APPLICATIONS THÉRAPEUTIQUES
Les applications directes de cet art n’ont été faites jusqu’à présent que sur des hommes en bonne santé, dans le but de développer leurs forces et non de les guérir, et sur des animaux domestiques. Pour étudier cette question, il serait à désirer que l’on construisît des établissements particuliers pour expérimenter sur les malades atteints d’affections chroniques; car jusqu'’à présent on ne peut donner que les opinions des auteurs pour démontrer l’utilité curative du régime associé au mouvement;,
Quoi qu’il en soit, dans les scrofules, le meilleur mode de traitement est, d’après M. Fourrier-Pascay et Bégin, la combinaison des exercices gymnastiques, d’une alimentation convenable, de bains froids, de bains de vapeur, d’un air vif et pur, de vêtements légers d’une propreté extrême, de la dissipation, de la faim bien dirigée, delà gaieté habituelle. Cette combinaison, disent ces auteurs, constitue un ensemble de moyens auxquels le tempérament lymphatique et la constitution scrofuleuse résistent rarement. Tout, du reste, concourt à démontrer qu’il résulte des conditions nouvelles où le sujet se trouve placé, qu’au tempérament congénital s’en substitue un autre qu’on pourrtut
appeler acquis. Dans les maladies scorbutiques et scrofuleuses, l’exercice spontané doit être considéré comme un secours indispensable.
M. Heiser conseille un traitement g-ymnique pour un assez g’rand nombre d’afïections. 11 cite deux cas de paralysie g*uéris par ces procédés ; 1“ une dame paralysée du bras droit avec renversement et insensibilité du bras g*auche guérie au moyen d’un traitement de huit mois ; 2° une dame paralysée depuis douze ans de tout lé côté droit, guérie en quelques mois. Il signale ensuite la possibilité d’éloigner par des mouvements bien réglés les causes de développement de la phthisie et de fortifier les constitutions chétives et valétudinaires. Il cite l’observation d’un garçon de Sans, très-grand et très-fort pour son âge, qui lui fut amené par le Bach pour des palpitations très-fréquentes et du froid aux extrémités ; il le traita par les mouvements, et deux mois après, les palpitations et les autres symptômes avaient disparu ; chez ce malade, la gymnastique a calmé les battements du cœur d’une manière plus prompte et plus sûre que la digitale qui avait été employée d’abord. M. Heiser croit que la gymnastique peut guérir l’aménorrhée et la dysménorrhée ; il cite, après quatorze mois de traitement, une très-belle observation de guérison de chorée congénitale compliquée de paralysie de tout le côté gauche. Il cite enfin de jeunes chlorotiques guéries par la pratique d’exercices gymniques simples.
Les tubercules, suivant les uns, ne peuvent être guéris et, snivant les autres, peuvent l’être ; la vérité est dans les deux cas suivant les circonstances. MM. Andral, Louis, Raige-Delorme et Dumas sont tous d’accord
pour dire que les seuls moyens prophylactiques et peutêtre thérapeutiques sur lesquels on peut le plus compter dans la phthisie sont empruntés aThyg-ièpe. M. Benoiston de Châteauneuf prétend g-uérir la phthisie par des moyens g-ymniques. On sait d’ailleurs que cette maladie est bien plus rare chez les hommes adonnés à un travail actif et rég-ulier, bien qu’ils soient plus exposés aux vicissitudes de l’atmosphère, que dans les professions sédentaires. M. Barbier a démontré dans les affections nerveuses l’utilité du mouvement musculaire. M. Restant croit que le meilleur mode de traitement des névroses cérébrales, de l’épilepsie, de l’hystérie, de la mélancolie , de l’hypochondrie est celui qui consiste à se livrer à des travaux g-ymniques. M. Georg-et rapporte que les hystériques ne se trouvent jamais aussi bien qu’après s’être livrées à l’exercice. M. Levret, qui s’est occupé de la folie, n’a jamais obtenu de meilleurs résultats que par la g-ymnastique. M. Lombard, de Genève, g-uérit les maladies de foie reconnaissant pour cause une accumulation de charbon par les mêmes procédés.
