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CHAPITRE II

PHYSIOLOGIE

Vn()i( Ion des épithéliums.

« Le rôle physiologique particulier rempli par les épithéliums repose surtout sur l’énergie ou la diminution de quelqu’une des propriétés végétatives de nutrition , do développement ou de génération , et cela aussi bien lorsqu’ils agissent comme protecteurs tégumentaires que lorsqu’ils concourent aux sécrétions d’une part et à l’absorption de l’autre. Doués plus encore que les autres produits à un haut degré de ces propriétés végétatives, c’est par des modifications de cellesci, en plus, en moins ou aberrantes, qu’ils jouent un rôle normal et pathologique important (1). »

L’élément épithélial est doué d’une puissante vitalité qu’il conserve même après la mort pendant un temps assez long. Détaché de sa membrane, il se reproduit rapidement. Il envahit, la surface des plaies, les bords des fistules tégumentaires, et les empêche de se réunir.

Iwanofif (2) a observé des faits contraires à la théorie de Thiersch, qui croit qu’à partir du moment où les épithéliums se sont séparés du feuillet corné du blastoderme, ils prennent mx^mèmes leurs matériaux de nutrition et de régénération et vivent d’une vie propre : ayant irrité mécaniquement et physiquement l’épithélium cornéen, il ne l’a jamais vu se mettre en activité et proliférer avant que le tissu

(1) Robin, Éléments , p. 120.

(2) Beitrag. zu path. Anat. des Hornhaut. ( Pathologie de l'épithélium cornéen, par lwanoff.) — Klinische Beobachtungen, v. Pagenstecher; 3e fascicule. Wiesbaden, 18G6.

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sous-jacent se fût mis lui-même à former de nouveaux éléments (1).

Le mouvement rapide de composition et de décomposition que détermine et subit l’élément épithélial bâte sa croissance, précipite sa vie et le rend extrêmement sensible à toute altération locale ou générale du liquide nourricier que lui transmet la membrane sur laquelle il repose. Réciproquement, son activité propre exerce sur la constitution des humeurs, et finalement sur le fonctionnement du système nerveux, une influence considérable.

De la faculté de se nourrir que possèdent les épithéliums, résultent l’accroissement des jeunes éléments, l’entretien des adultes et leur fonctionnement qui amène tôt ou tard la vieillesse et la desquamation. Ils vivent aux dépens du sang comme l'organisme entier aux dépens du milieu cosmique.

Il en est de même, du reste, de tous les éléments anatomiques, dont la synergie constitue la vie.

La nutrition des épithéliums une fois nés, les fait évoluer physiologiquement, c’est-à-dire, croître, fonctionner et se reproduire, ou pathologiquement, si les conditions normales viennent à être changées par l’expérimentateur ou par la maladie.

Leurs éléments croissant prennent une forme variable, suivant les organes qu’ils devront former, par conséquent suivant la nature du tissu qui les nourrit. Les conditions physiques aussi ont une certaine influence sur la forme définitive.

Chez le fœtus, l’élément épithélial est pour ainsi dire partout le même; il est véritablement indifférent au point de vue de la forme définitive à revêtir. Mais il est épithélial et ne saurait jamais devenir un élément constituant quelconque. Il en est de même chez l’adulte, dans toutes les conditions où

(1) Voy. plus loin, Greffe épithéliale et production du pus.

DES ÉPITHÉLIUMS EN GÉNÉRAL

se produit do l’épithélium embryonnaire qui existe dans les couches profondes de tous les épithéliums stratifiés, dans les glandes et sous les épithéliums simples prêts à desquamer.

Si l’on ne pouvait être facilement témoin de l’accroissement des épithéliums, on ne croirait jamais que ces formes si différentes, le cylindre vibratile, le globe et la lamelle, dérivent d’une cellule pareille.

« La naissance des éléments anatomiques chez l’adulte, reproduit les phénomènes de leur génération chez l’embryon. Elle s’accomplit d’après les mêmes lois, et les phases du développement consécutif à la croissance sont aussi les mêmes que chez l’embryon. » (Ch. Robin.)

