I . l'ITl 1ÈLILIMS l'AV 1 MENTEl X
glandes sébacées peuvent d’ailleurs exister dans des régions où il n’existe pas de poils. Leur volume est en raison inverse de celui des poils.
Le sabot du cheval est un véritable organe pileux, formé par la juxtaposition de cylindres pileux. Une des preuves de cette analogie est la présence de glandes sébacées, placées sous la fourchette, destinées à lubrifier le sabot.
Peut-être pourrait-on rapprocher des follicules sébacés ces utricules épidermiques qui revêtent les écailles du poisson, cl sécrètent une matière visqueuse, laquelle mêlée à l’eau et à la désagrégation des cellules les plus superficielles, constitue l’enduit glaireux du poisson.
Des glandes analogues se retrouvent aussi chez les oiseaux aquatiques, et sont destinées à protéger contre le contact de l’eau, par la matière onctueuse qu’elles sécrètent, le plumage, en tout point analogue au système pileux de l’homme. Enfin, on peut encore rapprocher de lasécrétion sébacée la sécrétion de matières grasses (cire chez les abeilles), qui se fait pai* des pores de leur épiderme chitinisé.
L’histoire de Y ongle est en quelque sorte faite, lorsqu’on a fait celle du poil. Tous deux, en effet, n’étant que des modifications des produits épidermiques, se ressemblent et se touchent dans cette analogie. On peut considérer l’ongle comme formé par un assemblage de poils modifiés et soudés ensemble. Les cornes du rhinocéros, les fanons de la baleine, les gros poils de la queue de l’éléphant sont en quelque sorte des intermédiaires entre ces deux types d’apparence si différents, le poil et l’ongle. Ces divers organes ne sont en effet que des poils agglutinés. On voit la queue du lion terminée par un ongle véritable. Si l’on examine l’évolution et la structure de l’ongle, cette ressemblance devient frappante.
Comme les poils, les ongles commencent à se former vers le troisième mois de la vie fœtale. Aux dépressions du derme
276 DES ÉPITHÉLIUMS EN PARTICULIER
constituant le follicule, répondent d’autresdepressions, consti-
fuant le début de l'ongle, qui n’est qu’un follicule tronqué, aplati, réduit en quelque sorte à son fond. Aux papilles du poil, correspondent les papilles de l’ongle, rangées en séries linéaires, recouvertes d’une couche épithéliale molle, qui représente la racine proprement dite du poil, et dont les cellules tour à tour vieillies, desséchées et aplaties, constituent en s’amassant ii la superficie, la substance cornée de l’ongle, l’ongle proprement dit. Ces écailles, d’ailleurs, qui de-prime abord ressemblent si peu aux cellules de l’épidenne, présentent les mômes réactions chimiques. Comme elles, elles offrent un noyau aplati, desséché, qui ne reparaît qu’en les faisant bouillir dans un alcali concentré.
L'ongle, comme l’épiderme, comme le poil, est pigmenté. C’est dans sa couche muqueuse, correspondant à la couche de Malpighi, que ce pigment est renfermé. D’après Béclard, cette couche est noire chez le nègre, et cetle coloration qui résiste au croisement avec le blanc donne au sang-mêlé un cachet original.
lvolliker a également constaté le pigment dans les jeunes cellules.
L’usage des ongles est protecteur, comme celui des poils. Ils donnent aux extrémités des membres une certaine résislance. Aux pieds ils favorisent la locomotion ; aux mains, ils rendent plus faciles le toucher et la préhension. Ils sont, en général, chez les animaux, situés aux parties correspondant aux pieds et aux mains de l’homme, cependant ils peuvent naître dans d’autres endroits. La queue du lion est terminée par un ongle véritable développé au milieu des poils ; l’étui des cornes du bœuf est de même nature.
Enfin, pour terminer l’histoire de ces deux appendices épidermiques, nous rappellerons que, soumis aux mêmes lois de développement et d’accroissement que l’épiderme, fisse renouvellentcomme lui. llsprennent partit la desquamation continue
ÉPfTHÈMIJWS PAVIMENTETIX.
de la couche cornée chez l'homme, etsont rejetés au dehorsavec le vieil épiderme. Ils prennent part à la mue chez tous les animaux sujets à ce phénomène. L’accomplissement de ce même acte physiologique doit donc aussi les faire rapprocher des plumes qui se renouvellent comme eux et sont destinées aux mêmes usages, des écailles de l’huître, de la carapace des crustacés ; l’analogie de développement et de fonctions étant la preuve de 1 analogie de nature.