En 1855, MM. Bouvier et Londe présentèrent à l’Académie de médecine un rapport sur le traitement g-ymnique de la chorée par le D” Blache. Ce rapport porte sur un relevé de 108 cas. La guérison a eu lieu 102 fois en trente-neuf jours, terme moyen ; et dans les 6 autres, qu’il considère comme des insuccès en cent vingtdeux jours. La guérison a été un peu plus prompte chez les garçons que chez les filles. Comme on le voit, le langage des chiffres est assez imposant pour attirer l’attention, et nous prouve que, dans la plupart des cas, la gymnastique ne le cède en rien à aucun des autres
Barrion. ®
modes de traitement de la chorée et que, de plus, elle n’a point les inconvénients attachés à plusieurs d’entre eux.
M. Fleury a soig’né un très-grand nombre de maladas par l’hydrothérapie à laquelle il joig'nait des exercices g-ymnastiques et une nourriture très-animaïisée,- ce mode de traitement est cehti qui se rapproche le plus de l’entraînement et se confondrait même avec lui si l’^eau froide n’y tenait la plus grande place aux dépens de l’exercice. Eh bien ! M. Fleury a vu une quantité considérable de malades qui, réduits à la plus extrême faiblesse, au dernier degré de l’émaciation, en proie à la fièvre hectique, à la diarrhée colliquative, agonisants, pour ainsi dire, n’ont pu être fortifiés, soulagés ou guéris que par ce moyen. Des maladies nombreuses ont été; améliorées ou complètement guéries en peu de temps. Une jeune fille anémique était devenue d’une maigreur extrême; peau-sèche, d’un gris sale; anorexie complète, accidents gastralgiques continuels, constipation opiniâtre, faiblesse extrême qui obligeait la malade à rester couchée la plus grande partie de la journée et à éviter la conversation, le bruit, la lumière ; les règles, devenues extrêmement abondantes donnaient lieu chaque mois à une véritable hémorrhagie suivies, pendant plusieurs jours, de palpitations violentes et d’une exacerbation de tous les accidents, particulièrement de la faiblesse générale et des phénomènes gastriques. Six mois de traitement suffirent à une guérison complète ; la jeune fille assurait que jamais sa santé n’avait été si satisfaisante.
D’après le même auteur, la plus grande partie des phthisiques succombent, non à la lésion Ibcale, mais
aux troubles g-énéraux de la circulatiou, de la digestion et de la nutrition, La phthisie chronique ne lé démontre-t-elle pas péremptoirement? Ne voit-on pas des individus portant de larges cavernes dans les deux poumons vivre pendant plusieurs années? Les cas de guérison bien constatés n’appartiennent-ils pas à des phthisies chroniques qui ont laissé intactes les grandes fonctions de l’économie ? Dès le début de la tuberculisation pulmonaire ot alors que l’auscultation peut à peine en révéler l’existence, on trouve déjà les globules du sang peu abondants ; ainsi la condition du sang qui vraisemblablement précède la phthisie, c’est cette condition générale que l’on trouve dans tous les cas où pour une cause quelconque les forces vitales ont perdu de leur énergie. T^a diminution de la quantité des globules du sang dès les premiers temps de la phthisie n’est pas la cause de la tuberculisation, mais^ elle est pour nous un signe certain que cette maladie prend naissance au milieu d’un notable affaiblissement de la constitution. Ne voit-on pas que l’entraînement par son action tonique et reconstitutive peut non-seulement prévenir le développement des tubercules, mais encot-e être fort utile dans les cas de phthisie cenfirmée en modifiant le sang, maintenant l’intégrité des fonctions digestives et donnant à l’économie la puissance nécessaire pour attendre la cicatrisation des cavernes.
