LOCOMOTION DU CHEVAL
La locomotion du cheval ou autrement dit l'étude des allures est importante à connaître au triple point de vue scientifique, artistique et pratique. Par le simple examen de l'œil, il est difficile de voir dans l'animal en mouvement, au pas, au trot ou au galop, la succession des levers et des appuis, il est assez difficile aussi de saisir le passage d'une allure à une autre ; aussi pendant longtemps y a-t-il eu une certaine obscurité dans la manière de comprendre les différentes allures du cheval. C'est encore la méthode graphique qui, entre les mains de Muybridge, de Marey,est venue élucider bien des points obscurs. De telle sorte qu'on peut dire maintenant avec le savant professeur du Collège de France, que, de tous les quadrupèdes, c'est le cheval qui est le mieux connu, au point de vue de la locomotion.
452 DE l'entraînement chez l'homme
Ce qu'il y a de bien remarquable dans cet animal, c'est qu'il possède une masse puissante, un poids considérable (on sait en effet que son tissu musculaire, rouge, épais, dense, sans tissu cellulaire interposé entre les fibres, est très lourd) et que, malgré cela, cette machine est disposée de manière à pouvoir être mue très rapidement.
Les allures du cheval sont au nombre de trois principales : ce sont le pas, le trot et le galop, on peut y joindre l'amble, le traquenard et l'aubin. Le pas est l'allure la plus naturelle. Tout cheval de selle doit savoir marcher le pas avec souplesse, vitesse et sûreté, le pas étant « l'allure de toujours ». Dans cette allure, les muscles se meuvent sans grand effort, presque machinalement, aussi peut-elle durer longtemps, sans fatiguer le cheval et le cavalier.
L'espace parcouru par un cheval qui marche bien le pas est de 115 mètres à la minute. Le pas est une allure à quatre temps. Les membres se meuvent en diagonale mais jamais le corps ne quitte complètement le sol. L'ordre des levers et des appuis se fait de telle manière que le corps de Tanimal est soutenu alternativement par un bipède latéral et par un bipède diagonal. En étudiant les [>istes ou empreintes que le cheval laisse sur le sol, on voit d'une façon très nette où chaque pied se pose.
« Dans la piste du pas, les pieds d'arrière viennent se placer dans les empreintes de ceux d'avant. Les empreintes des pieds de droite alternent parfaitement avec celles des pieds de gauche, la distance des empreintes du même côté est sensiblement égale à la taille du cheval mesurée au garot. Les empreintes ne se recouvrent exactement au pas qu'en terrain plat et à une certaine vitesse de l'allure. Dans une'montée,4es empreintes des pieds postérieurs restent ordinairement
DE l'équitation 453
en arrière de celles des pieds de devant, elles peuvent les dépasser au contraire dans les descentes, ce qui donnerait à la piste du pas une certaine ressemblance avec celle de Tamble » (Marey).
Dans le trot, le cheval appuie tantôt sur le bipède diagonal droit, tantôt sur le gauche; il y a un moment, un temps intercalaire, où Tanimal est complètement en Tair. On distingue plusieurs sortes de trot : le trot ordinaire, le grand trot, le petit trot. Au grand trot, les foulées des membres postérieurs dépassent Tappui des membres antérieurs. A côté du trot, on peut décrire une allure bien connue des écuyers qui tient du pas et du trot quoique les pieds se posent de la même manière que dans ce dernier; c'est le « pas d école ». Les battues du trot en gagnant peu de terrain : voilà le pas d'école.
La vitesse du trot est de 330 mètres à la minute dans la cavalerie mais les bons trotteurs arrivent assez facilement à 500 mètres. Les trotteurs américains ont atteint des résultats véritablement extraordinaires. Bay- Chief ti trotté 800 mètres en TS". Beaucoup ont trotté 1609 mètres en 2'30" beaucoup 1 kilomètre en r30" et même quelques-uns en V et 24'' et même l'22".