Il est très-facile de faire naître sur un animal quelconque des cellules épithéliales, en détruisant les anciennes en différentes régions, et il est fréquent d’observer sur l’homme des desquamations accidentelles et des néoplasies épithéliales consécutives. Dans tous ces cas, on voit paraître d’abord des cellules indifférentes, mais, je le répète, épithéliales, qui deviennent plates s’il s’agit de la peau ou d’une muqueuse papillaire, et cylindriques ciliées s'il s’agit par exemple de la trachée.

Il faut une irritation sérieuse et longue pour que l’épithélium, qui se reproduit sur une surface enflammée, reste globuleux même momentanément. Au dire de Bédoin (1), son maître Küss aurait vu dans la variole que l’épithélium de la trachée devait tomber quatre fois, pour que la génération nouvelle ait perdu totalement les caractères de l'épithélium cylindrique (2).

Pareillement, lorsque les conditions physiques d’une surface sont changées: dans la chute du rectum, l’anus contre nature, certaines fistules, l’épithélium tombe et se transforme; mais, pour s’adapter aux conditions nouvelles de son exis-

(1) Thèses de Strasbourg, 1868.

(2) Voyez aussi sur re sujet : Cabadé, Inc. cit., p. 44 ot suiv.

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tence, il doit desquamer bien des fois. Les cellules épithéliales adultes ne peuvent se transformer.

Quand l’épithélium de la chute du rectum exposé à la lumière, aux frottements, à l’air, et privé de son milieu naturel, devient pavimenteux; cette modification se fait lentement, par des générations successives qui font chacune un pas vers la forme nouvelle à réaliser.

Quand l’œuf fécondé descend dans l’utérus, l’épithélium vibratile tombe, comme on le verra plus loin; à sa place naît un paviment régulier. Lcà encore, il y a remplacement et non pas transformation.

On voit, par ces exemples, la double influence sur la forme des éléments épithéliaux et de la membrane basilaire et des conditions physiques et mécaniques. On le verra mieux encore quand je traiterai des greffes épithéliales.

Des influences pathologiques peuvent amener du trouble dans le développement des épithéliums: tantôt c’est un arrêt, une atrophie ou même une hypertrophie ; tantôt une fin prématurée, tantôt une hypergenèse.

L’atrophie peut être physiologique, ce qui se voit dans les épithéliums génitaux à un certain âge et même d’une manière intermittente chez les animaux; dans le thymus, pendant la seconde enfance, mais ici avec dégénérescence graisseuse, colloïde ou calcaire; dans la mamelle enfin, durant les intervalles de la lactation. Une compression mécanique peut atrophier les épithéliums, quelle qu’en soit la cause.

D’un autre côté, spécialement sous l’influence de l’afflux qui suit l’irritation, les cellules épithéliales peuvent s’hypertrophier; elles peuvent alors ou bien constituer une tumeur en se multipliant (hypergenèse), ou bien s’en aller avec la suppuration.

L’altération catarrhale de certains épithéliums est fréquente; elle consiste dans un gonflement du à la formation de mucine avec absorption d’eau, ce qui reud l’élément trans-

DES ÉPITHÉLIUMS EN GÉNÉRAL

parent, mais le fait se troubler beaucoup par l’acide acétique. Il n’est pas rare aussi d’observer l’altération dite colloïde, spécialement dans les épithéliums du corps thyroïde et des sanglions. Des altérations également communes consis-

tent dans la formation de vacuoles, dans le protoplasma ou dans le nucléole transformé en vésicule.

La dégénérescence graisseuse est une altération très-fréquemment observée; comme 1 altération sarcodique et catarrhale, elle est une des causes de la chute des épithéliums.

La pigmentation des épithéliums peut également se développer à la suite de troubles de nutrition : dans un tissu sain, ce qui constitue la mélanose simple, ou dans les cellules nouvellement formées d’une néoplasie épithéliale.

À propos des épithéliums en particulier, il sera question des altérations des cellules épithéliales qui se rattachent de près à mon sujet. Pour le moment, je me bornerai à parler de deux processus communs pour ainsi dire à tous les épithéliums et qui résultent de troubles dans la nutrition, à savoir la suppuration et lhypergenèse.

