‹ De l'entraînement complet et expérimental de l'hommeChapitre 8 sur 53 · DE L ENTRA1NEME.NT EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE L ENTRA1NEME.NT EN GÉNÉRAL

porels d'une façon régulière, le premier effet qui se iiianifestc c'est une augmentation considérable de l'appétit, un besoin plus grand de réparer les pertes quotidiennes, ce qui a pour conséquence de faire pénétrer dans Torganisme une quantité plus forte de matières nutritives. Or, malgré cet apport plus élevé d'éléments plastiques, le muscle, lorsqu'il a travaillé un certain temps, ne tarde pas à se fatiguer; d'une part, à cause de l'épuisement nerveux; d'autre part, à cause de l'accumulation, dans son intérieur, des produits de désassimilation, de l'acide lactique notamment. 11 faut donc au muscle un repos régulier. Ce repos, on le trouve, surtout la nuit, dans le sommeil.

Il faut au sujet qui s'entraîne un sommeil long et réparateur. H doit éviter les veilles tant soit peu prolongées, ne pas résister à l'envie de dormir lorsqu'elle se fait sentir. C'est, il faut le reconnaître, perdre bien du temps que dormir beaucoup, mais c'est une nécessité inéluctable que doit amplement satisfaire celui qui s'entraîne. Ici encore chacun doit connaître son tempérament et juger la quantité de repos qui lui est indispensable. Peut-être le « septum horas » de l'école de Salerne est-il un peu court et peut-on sans inconvénient l'allonger, surtout lorsqu'on s'est livré k des exercices très pénibles. Dans tous les cas, il ne faut jamais dépasser neuf heures de sommeil.

Toutefois, que les grands dormeurs, par nécessité de tempérament, se rassurent. Certains hommes de génie n'ont pas toujours pu s'affranchir de ce besoin impérieux de dormir beaucoup (Cuvier, paralt-il, dormait neuf heures), et viennent de la sorte donner un démenti à ceux qui prétendent qu'on n'arrive jamais à une grande supériorité intellectuelle en passant le tiers de son existence dans son lit.

La chambre où l'on couche doit être vaste, spacieuse ;

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on doit s'arranger de manière que Tair se renouvelle facilement toute la nuit. Il faut reposer couché sur le côté droit dans un lit un peu dur, sans rideaux et sans oreiller et éviter d'être trop couvert pour ne pas suer.

Voyons maintenant comment un sujet qui s'entraine peut régler ses repas dans le courant d'une journée. Cette réglementation sagement ordonnée est très importante et mérite d'être étudiée avec quelques détails. Le régime doit être simple et composé d'aliments ayant une grande valeur nutritive. Le malin, en se levant, on peut prendre du lait, du café ou du chocolat au lait. Le deuxième repas aura lieu vers midi. Il se composera d'un beafteak ou d'une côtelette de mouton avec des pommes frites ou sautées ou dés haricots; on y joindra une omelette au fromage, par exemple, ou des œufs sur le plat ou à la coque. Comme dessert, du fromage ou un fruit. Un demi-litre de vin blanc comme boisson. Une tasse de café chaud et bien sucré additionné d'un petit verre de rhum ou d'eau-de-vie terminera le repas. Du reste, on pourra augmenter la quantité d'aliments selon que l'appétit sera plus ou moins grand, car je pense qu'il n'est pas bon de sortir de table ayant encore faim. Le muscle étant très exigeant, cette habitude de sobriété, tant vantée par les anciens hygiénistes, ne conviendrait pas à celui qui s'entraîne et qui recherche, je ne saurais trop le répéter, la force et le relief musculaire. Les vieux aphorismes « post prandium, sta » ou celui de Chomcl « on digère avec ses jambes », montrent assez que Thygiène a toujours indiqué le repas du milieu du jour comme devant être le plus substantiel.

