‹ De L'Envahissement Du Système Lymphatique Dans Le Cancer De L'Estomac Et De Ses Conséquences ChirurgicalesChapitre 31 sur 43 · PIÈCE IT · texte numérisé non relu

PIÈCE IT

Wictorine G..., 23 ans. Cancer du pylore. Gastrectomie, le 19 janvier 1899 : Fermeture des deux bouts, gastro-entérostomie. Mort cinq heures après l’opération.

(M. Hartmann.)

Examen macroscopique. — Le fragment enlevé, peu volumineux, comprend environ un centimètre du duodénum et la région pylorique de l’estomac. La pièce ne présente extérieurement aucune particularité digne d’être notée.

A l'ouverture de l'estomac, on aperçoit une tumeur végétante, de coloration grisâtre, avec piqueté hémorrhagique. Cette tumeur est implantée sur la paroi antérieure de l'estomac. Autour de sa base d'implantation, très large, la muqueuse gastrique est fortement épaissie.

Il n’y a pas de ganglions au niveau de la petite courbure. On rencontre trois ou quatre ganglions sous-pyloriques du volume d’un haricot. De plus, dans le cours de l'intervention, on a enlevé un volumineux paquet de ganglions rétro-

pyloriques, dont l’extirpation, très pénible, a provoqué une hémorrhagie abon-

dante.Cette hémorrhagie, mal arrêtée, a entraîné la mort de la malade, cinq heures après l’opération.

Examen histologique. — J'ai examiné histologiquement un fragment de la tumeur et un des ganglions.

I) Examen de la tumeur. — Le fragment examiné a été prélevé à la périphérie de la tumeur. La coupe intéresse toute l’épaisseur de la paroi stomacale. Bien que celle-ci soit entièrement infiltrée par le néoplasme, on peut reconnaître les différentes couches de l’estomac.

1) La muqueuse est fortement épaissie. La coupe portant sur la zone périphérique du néoplasme, on peut noter la série des transformations qui conduisent de la muqueuse normale au tissu néoplasique. On trouve d'abord une zone de polyadénome. A ce niveau, les cellules des culs-de-sacs glandulaires sont disposés en uneseule couche,et contiennentune forte proportion d'éléments à mucus, qui ont remplacé les éléments sécréteurs plus différenciés des glandes normales. La membrane propre des glandes est conservée. En avançant vers le centre du néoplasme, on constate que les cellules des culs-de-sac perdent le caractère de cellules à mucus. Leur corps protoplasmique se réduit, leur noyau devient plus volumineux et plus riche en chromatine. Plus loin, les altérations s’accentuent ; les cellules se placent sur plusieurs rangs et deviennent polymorphes. La membrane péri-glandulaire disparaît. Les cellules néoformées finissent par perdre toute ordination pseudo-glandulaire et les éléments épithéliaux, pressés sans ordre apparent, n’obéissent plus à aucune systématisation.

(1) MM. TERRIER et HARTMANN. Loc. cit., p. 273.

PAC D ae

Telles sont les modifications successives de l'élément épithélial. Le tissu de soutien est peu abondant au niveau des productions adénomateuses typiques et métatypiques. Il est moins abondant encore au niveau de la zone, franchement atypique et se réduit là à quelques rares faisceaux conjonctifs.

Il existe, en certains points, une infiltration embryonnaire très accusée.

2) La muscularis mucosæ est intacte là où la prolifération épithéliale a conservé un caractère typique ou métatypique. Entre elle et les culs-de-sacs néoformés, se trouvent de nombreux amas lymphoïdes.— Vers le centre du néoplasme, au contraire, cette couche musculaire est segmentée par de nombreux boyaux qui Ja traversent pour infiltrer les plans sous-jacents.

3) La sous-muqueuse est envahie par une infiltration épithéliale diffuse. Elle contient aussi un grand nombre d’amas de cellules embryonnaires.

4) La tunique musculaire est parcourue en tout sens par de nombreuses trainées néoplasiques. Celles-ci deviennent moins nombreuses au niveau des faisceaux qui avoisinent le péritoine. — Mais au niveau de la couche sous-séreuse les éléments néoplasiques sont de nouveau plus abondants.

En somme, la masse principale du néoplasme est un carcinome atypique, sans tendance squirrheuse ; au niveau de sa zone d'extension, il présente, sur une étendue peu considérable, les caractères de l'épithélioma cylin drique.

Il) Ganglions. — Je n'ai malheureusement pas pu examiner les ganglions rétro-pyloriques, quine m'ont pas été remis. Mon examen n’a porté que sur le plus volumineux des ganglions sous-pyloriques.

Ce ganglion est envahi par le cancer. Mais sur certaines coupes l’infiltration épithéliale est si réduite qu'elle ne peut être décélée que par un examen attentif. Sur quelques-unes des coupes, il n'existait que quelques cellules néoplasiques, en un point bien déterminé du sinus sous-capsulaire. Tout le reste du ganglion était intact. Sur d’autres coupes, au contraire, l’envahissement, quoiqu’encore assez discret, est néanmoins facilement reconnaissable. Il porte non seulement sur le sinus sous-capsulaire, mais a aussi atteint le système caverneux. Au niveau des points où se sont fixées les cellules cancéreuses, elles ont provoqué autour d'elles une réaction fibreuse très nette.

Autopsie. — A l'ouverture de la cavité abdominale, on constate l'existence d'un épanchement sanguin considérable. Les sutures sont en bon état, et la bouche gastro-intestinale fonctionne bien, comme on le constate en faisant couler de l'eau de l'æsophage dans l'estomac. — Lésions tuberculeuses peu avancées au sommel des poumons.

On trouve dans le mésentère, devant l'aorte abdominale et au-dessus du pancréas, des ganglions légèrement augmentès de volume. Leur examen histologique n’a pas été pratiqué et rien, dans leur aspect antérieur, n'autorise à affirmer leur nature cancéreuse. — Etant donné que les ganglions parastomacaux, premier relai ganglionnaire, présentent des lésions néoplasiques extrêmement limitées, il est vraisemblable, pour ne pas dire certain, que l'augmentation de volume de ces ganglions éloignés n’est pas le fait de lésions cancéreuses.

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