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QUELQUES PRINCIPES DE DRESSAGE

On doit toujours avoir présents à Tesprit les trois aphorismes suivants lorsqu'on fait du dressage.

1" Tout cavalier qui n a pas su dresser son cheval enfourche chaque jour la mort (proverbe arabe).

2° Le cheval est plus fort que Thomme. Ce dernier serait vite écrasé si le cheval voulait se servir de la puissance étonnante que la nature lui a donnée; c'est donc le cas de dire ici que, dans le dressage, « intelligence et patience font plus que force ni que rage ».

3^ [1 n'y a pas de règles de dressage applicables indistinctement à tous les chevaux. Il faut souvent modifier la progression des exercices et souvent aussi revenir en arrière alors qu'on croit avoir gagné beaucoup de terrain. Chaque cheval a une individualité propre. Tel animal ne ressemble pas à un autre, c'est pour cela que l'art de dresser les chevaux est si attrayant, si captivant et si difficile. C'est par conséquent pour cela aussi que la méthode pycho-dynamique trouvera ici son application.

Pour avoir un bon cheval de selle, il est indispensable, cela est évident, qu'il soit dressé en vue du travail qu'il a à accomplir. Si Ton trouve si peu de chevaux agréables à monter, c'est qu'on ne les a pas soumis à un dressage méthodique et régulier. On ne peut bien se rendre compte des difficultés de l'équitation, on ne peut bien connaître la psychologie du cheval, si on n'a pas dressé quelques chevaux en haute école et en liberté. Mais il n'est pas donné à tout le monde de dompter les chevaux et tel écuyer, par exemple, qui montera admirablement un cheval dressé, sera dans l'impossibilité de lui apprendre tous les exercices de l'équitation savante. C'est certainement une infériorité. Il y a plusieurs manières de dresser les chevaux, si Ton entend par là la manière brutale d'assujettir promptement un cheval qui, jusques là, n'avait pas senti le contact de l'homme. Ainsi, par exemple, les « Gauchos » ont un procédé on ne peut plus expéditif pour le dressage des chevaux qui errent en liberté dans les pampas. Ils prennent avec le lazzo l'animal, le roulent à terre, l'étranglent à moitié, arrivent à lui mettre dans la bouche une bride, sur l'échiné une selle; ainsi préparé, il se trouve des cavaliers assez hardis pour sauter sur son dos. La bête use de tous ses moyens de défense : se couche, mord, rue, se cabre, puis, après une course vertigineuse, s'avoue vaincue et est dès lors sous la domination complète de l'homme. Ce mode de dressage est pour ainsi dire justifié par l'état sauvage dans lequel vivent les chevaux de la Plata.

Tel n'est pas le dressage qu'on emploie lorsqu'on destine un cheval au service de la selle, depuis son jeune âge. Son éducation doit commencer de très bonne heure, la pratique des Arabes est à ce point de vue digne d'être imitée. De quinze à dix-huit mois, on peut faire monter le poulain par un enfant; pour cela, on lui met un simple filet dans la bouche et une couverture sur le dos.

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Attendre que le cheval ait quatre ou cinq ans avant de commencer le dressage, comme certains écuycrs le préconisent, est une pratique très mauvaise, les difficultés sont alors bien plus grandes, bon nombre d'animaux restent rétifs. Donc il faut commencer hâtivement le dressage du cheval. Depuis Fàge de six mois, du reste, pour ceux qui voudront aussi l'exercer au travail en liberté, on lui aura appris à marcher au pas, au trot et au galop et à s'arrêter à la voix, h se coucher, se mettre à genoux, etc. Poulain, il apprendra toutes ces choses très facilemennt et on n'aura pas à vaincre les grandes résistances contre lesquelles on se heurterait, si on voulait lui donner ces mêmes leçons, cheval fait. Vers deux ans et demi, un peu plus tôt ou un peu plus tard, selon la nature des chevaux et le poids de Tinstructeur, on peut commencer le dressage au point de vue de la haute école.