On a beaucoup discuté sur le rôle de l’épithélium dans rinflammation ; on parle couramment de prolifération, et naguère encore la production des leucocytes dans les cellules épithéliales était acceptée du plus grand nombre.

Mais depuis que la théorie de la diapédèse a été remise au jour et appuyée de faits aussi nombreux qu’en apparence bien observés, il s’est fait un revirement et l’on se demande si définitivement l’épithélium prolifère. La question est plus difficile à juger qu’on ne le croirait; il semble qu’il n’y ait qu’à tenir sous le microscope la langue, la membrane natatoire, le poumon ou le mésentère d’une grenouille pour s’en assurer. Il n’en est rien. Hayem (t) et Feltz (2), à l’aide du nitrate

(1) Soc. de biologie , 1869, et Gaz. rnéd., 1870.

(2) Acad, des sciences, 1870, et Gaz. médt, 1870,

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d’argent et du carmin, ont constaté que, dans les premiers temps de rinflammalion, l’épithélium restait absolument intact, quoique le tissu sous-jacent fût déjà infiltré de leucocytes. Hayem a vu plus tard des leucocytes perforer les lamelles épithéliales et venir à la surface, ou bien s’arrêter dans leur épaisseur; l'usage qu’il a fait du carmin dans ses expériences semble indiquer qu’il a bien observé et mis le doigt sur la caused’erreur qui fait croire à la prolifération des épithéliums, c’est-à-dire sur l'incarcération des leucocytes et môme des hématies (variole, hémorrhagie, scorbut, etc.), dans l’intérieur des cellules épithéliales assez épaisses pour les recevoir.

P. Sick (l), dans un cancroïde ulcéré du pénis, a vu des corpuscules de pus dans les cellules et croit qu’ils y ont été formés; il a pourtant vu aussi, dans le même cas, quelques globules rouges pareillement incarcérés.

Au bout d’un temps variable, avec f irritant employé, 1 épithélium se modifie; chacun de ses éléments renouvelés par la desquamation peut alors contenir plusieurs noyaux et probablement se segmenter. J’ai représenté, pl. I, fig. 6, trois éléments épithéliaux du pus blennorrhagique, dont l’un semble en voie de segmentation.

L’action du processus inflammatoire sur les épithéliums vrais et faux paraît donc faible à son début ; plus tard, les éléments s’altèrent, desquament et cèdent la place à plusieurs générations successives de jeunes, dont la dernière, lorsque l’inflammation se calme, reproduit un revêtement normal. Rien ne prouve, jusqu’à présent, que des globules de pus naissent dans les cellules épithéliales.

Les endothéliums vasculaires, dans l’inflammation, présentent, suivant Ranvier [loc. cit.) , une multiplication de leurs éléments avec « retour à l’état embryonnaire » , ce qui

(1) P. Sick, Développement du cancer , du pus et du sarcome {Virchow' s Archiv., XXXI, 3, p. 265. 1864)*

32 ÜES ÉPITHÉLIUMS EN GÉNÉRAL.

veut dire qu’au lieu des lamelles excessivement minces de l’état sain, on voit des protoblastes se rapprochant un peut plus de la forme sphéroïdale, semblables à ceux qui limitenles capillaires en voie de développement, chez le fœtusou dans les bourgeons charnus.

Lorsque les troubles nutritifs spéciaux amènent une hyperge nèse considérable d’un tissu épithélial, il se produit uncancroïde ou épithéliome. Dans ce cas, comme la desquamation est impossible, puisque l’épithélium est infiltré, il se produit des déformations des éléments, ce qu’on appelle des globes épidermiques.

Si, comme tout porte à le croire, il est bientôt démontré que le carcinome n’est qu'une hypergenèse de l’endothélium lymphatique, ce sera un argument de plus contre la distinction radicale qu’on a voulu faire des épithéliums et des endothéliums.

