OBSERVATION I
Résumé de « La folie de l'Infant don Carlos devant la psychiâtrie contemporaine » du D' Wahl, médecin-adjoint des Asiles d’Aliénés.
La maladie de don Carlos, par ses causes, par ses symptômes, par sa marche et par sa terminaison, répond complètement à une variété connue d’aliénation mentale.
Comme antécédents héréditaires, nous voyons que son arrière-grand'-mère n’était autre que Jeanne la Folle, fille de Ferdinand le Catholique et femme de Philippe le Beau. Ces deux princes l’écartèrent de la couronne de Castille, en raison des troubles psychiques qu’elle présentait.
D'autre part, son père Philippe II était d’une exaltation religieuse en quelque sorte maladive.
Enfin il était né d'un mariage consanguin. Philippe II avait épousé sa cousine germaine, Marie de Portugal.
En résumé et « pour cette double raison : hérédité pathologique d’une part, consanguinité d’autre part, Don Carlos
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äppartenait à cette catégorie d'individus qui depuis les travaux de Morel (1858) et surtout depuis les leçons de M. le docteur Magnan on désigne sous le nom de dégénérés ». Et parmi ces dégénérés Don Carlos semble avoir appartenu à la catégorie des débiles.
D’après les historiens, il était d'humeur fantasque, de teint pàle, de physionomie ctrange, de mœurs débauchées, grand coureur de ruelles et d'aventures nocturnes, et cela bien avant que la folie eût éclaté chez lui. Il saula un jour au cou du cardinal Espinosa qui avait chassé du palais un de ses musiciens nommé Cisnéros. « Vil prêtre, s'écria-t-il, « en tirant sa dague, osez-vous bien empêcher Cisnéros de « jouer devant moi ? Sur l’âme de mon père, je vous tuerai ».
Une autre anecdote nous le peint mieux encore sous son véritable jour de détraqué colère et brutal. Nous l’empruntons à Brantôme: Un cordonnier apporte un jour à Don Carlos des bottines mal faites. Celui-ci, furieux, les fit couper en tout petits morceaux et fricasser comme des tripes de bœuf et obligea l’infortuné bottier à manger ce singulier plat sous ses yeux, sans lui faire grâce d’une seule miette.
Son intelligence fut d’ailleurs assez faible, puisqu'il ne fut jamais appelé au Conseil où il aurait dû être admis de par sa naissance.
Sur ce fond de débilité mentale congénitale se développa une affection plus intéressante au point de vue purement médical. À 17 ans, il fit une chute grave dans l’escalier, avec enfoncement du crâne et paralysie d’une jambe. Vésale en clinicien consommé eut recours à l’opération du trépan.
L'opération en elle-même réussit admirablement et cepen-
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dant, malgré les soins les plus éclairés, les suites de l’opération ne furent rien moins que fâcheuses.
Les historiens sont muets sur la question de savoir si l’opération fit disparaitre la paralysie. Ce qu’il y a de certain, c’estqu’à partir de cette époque Don Carlos fût sujet à des convulsions terribles dans lesquelles il se débattait et poussait des cris sauvages. Et la description qui nous en est faite convient absolument à une forme de l’épilepsie Bravais- Jacksonnienne désignée sous le nom de type généralisé. Or pour qui connait les épileptiques,avec leur fureur violente et brutale, leurs impulsions, leur amnésie des faits et des actes de colère qui se sont passés pendant leur crise, il semble évident que Don Carlos puisse entrer dans leur groupe. Il est à peu près certain que les actes de violence qu’on lui reproche, ont été accomplis dans ces conditions, car nous savons que quelquefois même l’acte de fureur peut remplacer une crise. De plus la célèbre scène dans laquelle Don Carlos s’emporta contre le duc d’Albe et même contre son père Philippe Il, est bien le fait d’un épileptique irritable, violent, brutal, même en dehors de sa crise.
Enfin la mort de Don Carlos est bien de celles qui arrivent quelquefois chez les malades atteints de mal caduc. L’Infant est mort en effet dans une série de crises très rapprochées les unes des autres, en état de mal. Eloigné de tous, enférmé dans sa chambre, il eut une agonie terrible, qui s’écoula sans témoins. Ce n’est qu’au bout de plusieurs heures qu’on retrouva son cadavre la face congestionnée, bouffie, étrangement convulsée, la langue profondément tailladée par des morsures. Il tenait encore, serré convulsivemént entre ses mächoires, un tampon de linge qu’il avait
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arraché à son lit. Ses lèvres laissaient échapper une écumé sanguinolente.
Résumé. — Crises d’épilepsie Bravais-Jacksonnienne du type généralisé, survenant après une trépanation chez un débile entaché d’hérédité névropa- . thique et atteint de paralysie à la suite de lésion
crânienne.