‹ De L'Épilepsie Consécutive A La TrépanationChapitre 7 sur 12 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

Recueillie par le D' Antheaume, ancien chef de clinique de la Faculté à l'asile Sainte-Anne.

Arthur B..., àgé de 17 ans, se présente, en mai 1896, à la consultation externe de la clinique, pour des accidents comitiaux.

Antécédents héréditaires. — Le malade est enfant naturel, la mère est débile, avec absence presque complète de sens moral et incapacité de pourvoir à ses besoins ; une tante maternelle est névrosée ; un oncle est buveur.

Antécédents personnels. — Athrepsie probable dans l’enfance ; parole, marche et dentition tardives. A l'âge de 15 mois, l’enfant était sur le bord d'un escalier, quand il a roulé d’un étage et s'est contusionné la région temporale gauche ; à l’âge de 3 ans, chute légère étant placé sur une

chaise. Ces traumatismes n'ont donné lieu, au moment de leur production, à aucun signe de commotion cérébrale ; on n’a pas observé de perte de connaissance, ni de modification dans l’état mental du sujet, jusque-là du reste, insuffisamment développé au point de vue intellectuel. L’entourage fut surtout frappé de l'absence presque complète de langage articulé. A 11 ans, Arthur B... est placé à l’école primaire, où il ne put recevoir qu'une instruction tout à fait rudimentaire ; il apprit à signer son nom, à épeler les lettres de l’alphabet et à écrire les chiffres.

Le manque de développement des facultés intellectuelles coexistait avec l’absence de langage articulé, et le petit: malade, incapable d'apprendre un métier, présentait les troubles du caractère que l’on rencontre si fréquemment chez les sujets arriérés : irritabilité, absence de sentiments affectifs, tendances impulsives manifestes.

Des malformations physiques et notamment un degré marqué d'asymétrie cranio faciaie ct la surélévation de la voûte palatine affirmaient objectivement ce manque d'intelligence, de langage articulé et ces perversions instinctives.

Histoire de la maladie. — Quand Arthur B... atteignit l'âge de 16 ans. sa famille, pour qui il constituait une véritable charge, vint consulter à Paris un chirurgien très connu, et lui raconta l'histoire du malade, en insistant sur les traumatismes de l'enfance. Sur la promesse faite par ce praticien de « donner la parole à l'enfant », on se décida à laisser tenter l'opération du trépan.

L'intervention chirurgicale se fit dans de bonnes conditions : une double couronne de trépan fut appliquée sur la région pariétale gauche, et l'opération en elle-même, qui ne

révéla la présence d'aucune cause évidente de compression cérébrale ct ne fut | as accompagnée d'incision de la duremère, fut suivie de guérison à bref délai. |

A la suite de cette intervention, on ne constata aucune modification de l’état mental, ni de la fonction du langage, comme l'opération l'avait fait espérer et trois mois plus tard, le sujet présentait pour la première fois des accès d’épilepsie généralisée (que la famille ne manqua pas d’imputer à la trépanation).

C’est dans ces conditions qu'Arthur B..., ayant eu depuis lors neuf grandes attaques convulsives et quatre vertiges, est venu se faire traiter à l'asile Sainte-Anne, en 1896, et à été soumis à l’époque, à la médication bromurée. Deux ans plus tard, nous avons eu l’occasion de revoir encore une fois cet intéressant malade, qui avait été sujet depuis notre dernier examen, à des crises à peu près bimensuelles de grand mal comitial et avait présenté assez souvent des vertiges, au dire de son entourage.

Résumé. — Malade à hérédité nerveuse (ancêtres alcooliques ou vésaniques), traumat. crânien, trépañé pour troubles du langage et atteint 3 mois après l'opération, d’épilepsie généralisée.

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