En résumé, il découle de ce que je viens de dire et de ce qui sera dit plus loin (1), que la cellule épithéliale jeune est un élément spécifique qui ne varie, sous nos yeux, que suivant le terrain qui la nourrit. Et malgré que les éléments dits endothéliaux se développent dans le feuillet moto-germinalif, comme les tissus dits d’origine conjonctive, ces éléments, on l’a vu, ne sont pas sans analogie avec les épithéliaux proprement dits. Leur ressemblance avec l’épithélium pulmonaire; l’analogie de certaines régions endothéliales où le revêtement est épais ou stratifié, avec les paviments extérieurs ; leur genèse dans les bourgeons charnus ; le résultat de leur irritation et de leur hypergenèse, tout semble montrer que les faux épithéliums ont une certaine parenté avec les vrais.

Une des conséquences de la vivacité et de la puissante nutrilité des épithéliums extérieurs consiste dans la possibilité

(1) Voy. Transplantations épithéliales.

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do les transplanter, soit au milieu des tissus, soit à la surface des plaies, de faire des entes ou greffes épithéliales, dans un luit expérimental ou thérapeutique. Je m’en occuperai longuement en traitant de la genèse et de la multiplication des éléments épithéliaux.

11 faut s’attendre, d’après ce que nous savons de l’influence de la membrane et des conditions physiques, à trouver là une preuve expérimentale de l’identité des diverses formes épithéliales extérieures. Arraché au sol qui l’a produit et nourri, séparé de ses semblables et transplanté sur un autre terrain, au milieu d’individus différents, l’élément épithélial prend racine et vit, mais il perd ses caractères propres et prend ceux «pie lui impose une vie nouvelle dans un milieu nouveau.

Rôle des épithéliums.

Le rôle des épithéliums arrivés à la période d’état, c’est-àdire complètement développés, varie comme la structure de ces membranes. Toutes ont primitivement sans doute les mômes propriétés comme les surfaces des polypes (1) qui sont indifféremment cavité digestive et tégument extérieur. Mais

par les progrès de l’âge et vu les résultats à obtenir, la division du travail s’établit elles épithéliums se spécialisent. Il semble qu’ils font peu à peu leur apprentissage : chez le nouveau-né, les glandes ne donnent point encore des sécrétions parfaites; et pendant toute l’enfance, les épithéliums génitaux sont complètement inertes.

Les épithéliums, sauf les dérivés cornés, sont tous perméables à des degrés divers. La plupart agissent sur les matériaux qui les traversent, soit pour séparer, soit pour transformer et fabriquer. Et il n’est pas sûr que tous ne jouissent pas, à des degrés différents, des mômes propriétés. Qui nous dit

(1) Vu y. Tremblay, ou M. Edward?, Anal, cl i>hysioL Cùmpurce.

DES ÉPITHÉLIUMS EN GÉNÉRAL

en effet que même le mince épithélium des capillaires est complètement indifférent à tout ce qui le traverse? Qui nous dit que la couche profonde de l’épiderme n’est point un vaste foyer d’élaboration ?

Quoi qu’il en soit, les épithéliums, en leur qualité d’intermédiaires entre les deux milieux organique et cosmique, sont traversés par deux courants diosmotiques, de force égale ou inégale. Dans le premier cas, la diosmose peut être faible ou considérable; dans le second, le mouvement vers le sang, c’està-dire l’endosmose, peut dominer; ou, au contraire, l’exosmose. Delà, une division physiologique des épithéliums, basée nonseulement sur ce qu’ils font en réalité dans l’organisme, mais aussi sur ce qu’ils pourraient faire, étant données des circonstances favorables.

i° Diosmose approximativement égale dans les deux sens : faible ou nulle, épithélium pavimenteux ou autres stratifiés; considérable , épithéliums lamellaires ou endothéliums, poumou, vaisseaux, etc.

2° Endosmose prédominante : épithéliums absorbants, voies digestives et certaines régions des canaux excréteurs des glandes.

o° Exosmose prédominante, épithéliums excrétants, glan-

des et filtres.

En comparant maintenant les épithéliums, on peut dresser une échelle de perfectionnement qui se correspond pour les exhalants et pour les absorbants ;

1° Epithéliums imperméables ;

‘2° Épithéliums perméables.

A. indifférents;

B. sélecteurs;

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