Les premières leçons doivent être données à pied. On commencera à apprendre les flexions de mâchoire et d'encolure en tenant les rênes du filet de la main gauche et celles de la bride de la main droite (V. pour plus de détails, Fillis). Ce sont là les premiers essais de mise en main. Ces premiers principes doivent être donnés avec beaucoup de soin. En effet, de la bonne position de l'encolure dépendront plus tard la belle prestance et la facilité d'exécution des mouvements plus compliqués de haute école. Avec une encolure bien placée, la main est toigours légère. La tête du cheval, l'articulation de l'occipital avec la colonne cervicale, les muscles postérieurs du cou et le grand ligament cervical postérieur formant un levier du premier genre dans lequel la résistance est en avant, tête; le point d'appui au milieu, colonne cervicale ; et la puissance en arrière, muscles. Dans ces conditions, on conçoit qu'une tête légère, pour être relevée, demandera moins de travail

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aux muscles que celle qui est massive et lourde. D'un autre côté, des muscles épais et puissants surchargeront d'autant Tavant-main sans réel profit pour l'extension de la tête; c'est pour cela que le pur-sang hongre, avec sa tête effilée et ses muscles du cou amaigris par la castration, réalise toutes les conditions requises pour la bonne position de cette portion du corps.

La plupart des chevaux soi-disant à bouche dure ne sont que des chevaux dont l'encolure est mal placée et par conséquent pèse sur la main. Les chevaux entiers rentrent dans cette catégorie ; chez eux, les muscles de cette partie du corps sont très développés ; ils chargent beaucoup la main, bien que leur bouche soit tout aussi fine que celle des autres chevaux. Il faut avec eux beaucoup de filet. Supposez un instant un cavalier inexpérimenté montant un de ces animaux, au lieu de redresser Tencolure avec le filet, il aura de la tendance, comme il sentira une forte pression sur la main, à se servir de la bride et à agir fortement sur les barres. Celles-ci deviendront bientôt insensibles et le cheval passera pour avoir une bouche très dure. Baucher prétendait que tous les chevaux avaient la même bouche. Cette opinion, quoique peut-être un peu exagérée, contient une grande part de vérité. Oui certainement, entre les mains d'un écuyer habile comme Baucher, tous les chevaux devaient avoir une bouche fine et j'ajoute que tous les chevaux de selle dont l'éducation est bien faite et qui sont toujours montés par d'excellents écuyers ne doivent pas avoir la bouche dure. Chez moi, tous les chevaux que j'ai dressés, en grande partie des étalons, ont eu toujours la bouche très fine, quoique l'encolure et la tête fussent parfois très pesantes.

Il faut donc s'attacher, au début du dressage, à donner une bcmne position à la tête et à l'encolure du jeune cheval. Du reste, tout ce qui a trait à la mise en main

peut se résumer en ceci : « Encolure haute, fléchie à la nuque; axe de la tète voisin de la perpendiculaire, mais un peu au-delà; bouche ouverte, mors libre » (Fillis). Le cheval ne doit pas seulement mâcher son mors, mais le lâcher, il indique ainsi sa satisfaction et son obéissance; pour arriver à ce résultat, le cavalier doit prendre et rendre. Lorsque le cheval est parfaitement dressé, la plus petite action produite sur le mors décontracte la mâchoire et lui fait ouvrir la bouche. Il ne faut donc pas que le cheval soit « muet », comme disait Ginizelli, élève de Baucher, en voyant travailler les écuyers du manège royal du roi de Sardaigne. En se servant de cette expression, il voulait caractériser par un mot l'immobilité de la mâchoire des chevaux qu'on lui montrait. Le mâchonnement du mors la décontraction de la mâchoire seraient pour certains écuyers des phénomènes purement psychologiques et non le résultat d'un travail d'assouplissement et la preuve, disent-ils, c'est qu'on peut obtenir ces deux résultats sur un poulain quelquefois presque immédiatement. Il faut donc faire intervenir deux choses dans la mise en main : l'obéissance et la gymnastique.

