage plein de vérité, quoique très imagé. « Repousse le cheval haut monté, à poitrine étroite, à côte plate, à membres grêles et qui trottine sans cesse en portant au vent. Mais trouves-tu dans le cours de ta vie un cheval de noble origine, qui ait les yeux grands, vifs et éloignés et les narines noires, larges et rapprochées; dont l'encolure, les épaules, Içs hanches et les cuisses sont longues, en même temps que le front, le rein, le flanc et les membres sont larges, avec le dos, les canons, les paturons et le tronçon de la queue courts; le tout accompagné d'une peau douce, de crins fins et souples, de puissants organes respiratoires et de bons pieds à talon loin du sol; hâte-toi de l'acheter, si tu peux décider son maître à le vendre, et remercie Dieu matin et soir, car il t'aura envoyé une bénédiction » {Les chevaux du Sahara ^ Général Daumas).
Nourriture du cheval. — La nourriture du cheval de selle doit être abondante, c'est l'avoine qui en constitue la base, et ce n'est pas un des points les moins curieux dans l'histoire de cet animal que de constater sa « sen-
sibilité » à l'action de l'avoine. On transforme le poulain comme on le désire par l'avoine. Cheval fait, on lui donne la puissance et l'énergie que l'on veut. Aussi c'est avec raison que Ton a dit : « Le cheval est au fond du sac d'avoine w, « au-dessus des éperons, il n'y a que l'orge » ou encore, « donne de l'orge et abuse ». Il faut donc qu'un cheval de selle, surtout de haute école, soit abondamment nourri. M. Fillis donne douze litres à ses chevaux par jour, répartis en trois rations ; deux litres le matin, quatre à midi, six le soir. D'une manière générale pourtant la quantité d'avoine doit varier selon la taille, la grosseur, l'appétit, la race du cheval et surtout aussi, selon le travail produit ; il doit donc y avoir une ration d'entretien et une autre de travail. 11 ne faut don.ier l'avoine que lorsque le cheval a bu et principalement le soir ; tout le monde sait que l'avoine du matin est « pour le fumier, celle du soir pour la croupe ». L'avoine concassée présente-t-elle un réel avantage, au point de vue de l'absorption définitive, sur celle qui n'a pas subi cette opération? Il est rationnel de penser que oui.
. Dans les pays chauds, l'avoine est remplacée par l'orge. L'avoine contient beaucoup de matière azotée et c'est ce qui lui donne sa valeur nutritive. On utilise aussi pour la nourriture du cheval, le foin (^), la paille de froment et le son qu'on peut donner mélangé avec de la paille hachée et du sel, le tout légèrement humecté. J'ai l'habitude de donner ce mélange au repas de midi. Il n'y a pas de choses insignifiantes en hygiène aussi bien pour celle qui concerne le cheval que pour celle
(') Je n'ai jamais compris l'habitude mauvaise qu ont certains écuyers de ne donner que de la paille et de Tavoine à leurs chevaux. Ceux-ci aiment beaucoup le foin. Le foin c'est le pain, Tavoine c'est le bifteck. Que penserait-on d'un régime dans lequel, chez l'homme, on substituerait la glume du blé au gluten très azolé et très nutritif?
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de rhomme, aussi doit-on s'élever contre cette pratique stupide qui consiste à donner au cheval le foin et la paille dans un râtelier souvent très haut placé, et lavoine dans une mangeoire située à une non moins grande distance du sol. On doit laisser les chevaux complètement libres et dans un coin de leur box réserver un petit espace pour le foin et la paille, et pour Tavoine, une petite auge en pierre reposant sur le sol. Dans ces conditions, Tanimal mange comme à Tétat de nature. Je trouve dans une causerie agricole un ai*ticle très bien fait plaidant la cause de la suppression des râteliers, d'après l'opinion de plusieurs vétérinaires; en effet, dit l'auteur de l'article : « le nez dans le râtelier, la tête renversée, les chevaux arrachent un fourrage souvent poussiéreux dont toutes les iines particules viennent se loger sur le front, sur le toupet, dans les yeux ou dans les cavités nasales. Après quelques bouchées, ils secouent la tête pour s'en débarrasser, s'ébrouent et fréquemment se mettent à tousser. En fait le cheval ne mange pas en l'air; après avoir tiré le foin, il le mange dans sa mangeoire, protestant ainsi contre l'usage qui fait son supplice et que nous lui imposons sans motif comme un surcroît de travail ».