Il nous reste à parler des (/landes sudoripares ou sudorifères (Sappey).
Ces glandes situées sous le derme, dans le tissu cellulaire sous-cutané, n’appartiennent pas à proprement parler au revêtement épidermique du corps. Mais elles en sont cependant une dépendance par leur canal excréteur qui se continue à travers l’épiderme et s’ouvre à sa surface ; par leur fonction qui consiste à verser à la surface de la peau un liquide qui se mêle à la desquamation épidermique, et favorise ainsi son élimination , et enfin, par leur développement.
Ces glandes sont exceptionnellement nombreuses. Il y en aurait au moins deux millions d’après Krause. Elles siègent à des profondeurs assez inégales: à l’aisselle, elles sont immédiatement sous le derme et trois fois plus grosses qu’ailleurs. Cette région offre encore à ce point de vue d’autres particularités que nous signalerons plus loin.
La glande sudoripare consiste en un glornérule sous-cutané dont je ne m’occuperai pas, et un canal excréteur présentant comme paroi : une couche de substance amorphe, revêtue
d’un épithélium polygonal (voyez épithél. sphêroïdal.)
Ce canal traverse le derme et, arrivé sous l’épiderme, s’enfonce dans la couche de Malpighi, en décrivant des spirales caractéristiques jusqu’à la surface externe où il s’ouvre.
Ces glandes, découvertes parBreschet en France, Purkinje en Allemagne, commencent à se former vers le cinquième
DES ÉPITHÉLIUMS EN PARTICULIER
mois de la vie embryonnaire, elles ne semblent être dans le principe que des prolongements de la couche muqueuse de l’épiderme; les prolongements, en forme de bouteilles s’enfoncent peu à peu sous le derme, et arrivent ainsi dans le tissu cellulaire sous-cutané. Ce mode d’origine, à peu près incontestable, justifie les quelques mots que je leur consacre en ce moment.
Elles présentent à l’aisselle, outre leur grosseur, quelques particularités: leur canal excréteur est très-court et droit. La sueur de l’aisselle est alcaline, tandis qu’elle est acide partout ailleurs. Robin a vu une fois ces glandes de l’aisselle pleines d’une matière colorante d’un noir violet foncé. Les granulations contenues dans cette matière variaient depuis un diamètre presque imperceptible jusqu’à li fx. Elles devenaient bleu foncé au conctact de l’acide sulfurique ; l’ammoniaque ne les dissolvait pas.
Les glandes sudoripares n’existent que chez les vertébrés. Ce sont des glandes de cette nature, mais peu développées, que Breschet et Roussel de Vauzème, en les découvrant, avaient prises pour des organes producteurs de l’épiderme (glandes blennogènes).
Fondions «le lVphlfrtnc.
Les propriétés de l’épiderme en tant que /issu ont été étudiées spécialement dans les chapitres qui précèdent : genèse, développement, nutrition, régénération. Je dois donc l’étudier ici en tant qu’organc.
Me plaçant à ce point de vue, je puis le considérer chez l’homme ou les animaux élevés dans l’échelle animale, comme un organe à triple fonction :
lü Fonction glandulaire;
2° Fonction tégumentaire ;
8° Fonction sensorielle.
ÉPITHÉLIUMS PAV1MENTEUX. 279
11 eût utr trùs— intéressant d’étudier l'épiderme végétal parallèlement à l'épiderme animal, mais c’eût été dépasser les bornes d'un sujet déjà trop étendu. La mémo raison fait que je ne puis rien ajouter à ce qui a été dit sur les fonctions si diverses du tégument depuis les groupes les plus inférieurs du règne animal jusqu’à l'homme. Je redirai seulement aveu Longet (1), que le caractère des organismes inférieurs étant d’offrir une certaine homogénéité, une ressemblance plus ou moins complète entre toutes les parties, on suppose que partout la substance générale du corps jouit, en quelque sorte, de toutes les propriétés physiologiques qui sont dévolues à des portions distinctes dans les animaux plus élevés, et que les diverses fonctions essentielles à la vie sont remplies à la fois par les mêmes organes. Aussi voyons-nous certains animaux, les acalèpbes, par exemple, respirer exclusivement par la peau.