Le galop est une allure à trois temps, dans laquelle le cheval fait entendre trois temps. Si on le suppose galopant à droite, on voit que le mouvement commence par l'appui du membre postérieur gauche, puis l'appui du bipède diagonal gauche (membre antérieur gauche et postérieur droit) et enfin par l'appui du membre antérieur droit; il y a alors un moment de suspension dans lequel le cheval est complètement en l'air, ainsi qu'on le voit très nettement dans les photogrammes de Muybridge.
On comprend de quelle importance sont ces notions pour le statuaire ou le peintre qui ont à cœur de représenter fidèlement la nature, et surtout pour le cavalier
454 DE l'entraînement chez l'homme
qui veut exactement se rendre compte de Tcmploi des aides dans le galop. Ainsi, par exemple, dans le galop à droite, quand le cheval appuie sur la jambe gauche de derrière, la jambe gauche du cavalier doit être fortement soutenue ; de même quand le cheval repose seulement sur la jambe droite de devant, la main doit recevoir la masse et la soutenir.
Quand un cheval tombe au galop, c'est d'ordinaire à ce troisième temps. Dans le galop, quel est le membre antérieur ou postérieur, droit ou gauche, qui se fatigue le plus? La plupart des auteurs prétendent que dans le galop à droite, par exemple, c'est la jambe gauche de derrière qui fatigue le plus. Pour Vallon « les deux pieds du bipède diagonal qui arrivent isolément sur le sol et supportent et chassent la masse isolément son) tarés plus vite que ceux agissant simultanément )>. Voici ce que dit Fillis à ce sujet. « Il pourrait sembler que c'est la jambe gauche de derrière qui se fatigue le plus dans le galop à droite. C'est en effet l'opinion courante de beaucoup de ceux qui ont écrit sur la matière. Mais rien n'est plus erroné, car le jarret droit étant sous le centre et soulevant toute la masse fait l'effort maximum de la foulée. C'est une question de fait. Je sais bien que le jarret gauche placé tout à l'extrémité du bras de levier est dans des conditions d'action beaucoup moins favorables. Mais, précisément parce que la situation du jarret droit sous le centre est plus favorable à la complète utilisation de sa détente, il fait un effort supérieur et par conséquent se fatigue davantage. Si l'on regarde attentivement le cheval qui galope à droite, on s'aperçoit bien viteque le jarret et le paturon droits se fléchissent beaucoup plus que du côté gauche, que, par conséquent, leur action de bas en haut est plus prononcée et leur détente plus énergique ».
On distingue plusieurs variétés de galop : le galop
DE l'éql'itation 455
ordinaire, le galop à quatre temps et la course. Le galop ordinaire est celui que nous venons de décrire.
Dans le galop à quatre temps, les pieds se posent à terre Tun après Tautre. Dans le galop de course, le mouvement se fait en deux temps. Uù premier temps marqué par lappui des membres antérieurs. Les chevaux qui ont une conformation parfaite peuvent seuls supporter cette allure. Dans le galop ordinaire, la vitesse est en mo venue de 380 mètres à la minute. Le cheval entraîné pour la course fait à chaque temps 15 à 20 mètres par seconde ce qui donne 1.200 mètres à la minute.
Les principales allures irrégulières, ai-je dit, sont Famble, le traquenard et Taubin. Dans Tamble, on peut remarquer, par la simple vue, que le cheval appuie tantôt sur le bipède latéral droit, tantôt sur le gauche. Cette allure, rare chez le cheval, est un mode de progression habituelle chez les animaux, comme le chameau. Téléphant, et même chez certains chiens.
Un cheval traquenarde lorsque, au trot, les pieds du bipède diagonal arrivent sur le sol Tun après l'autre. L'aubin est une association incorrecte du trot et du galop. Le cheval, par exemple, galope du devant et trotte du derrière.