La question de l'abreuvoir du cheval de selle est aussi importante à préciser. Le cheval de selle doit boire deux fois par jour Thiver et trois fois pondant les fortes chaleurs de l'été. On peut donner l'eau à n'importe quel moment de la journée, l'essentiel seulement c'est de distribuer l'avoine immédiatement après. On peut abreuver le cheval tout suant au moment où il vient de finir son travail, course sur une route ou exercices de manège. Cette pratique n'a aucun inconvénient, elle est du reste adoptée par l'armée. Toutefois, si le cheval venait de faire un trajet particulièrement long, il serait préférable de le laisser un peu reposer et man-
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gev une petite quantité de foin avant de le faire boire. On se conformerait ainsi aux deux préceptes arabes qui disent : V « Ne fais jamais boire un cheval après une course rapide, tu risques de le voir frappé par l'eau ».
2® « Après une course rapide, fais boire avec la bride, fais manger avec la sangle, et tu t'en trouveras toujours bien ».
Il est utile chaque année de mettre le cheval de selle au vert pendant le mois de mai; on remédie ainsi dans une certaine mesure aux maux de la « domesticité par un retour momentané vers Tétat de nature ». On supprime alors tous les autres aliments, même l'avoine, et on ne donne que du trèfle en très grande quantité, de 25 à 60 kil., selon la taille du cheval et la nature de l'herbage.
Le vert produit à peu près les mêmes effets sur le cheval que la cure d'eaux minérales chez l'homme. Au bout de quelques jours, l'animal engraisse, le poil devient luisant, les sécrétions sont augmentées, surtout Turine, qui est éliminée en très grande quantité, les excréments sont demi-fluides.
Le pansage du cheval de selle doit être fait régulièrement tous les jours, si le cheval travaille, et s'il sue. Si on ne le monte pas, on peut ne pas être aussi exigeant. Il est bon de savonner la queue et la crinière de temps à autre. Le fourreau de la verge du cheval entier doit être tenu dans un grand état de propreté, car il s'accumule, dans son intérieur, des matières sébacées qui déterminent des démangeaisons si on ne les enlève pas soigneusement avec de Teau savonneuse.
Enfin je ne saurais trop insister sur la manière dont on doit traiter le cheval au pansage. Il y a là un point trop négligé par les écuyers. Le plus souvent à un palefrenier brutal et sans aucune instruction est dévolu le soin de nettoyer le cheval ; or ce dernier change vite
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son caractère, perd vite sa « gentillesse », comme disaient les anciens, s'il reçoit pendant le pansage des corrections pour quelques mouvements d'impatience. 11 faut beaucoup de douceur, ne parler énergiquement que pour se faire obéir, et ne pas maltraiter un animal toujours plus ou moins excité lorsqu'on le frotte avec Tétrille ou la brosse. Les chevaux entiers rapporteurs, habitués à mordiller, sont quelquefois assez difficiles k manier pendant le pansage, il faut alors prendre certaines précautions pour éviter d'être atteint par leurs dents. Tous ces détails paraîtront superflus *à ceux qui, ayant des chevaux, ne les montent ni ne les dressent et ne les voient courir sur Thippodrome que le jour de la course, mais les personnes qui vivent avec leurs chevaux et les dressent elles-mêmes, trouveront, j'en suis sûr, ces observations parfaitement justes. Que de foisn'ai-je pas entendu dire à des directeurs de cirque que des palefreniers maladroits avaient rendu des chevaux bien dressés, indociles et méchants? Chaque fois que je me suis déplacé avec Germinal pour le monter en public, j'ai toujours remarqué qu'il était agacé et nerveux, parce que, forcément, il était manipulé par des mains étrangères.
Du reste, certains animaux ont un caractère naturellement hargneux et il faut, pour les manier, à l'écurie, un art véritable. J'ai vu, au cirque Piège, une jument appartenant à l'habile écuyer M. Amato, ruer avec furie chaque fois que le palefrenier faisait mine de venir à elle. Un de mes amis, éleveur distingué, M. Deyneaud (de Monségur), avait une jument, excellente poulinière du reste, qu'il ne pouvait aborder qu'en marchant à reculons. Moi-môme je ne pouvais aller chercher mon étalon Frontin dans son box qu'après lui avoir parlé quelques instants et de loin. Si je m'étais dirigé vers lui avec brusquerie, j'aurais reçu un coup de pied de la
jambe de devant. On raconte que le fameux Chillaby- Barby Tancé tre de la race des pur- sang anglais qui fut amené de Hongrie par le duc de Berwick, avait tellement pris en grippe Thumanité qu'il ne put jamais supporter auprès de lui qu'une brebis.
Ces différents états psychologiques du cheval sont intéressants à étudier, mais il serait non moins curieux de savoir comment il arrive à cette excitation nerveuse habituelle et la manière de la combattre.