Après la mise en main, on apprendra au cheval les flexions latérales, on lui enseignera à mobiliser ses hanches avec la cravache, d'abord par des effets directs et ensuite par des effets diagonaux. Dailleurs, après chaque leçon faite à pied, on peut le monter quelques instants dans le manège pour l'habituer au poids de l'homme et à la pression des jambes. Lorsque le cheval est docile au montoir, lorsqu'il fait bien les flexions directes et latérales, lorsqu'il obéit à la cravache pour mobiliser ses hanches, on lui fait exécuter les mêmes mouvements étant monté. On commence alors les premières leçons de rassembler, et on lui apprend les tensions de jambe. Ici il faut être très exigeant. La jambe doit se lever à

hauteur de Tépaule et être parfaitement droite. Rien de disgracieux comme une jambe fléchie et rasant le sol. Lorsque le cheval est ainsi préparé, on aborde les difficultés de la haute école. On fait le travail des deux pistes, au pas, au trot et au galop, le pas espagnol, le passage, etc., en un mot on parcourt la gamme des exercices d*équitation savante. Mais il ne faut pas qu'un vain amour-propre fasse faire des choses au-dessus des moyens du cheval et au-dessus de sa propre science et de son habileté, car alors Tanimal serait vite taré et on perdrait beaucoup de temps soi-même sans arriver à rien. Quant au dressage du cheval destiné exclusivement à faire de Téquitation de route, il n'a pas besoin, cela se conçoit, d'être poussé aussi loin que celui de Tanimal qu on doit faire servir spécialement pour les exercices de haute école. Il est utile toujours de ramener de temps en temps, le cheval de travail ou de promenade, au manège pour le remettre plus complètement en main et lui conserver sa souplesse. Par contre, on lui apprendra avec beaucoup de soin à se laisser monter sans bouger, à rester dans une tranquillité absolue lorsqu'il est tenu par une main étrangère, à marcher la nuit avec sûreté, à ne s'eflfrayer de rien, etc.

A propos du cheval peureux, je me permets de faire ici une remarque que je soumets à l'appréciation des hommes s'occupant spécialement de sport hippique. Certains écuyers disent ceci : combien le cheval est peu intelligent ! Il s'effraie de tout ; les objets les plus communs, les plus simples lui occasionnent une frayeur que certainement il n^éprouverait pas s'il n'était pas aussi borné. A ceci on peut répondre : d'abord tous les chevaux ne sont pas peureux, il y en a même beaucoup que rien n'épouvante ; à l'état sauvage, le cheval, quoique par nature un peu timide, est loin d'avoir de ces frayeurs à propos de tous les objets qu'il rencontre. Voyez un

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cheval errer en liberté dans une campagne, est-ce qu'il s'effraie facilement? Non. Le cheval réellement peureux l'est bien plus encore lorsqu'il a son cavalier sur le dos, ce qui montre bien que c'est là une véritable maladie, une tare nerveuse et héréditaire développée par l'état de réclusion dans lequel on élève certains chevaux. Mais n'observe-t-on pas le même phénomène chez l'homme, ne voit-on pas des individus à nervosisme plus ou moins accentué, s'effrayer de tout, tressaillir au moindre bruit et, même la nuit, être dans l'impossibilité de marcher seuls? Si le cheval était élevé en liberté complète, et tenu toujours dehors, on verrait, au bout de quelques générations, disparaître la race des chevaux peureux.

En un mot, un cheval peureux n'est qu'un cheval dont le système nerveux n'est pas dans un équilibre parfait.

Cependant, en vieillissant, certains chevaux, qui jusqu'alors n'avaient pas eu ce défaut, deviennent peureux. Ici ce phénomène est dû aux troubles qui résultent de l'affaiblissement progressif de l'organe de la vision.

Chez le cheval, comme chez l'homme, par les progrès de l'âge, l'œil subit des changements qui occasionnent certaines perturbations dans l'acuité visuelle. Le phénomène de l'accommodation ne se produit plus avec autant de facilité, le cristallin devient opaque ; alors le cheval, n'ayant plus la notion exacte de ce qu'il voit autour de lui et devant lui, s'effraie de tous les objets, et, chose curieuse, ce sont les chevaux peu impressionnables et ayant eu toute leur jeunesse un œil excellent qui sont le plus souvent atteints par cette infirmité.

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