Fonction glandulaire. — Que dire des glandes sudoripares? Bien qu’on les voie apparaître, dès le cinquième mois de la vie embryonnaire, dans la couche muqueuse deMalpighi, et qu'elles soient, par conséquent, d’origine épidermique, elles ont, chez l’être développé, une situation et des usages tels, que je ne puis les rattacher à l’épiderme, et que leur étude ne saurait m’occuper. En versant leur produit à la surface de la peau, elles y donnent lieu à une évaporation qui régularise la chaleur animale, et nous permet de résister aux températures excessives. D’autre part, la sueur, imbibant les cellules avec lesquelles elle entre en contact, les rend plus molles, et favorise ainsi leur desquamation (Küss). Tels sont les seuls faits que je veuille rappeler ici.
Mais ne faut-il pas voir, dans le corps muqueux de Malpiglii, une véritable glande vasculaire sanguine, étendue sur une vaste surface? Là, en effet, comme dans les glandes, le
(1) Longet, Traité de physiologie.
DF.S ÊPITHÉIAIJ.YIS EN PARTICULIER
pouvoir absorbant est développe a son maximum d intensité. Pour le démontrer, je n’ai qu’à rappeler les résultats de la méthode endermique, qu’on devrait plus justement appeler méthode enêpidermique , suivant la remarque de Kiiss (1) ; et les diverses inoculations accidentelles, expérimentales ou thérapeutiques (vaccine). D'autre part, si les cellules de Malpjghi transmettent au sang et à la lymphe les substances venues du dehors, n empruntent-elles pas aussi a ces deux liquides des matériaux qu’elles devront élaborer, non-seulement pour se nourrir et arriver progressivement au terme de leur évolution, mais encore pour créer des produits nouveaux? Ce rôle d’élaboration dévolu aux cellules les plus profondes, à celles qui reposent directement sur les papilles et sont le plus près du sang, est manifeste chez les animaux qui sécrètent une substance tégumentaire spéciale destinée à former leur squelette.
Fonction tégumentaire. — Considéré comme tégument, l’épiderme a surtout un rôle de protection. À ce rôle important se rattachent :
i° La couche épidermique la plus superficielle, c’est-à-dire la couche cornée et ses dérivés.
2° Les innombrables glandes sébacées.
La couche cornée, mauvaise conductrice du calorique, s’oppose au refroidissement du corps. En tant que membrane de revêtement, inerte et momifiée, elle protège efficacement les parties profondes, tandis que la couche muqueuse, très-hygrométrique, perméable et vivante, est appelée, comme nous venons de le voir, à de tout autres fonctions.
La couche cornée doit en grande partie son imperméabilité aux glandes sébacées, qui par leur sécrétion en lubrifient la surface. Voyez en effet l’énorme épaisseur qu’acquiert parfois la couche cornée à la paumedes mains et à la plante des pieds.
(1.) Kiiss, Leçons de physiologie . Strasbourg.
ÉPITHÉLIUMS PA.VIMENTEUX.
C’est là cependant que l’épiderme, dans les conditions du moins où il peut absorber, selaisse pénétrer le plusfacilernent, ainsi que le prouvent les expériences de Reveil et de Larroque f l). C’est sans doute à l’absence des glandes sébacées dans ces deux régions qu’il faut attribuer cette rapidité relative dans l’absorption cutanée. C’est en partie au produit des glandes sébacées que nous devons de pouvoir impunément, dans le cours de nos études anatomiques, rester des jours entiers les mains plongées au milieu de matières putrides.
Ainsi Magendie put sans danger mettre pendant un certain temps du virus rabique en contact avec sa peau. Bien souvent, à Alfort, les vétérinaires plongent les mains dans le sang morveux ou farcineux, sans qu’il en résulte aucun accident.
A quelles limites s’arrête ce rôle protecteur de l’épiderme? C’est ce qu’il faut maintenant examiner. L’épiderme, en effet, se laisse traverser dans certaines conditions, cela est incontestable: 1° de dedans en dehors , par les gaz du sang; B. Ritter, en effet, a constaté, dans le bain, l’exhalation d’azote et d’acide carbonique (2) ; mais l’eau ne peut franchir dans ce sens la couche épidermique, et c’est ce qui explique la formation des phfjctènes ; 2° de dehors en dedans , et c’est ici que se place l’étude de l 'absorption cutanée.