L’entraînement deviendrait un agent d’une puissance énorme si on l’appliquait à ces petits êtres chétifs, frileux, au teint pâle et décoloré, aux membres grêles et débiles, chez lesquels les facultés de l’entendement semblent absorber toutes les forces de 1 organisme. La gymnastique proprement dite est trop rude
pour eux ; comme ils ont le sentiment de leur fragilité, ils redoutent les grands efforts et les grands mouvements ; ils sont trop faibles pour s’y livrer et n en retireraient que l’inconvénient de la fatigue excessive; il leur faut un agent d’une application générale et facile qui s’applique à toutes les constitutions ; ils le trouvent dans les pratiques des pugilistes.
Je ne terminerai pas cet aperçu thérapeutique sans parler d’une maladie jadis incurable, le diabète sucré, qui a trouvé dans [l’entraînement son remède spécifique ; on peut dire qu’avec cette méthode le malade est véritablement maître de son sort tant que les tubercules n’ont pas|apparu dans les poumons ; même dans ce cas, il serait utile de tonifier l’organisme par le régiihè et l’exercice,
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^CONTRâNDICÀTIONS' hB l’ENTRAÎNEMBKT.
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Parmi ces contre-indicatiqns, , quelques-unes sont spéciales àl’entraînement, les, autres sont communes à cet art et à la, gymnastique proprement dite. Ces dernières sont bien connues ; le^pipùvements, les efforts quels qu’ils soient seront défendus à tous lés sujets atteints de maladies de,cœur,, de dégénérescence d’un
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cachectique.
^ Mais il existcQértaines affiections où les procédés an- ' glais ne doiyent pag être etnjïlqye^ au moins
doivent êtrgrnodifîés j^oion^mènfÿ^ véut obtenm
„,de bons rÿyltats. En premiêmlî^^^^ placent les de- ^"viations delà coïonne vertébrale qüi sont justifiables
de mouvements très-lents et très-méthodiques, d’attitudes particulières ; l’effet produit sur le eorps est alors purement mécanique : un homme entraîné qui doit rechercher avant tout la résistanee à la fatigue et répéter le plus possible les mouvements particuliers qu il devra faire plus tard, ne saurait s’astreindre à toutes les précautions minutieuses qui doivent ramener le tronc à la rectitude; tout au plus l’exercice général pourrait-il, en égalisant les forces, corriger de trèslégères déviations ; encore faudrait-il pour ce résultat travailler les deux bras, ce qui est inutile pour les procédés de l’entraînement et cause une perte de temps; une erreur sous ce rapport pourrait rendre le traite-' ment inutile ou même nuisible.
. Il est encore d’autres cas où l’on ne devra appliquer l’entraînement qu’avec une extrême prudence. Dans le rachitisme, par exemple, le mouvement favorise le développement musculairp et la formation du tissu osseux ; mais la fragilité de ce tissu qui est telle que le coup le plus faible, la chute la plus simple peuvent produire des fractures, obligent à restreindre les exercices à un mouvement passif ; la gestation, le balancement, etc. Dès que les enfants sont un peu plus forts, on les amène graduellement à pratiquer les exercices ^ "actifs. Mais on ne doit pas èxposer les ds à des effdrts ^ qui dépassent leur résistance; ne pas .permettre la
' marche aux enfants qui ont dés tibias flexibles sansmn
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On ne peut guère préciser ’dauantage les cas où le i . r^ime anglais doit être remplacé par la gymnastique ordinaire. Personne encore hè yëst occupé d élùdier
tous les exercices qui se pràtiqüèiit dans les gyMnâses .. ‘'lev ‘janoloa ai eh enoiicrv
et de les analyser, je ne dirai pas au point de vue de la thérapeutique, mais même au point de vue du développement des org-anes. Aussi, bien que les résultats physiques que l’on obtient ne soient douteux pour personne, nous ne pouvons encore les dirig’er suivant notre volonté ou les localiser. On ne saurait, en effet, démontrer si tel g-enre d’exercice est préférable à tel autre sous le double point de vue de la santé g-énérale et du développement musculaire en particulier. Tant que cette étude n’aura pas été faite sérieusement, la méthode du traitement des maladies par l’exercice restera à l’état d’enfance.