L'homme, à ce point de vue, semble ne pouvoir être comparé aux animaux. La plupart d'entre eux se couchent, en elTet, après le repas. Le bœuf a besoin d'un

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long repos, pour la rumination. Chez le cheval, où la digestion est surtout intestinale, la plus forte ration d'avoine doit être donnée le soir, « Torge du matin est pour le fumier, celle du soir pour la croupe » dit l'Arabe. Chez les carnassiers, le chien en particulier, la digestion est aussi très longue à se faire, et on peut dire que lorsque Taliment est seulement dans Testomac il ne lui appartient pas encore. Pour l'homme, il en est tout autrement, et le repos, après avoir mangé copieusement, lui est nuisible. D'une manière générale, le repas du soir sera donc léger. Un potage, du poisson, quelques fruits seront presque toujours suffisants. Du reste, l'habitude est vite prise, et le soir, quand on mange bien au repas de midi, on n'a généralement pas faim. Il faut éviter d'absorber quoi que ce soit entre les repas. Ne jamais boire de bière, fuir l'apéritif comme la peste. Mais on peut prendre une tasse de lait dans le courant de la journée et une autre le soir, avant de se coucber.

Les modifications que subissent les grands systèmes de l'économie pendant l'entraînement, ne se présentent pas à nous d'une façon aussi nette que celles du système musculaire, mais pour être moins frappantes elles n'en sont pas moins réelles.

Sous l'influence d'un exercice régulier, le liquide sanguin se répartit également dans tous les organes. Les veines se vident avec plus de facilité. L'énergie du cœur est augmentée. Le sang arrive sans difficulté dans l'artère qui se laisse distendre et revient facilement sur elle-même. Aussi le pouls est-il plein, ample, régulier. Ces caractères du pouls sont tellement nets qu'on peut, par l'exploration seule de la radiale, reconnaître si un sujet se livre méthodiquement aux exercices physiques. Je n'ai jamais vu d'hypertrophie du cœur survenir par suite des pratiques de l'entraînement.

Le premier effet de la gymnastique est d'accroître le diamètre transversal de la poitrine et par conséquent la capacité respiratoire ; d où apport plus considérable d oxygène, et exhalation plus forte d'acide carbonique. Pour les détails, voir plus loin l'analyse physiologique.

Les exercices du corps augmentent l'appétit. Les digestions deviennent plus faciles. Comme il n'y a plus de graisse inutile dans la cavité abdominale, les mouvements de l'estomac, des intestins sont parfaitement libres. Jamais de constipation, toujours des selles bien régulières.

Sous l'influence du travail musculaire, la fonction sudorale de la peau est excitée. La quantité d'eau éliminée par la surface cutanée et par le poumon est notablement accrue ; mais la quantité d'urine diminue ; par contre les produits excrémentitiels, l'urée et l'acide urique, atteignent un chiffre plus élevé. Chez un homme adulte, dans les conditions ordinaires d'exercice et de régime, la quantité d'urée éliminée en 24 heures varie de 24 à 28 grammes. J'ai constaté que chez moi, après un travail musculaire modéré, elle oscille entre 30 et 32 grammes par litre. L'acide urique qui n'est pas un produit ultime de combustion, puisque introduit dans l'économie il donne encore naissance à de l'urée, est éliminé aussi en plus grande quantité sous l'influence des exercices physiques.

INFLUENCE DE l'eNTRAINE3JENT SUR LES FONCTIONS CÉRÉBRALES

On dit généralement que le développement du corps se fait aux dépens de l'intelligence. Ceci peut être vrai pour ceux qui s'adonnent exclusivement aux exercices physiques, mais ne saurait s'appliquer à ceux qui exercent en même temps leurs muscles et leur esprit, « Comme deux chevaux attelés à un même char ».

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Du reste, oe voyait-on pas, dans 1 antiquité, les plus célèbres médecins comme les plus grands philosophes se livrer chaque jour aux pratiques de la gymnastique, ne voyait-on pas de même les poètes et les sculpteurs donner de la vigueur à leur corps et fortifier leurs muscles? Pourtant tout le monde reconnaît que la philosophie, la médecine, la poésie et la sculpture n ont jamais eu de plus glorieux représentants. A ceux qui croient encore que la gymnastique peut gêner Tessorde Tintelligence, il me suffit d'opposer cette phalange d'hommes illustres dont les œuvres font le plus grand honneur à Tesprit humain. La gymnastique méthodique et raisonnée doit avoir pour objectif de réveiller chez Thomme le sentiment du beau ; c'est pour cela que dans mon livre j'insiste tant sur le développement harmonieux de chaque partie du corps : Fréquente les gymnases, disaient les Grecs, et tu vivras toujours « beau et florissant ». Mais ridée du beau ne peut germer dans Tesprit sans faire naître, en même temps, dans rhomme, une foule d'autres sentiments nobles, dont la corrélation entre eux est indéniable.

