‹ De l'entraînement complet et expérimental de l'hommeChapitre 45 sur 53 · DU CHEVAL DE SELLE · texte numérisé non relu

DU CHEVAL DE SELLE

Tous les chevaux quels qu'ils soient, trois quarts ou demi-sang, sont aptes à devenir de bons chevaux de selle,[ seuls les pur-sang peuvent faire des chevaux de haute école. Malgré toute la science de Técuyer, il y a des mouvements qu'on ne peut apprendre au cheval commun, et que le pur-sang exécute pour ainsi dire en se jouant. Ainsi un cheval, aussi lourd soit-il, peut arriver à apprendre certains airs de manège dits d'assouplissement; comme par exemple le travail sur deux pistes au pas, au trot et au galop ; il peut arriver au passage facilement, au pas espagnol, même au galop sur trois jambes; je l'ai obtenu sur un cheval entier demi-sang, Malo^ qui fait la monte depuis neuf ans, qui n a pas une grande origine et est excessivement gros et musclé. Mais dites au demi-sang de faire le passage en arrière, le changement de pied au temps, le galop sur trois jambes en arrière, même le trot espagnol bien correct avec une parfaite tension de jambe comme font les chevaux de M. Fillis, il n'y parviendra pas. En un mot, le pur-sang seul peut exécuter tous les airs de haute école, c'est donc le cheval de manège par excellence. Aussi le maître que je viens de nommer, M. James Fillis, nous dit dans son livre Principes de dressage et

DE l'équitation 441

d'équiiation, que tout écuyer doit connaître à fond : « Je ne dresse que des pur-sang ».

Pour l'équitation ordinaire, je le répète, n'importe quel cheval bien dressé, à condition qu'il ait de beaux aplombs, est suffisant pour les allures naturelles. Pour le dressage à pied, le demi-sang se prête merveilleusement à ce qu'on lui demande, parce qu'il est moins irritable et moins énergique que le pur-sang. M. Fillis ne dresse jamais de juments, sa raison est qu'elles deviennent trop souvent quinteuses ou même pisseuses à l'éperon. Ce qu*il y a de certain, c'est que, pour la selle, la jument est presque toujours inférieure au mâle. Reste le choix entre le cheval entier et le cheval hongre.

Au point de vue de la facilité du dressage, le cheval castré est préférable, le cheval entier ayant un défaut qui paralyse longtemps l'écuyer lorsqu'on lui demande des mouvements un peu difficiles, je parle du cabrer. C'est sa grande force, il le sait, et il s'en sert. Or la cabrade met presque le cavalier dans l'impuissance; c'est une défense très dangereuse et que tous ceux qui montent habituellement des chevaux entiers redoutent beaucoup.

En outre, sur les routes, les étalons, surtout lorsqu'ils font la monte, s'agitent beaucoup et par moments entrent dans de véritables furies qu'il est difficile de maîtriser et cela dure quelquefois tout le long du trajet, ce qui rend la promenade fort désagréable. L'équitation faite avec le cheval entier est donc un peu spéciale, elle demande une grande vigueur de la part du cavalier, une grande résistance à la fatigue, et beaucoup de solidité. C'est pour tous ces motifs que M. Fillis préfère le cheval hongre qui a le caractère plus doux. Pour moi, et c'est, dans tout son beau livre, le seul point peut-être sur lequel nous différions, je regarde le cheval entier comme bien supérieur au cheval hongre; je ne voudrais même

442 DE l'entraînement chez l'homme

pas voir présenter en public un cheval castré par un aussi grand écuyer que M. Fillis. Il vaut mieux, il me semble, exécuter un air de manège en moins, mais montrer un animal dans toute sa force, dans toute sa beauté et jouissant de toute l'énergie que la nature a mise dans son sexe. C'est là le triomphe complet de Thomme sur Tanimal. Rappelons-nous que les anciens chevaliers auraient rougi de monter un cheval hongre.

En résumé, pour la haute école, il faut de toute nécessité le pur-sang; pour Téquitation ordinaire, presque tous les chevaux bien dressés sont bons.

J'ai dit que tout cheval, principalement tout cheval entier, ayant de bons aplombs, méthodiquement dressé et n'étant sous aucun prétexte mis à la voiture (un cheval qui a eu sur son dos le harnais n'est plus digne du véritable écuyer) était presque toujours excellent pour la selle. Il n'en est pas moins vrai que certaines races de chevaux jouissent d'une grande renommée comme types spécialement destinés à cet usage.

En première ligne, vient l'arabe, c'est le modèle parfait du cheval de selle. Pour la haute école, c'est l'anglais qu'on préfère, c'est du moins l'opinion de M. Fillis. Presque tous les pays du monde ont leurs races de chevaux de selle ou cherchent à en produire une pour la remonte de leur cavalerie. A la dernière exposition de Paris 1900, on a pu voir à Vincennes des types magnifiques qui ont fait l'admiration des connaisseurs.

La Turquie a montré des modèles exquis d'étalons arabes et syriens de i'^AQ à l^bO. La Russie ses Orloft de selle et ses Orloff-Rostopchine ; les premiers ayant beaucoup de sang oriental, les seconds du sang anglais. Les chevaux de la race Streletz qui ne sont que des arabes élevés en Russie. Enfin les chevaux des steppes destinés à la remonte de la cavalerie des Cosaques du Don.

DE l'équitàtion 443

En Allemagne, le Trakenen ; en Angleterre, le Cob Irlandais et le Hunter sont très recherchés comme chevaux de cirque ou de chasse.

Les chevaux de selle, les meilleurs comme résistance, sont ceux qui sont élevés presque à Tétat sauvage; comme les chevaux de la vallée du Don, les chevaux chinois de la vallée de Gobi, ceux du sud de l'Afrique, qui pendant la guerre du Transvaal montrent une résistance à toute épreuve. Notre ancienne race landaise se rapprochait beaucoup de ces types. Aujourd'hui, en France, on a essayé de créer avec le pur-sang angloarabe une race de chevaux de selle qui parait avoir de grandes qualités de vitesse et d'endurance; mais je crains que leur caractère ne laisse beaucoup à désirer.

Page 1