POURRAIT-ON SUPPORTER INDEFINIMENT l’eNTRAÎNEMENT. •
Nul doute qu’il ne soit avantag-eux de se soumettre à un cours g-ymnastique journalier et à des soins de la peau tels que ceux qui pratiquent les pugilistes.il serait également très-utile d’observer l’abstinence vénérienne et l’abstinence des alcooliques,des excitants du système nerveux, etc. Mais il est permis de douter que le régime alimentaire privé de matières grasses et réduit à l’indispensable, puisse être suivi sans danger dans nos climats où les hivers sont assez rigoureux. Un organisme dépouillé de tissu adipeux et privé par conséquent de la réserve calorifique nécessaire pour maintenir le corps à sa température normale, ne pourrait manquer d’être péniblement impressionné par une température approchant celle de la glace fondante. Si l’on tenait à réduire la graisse à la plus petite quantité possible, il faudrait surveillerla poitrine avec beaucoup
d’attention et noter souvent le poids du corps afin de L’empêcher de descendre au-dessous d’une certaine limite qu’il serait bon de déterminer expérimentalement pour chaque sujet, et qui indiquerait une réserve suffisante de substances calorifiques.
Les évacuants qui, d’ailleurs, ne sont usités qu’au début de rentraînement, ne méritent d’être conservés que sous la forme de laxatifs doux et pour remédier à la constipation que ce rég-ime entraîne souvent ou qui est naturelle aux sujets à tempéraments bilieux.
La vie à l’air pur, à la campag-ne, au milieu des grands végétaux qui décomposent les miasmes et rendent à l’air toutes ses qualités oxygénantes est assurément une condition utile et même indispensable au développement complet du corps et au fonctionnement régulier de tous les organes. Si l’on y joint les excès de toute nature auxquels enti-aîne le séjour des grandes villes, on ne peut que regretter l’existence de ces grandes agglomérations d’bommes où 1 anémie est si fréquente et où les maladies infectieuses sont souvent la suite de l’encombrement.
L’exercice continuel est peu dangereux lorsqu’on suit ce régime de l’entraînement, très-animalisé et privé d’alcooliques dans ces conditions, le sentiment de la courbature et la douleur musculaire avertissent 1 homme qu’il est arrivé, à la limite de ses forces etl invitent au repos les excitants, du système nerveux, en faisant disparaître le sentiment de la fatigue, peuvent seuls permettre à l’homme de dépenser ses forcfes par anticipation, et l’amèner à, cetétat d’usure organique quel on observe chez les animaux soumis à. des travaux longs, et pénibles et qui produit des désordres semblables à
ceux que détermine l’alimentation insuffisante. Toutefois on devra surveiller, à l’aide du dynamomètre, l’état des forces chez tout sujet soumis à un exercice trèsactif; si Ton remarquait une diminution continue de la puissance musculaire, on devrait modifier le travail, ou même le suspendre complètement pehdant quelque temps. Les recherches qui ont été faites à 1 Ecole militaire de la Faisanderie et sur le vaisseau école des canonniers montrent en effetqu’à la fin du cours (sa durée est de six mois), les élèves présentent tous un affaiblissement sensible. Ce résultat est d’autant plus décisif que ces hommes sont choisis dans toute l’armée parmi les plus vig-oureux.
relation dé deux essais d’entraînement.
M. X..., professeur de g-ymnastique, âg-é dé 23 ans, d’une constitution moyenne, s’est soumis à deux reprises differentes aux pratiques de Tentraînebent en les modifiant lég-èremerit, suivant les exig-enqes de sa profession. Il a noté au moyen du dynaniomètre, de la balance et du ruban gradué, les effets de ce régime sur la force, le poids et le volume du corps- J’ai résumé ces notions dans les deux tableaux suivants; ces données étaient notées de trois en trois jours ; leè chiffres dynamométriques étaient pris par la moyenne de deux essais à dix minutes d’intervalles ; le poids est belui du corps débarraLé des vêtements ; les mesures au ruban gradué ont été prises le matin à l’heure; du lever afin d’éviter les erreurs qu’aurait produites lés congestions musculaires.
Premier essai du 10 août au 20 septembre 1876.