Cette gymnastique générale éducative, toute faite d*esthétique et de science, n'a rien à voir avec ce qu'on appelle aujourd'hui le sport. L'homme de sport ne se livre qu'à un seul exercice, il ne prend de la « forme » que celle qui lui est indispensable pour obtenir le meilleur résultat dans un exercice donné et gagner un prix dans un concours. Tout son esprit réside dans ses biceps ou ses jambes.

Mais ce n'est pas là le fait que je veux spécialement mettre en relief dans ce chapitre. Ce que je veux démontrer, c'est l'influence immédiate de la gymnastique sur les fonctions cérébrales chez les sujets qui exercent leurs muscles et leur cerveau en même temps. L'observation sur ce point était assez difficile, car évidemment

nous ne pouvions pas prendre comme sujets d'étude les individus qui, faisant de la gymnastique leur moyen d'existence ne se livraient à aucun travail intellectuel; nous avons dû au contraire choisir parmi les gymnastes ceux qui exerçaient leur intelligence en même temps que leur corps. Or, il est à remarquer un premier fait, c est que Tentrainement ne fait subir aucune modification aux fonctions cérébrales. On a mis sur le compte de Tentralnement des phénomènes purement passagers qui surviennent après les exercices violents de la gymnastique et surtout après ceux qui consistent à soulever des poids très lourds. Alors, en effet, après ces efforts énergiques et soutenus, le cerveau devient un peu paresseux, la mémoire plus lente, lesprit s'applique moins bien aux choses qu'on lit. C'est surtout le travail de la réflexion qui se fait avec moins de force. Aussitôt que Ton s'assied pour travailler, aussitôt que l'on veut réfléchir, une sorte d'excitation partant de tous les points du corps, mais surtout des parties qui ont été spécialement exercées, oblige à se lever, à marcher. Cette activité n'est que-momentanée, car bientôt le sommeil arrivant brusquement contraint à cesser toute occupation. On rêve rarement la nuit, à moins cependant que les exercices n'aient été violents, prolongés, et la douche ou l'immersion trop longues.

Le matin, au réveil, on éprouve une courbature souvent douloureuse localisée dans les muscles qui ont travaillé et un peu de fatigue qui se trahit par une pâleur du visage tout à fait caractéristique, mais, malgré cela, on peut se remettre à l'étude et les fonctions cérébrales ont repris toute leur énergie.

Un des effets les plus remarquables de l'entraînement, c'est celui qui s'opère du côté de l'imagination, dont le travail se ralentit momentanément. L'individu commande mieux ses appétils génésiques. Le besoin de

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coïter se fait sentir moins souvent. Les rapports sexuels sont toujours suivis d'une fatigue extrême. C'est pour cela que je ne suis pas du tout de Ta vis des entraîneurs anglais qui prétendent que sur ce point « la nature veut être satisfaite ». Le coït ne doit avoir lieu qu'à de rares intervalles. On ne doit céder à ce besoin que lorsque la force de la volonté est impuissante à lutter plus longtemps. Du reste, le jeune homme, non seulement celui qui s'entratne, mais celui qui ne veut pas entraver son développement physique, doit pratiquer la continence presqu'absolue. « Je suis fort parce que je suis chaste », disaient les anciens chevaliers. Puis, en s'habituant ainsi à lutter contre toutes ses passions, on arrive à développer eh soi la grande énergie dont on a besoin à chaque instant pour les exercices physiques.

Donc, en résumé, Tentraînemement môme avec les gros poids, laisse intactes les fonctions cérébrales. Après les efforts violents et soutenus, on ressent une fatigue passagère qui se traduit du côté du cerveau par un peu de paresse intellectuelle. Mais, dans tous les cas, ce phénomène ne dure pas. Tous les autres exercices, pris avec une certaine modération, n'ont qu'une influence heureuse sur le travail de l'esprit.

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