Le tégument offre dans la série animaledes variétés d’orgasation, qui ont la plus grande influence sur son aptitude à l’absorption. De même que, parmi les muqueuses, les unes jouissent au plus haut degré de la faculté absorbante, tandis que d’autres sont à peu près imperméables, la peau, suivant les propriétés physiques de ses revêtements, fonctionne tantôt comme unedes membranes les plus perméables, tantôt comme un tégument que rien ne peut traverser. Entre ces deux ex-
(1) Larroque , Absorption par la surface plantaire, (Journal <le médecine ,
(2) B. Ritter, Ver ha lien der mensch lichen Haut in Wasserhade, A r chic, fur vors. Itenk, III. 2, p. 103.
282 DES ÉPITHÉLIUMS EN PARTICULIER
trèmcs, on trouve une foule d’intermédiaires (1). L’existence d’écailles ne rend pas la peau impénétrable à l’eau, mais il est probable, dit Milnc Edwards (2), que l’absorption de ce liquide a lieu principalement par les espaces situés entre ces plaques solides.
Il suffit de rappeler les expériences de Rudolphi et Yeder sur les entozoaires, de Spallanzani sur les limaçons, de Trev iran us sur les grenouilles, pour montrer la grande activité de l’absorption cutanée chez beaucoup d’animaux.
Chez l'homme, les choses ne se passent point ainsi. La question nous offre d’ailleurs plusieurs points à examiner :
1° L’absorption des substances gazeuses ou volatiles;
2° L’absorption de l’eau ou des substances dissoutes ;
3° L’absorption desmatières insolubles porphyrisées.
Dans les conditions normales, la peau absorbe les gaz. On voit qu'il se fait même un échange gazeux cutané.
Citons pour mémoire l’expérience de Bichat, bien qu’elle ne soit pas concluante. Mais celles de Lebküchner, de Chaussicr, de Collard de Martigny, ne laissent aucun doute. Herpin rapporte qu 'après un bain d’acide carbonique durant plusieurs heures, le sang veineux prend une couleur noire.
Les substances liquides ou solides, mais volatiles , sont également absorbées. Tels sont l’alcool, l’éther, l'iode, etc. Les travaux de Gubler, Hébert, Bouchut, Rabuteau, mettent ce fait hors de doute. Par de nouvelles et très-intéressantes expériences, Rœbrig (3) est arrivé au meme résultat. 11 a constaté, en expérimentant sur lui-même et sur les animaux, que, lorsqu'on suspend des matières médicamenteuses dans des véhicules volatiles et surtout rapidement volatiles, on obtient des effets thérapeutiques évidents.
J’arrive à l'absorption de Xeau et des substances dissoutes.
(1) Colin, Traité de physiol. comparée, t. II.
(2) Milnc Edwards, Leçons de physiol. comparée.
(3) Rœhrig, Arch.der Heilkunde, sept. 1872.
ÉPITHÉLIUMS PAVIMENTEUX.
La médication externe suppose l'existence de l’absorption; mais il faut remarquer, dit lüiss avec juste raison, que dans ces cas on altère la peau par des actions mécaniques ou chimiques; aussi la question vraiment physiologique se réduitelle à savoir si l’épiderme, à ï état sain, absorbe l’eau spontanément.
Cette question a eu le privilège d’éveiller l’attention des expérimentateurs; mais leurs résultats furent tels jusqu’il ces derniers temps, qu’ils ne servirent qu’à accumuler les contradictions. Plusieurs concluent à la non absorption dans les conditions que nous venons d’indiquer. Ainsi, des malades traités pour des affections cutanées par des bains prolongés, seraient restés immergés pendant dos semaines et des mois sans qu’il y ait eu d’absorption.
P. Bert (1) arrive à une conclusion à peu près semblable. Toutefois, dit-il, cette conclusion doit être modifiée dans trois circonstances différentes qui ont trait :
1° A la longue durée du contact entre la peau et la substance médicamenteuse ;
2° A la propriété que peut avoir celle-ci, ou le menstrue employé, d’attaquer l’épiderme, de dissoudre la matière sébacée, ou d’irriter la peau ;
3° Au mode d’application (frictions, lotions, etc.).
11 rapporte les deux expériences suivantes dont la première n’est peut-être pas très-concluante :
Colin, après avoir arrosé pendant cinq heures la région dorso-lombaire d’un cheval avec une solution de cyanure de potassium, retrouva, au fout de quelque temps, le sel en assez grande quantité dans le sang de l’animal.
Parisot a constaté que 5 centigrammes d’atropine dissous dans 20 grammes de chloroforme et appliqués sur le front
(1) P. Port, in Novv. dict. dn méd. d, c/iir. (Absorption).