‹ De l'épilepsie JacksonienneChapitre 3 sur 19 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

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Si Hughlings-Jackson, le savant médecin anglais, a eu l'honneur de donner son nom au syndrome clinique des Convulsions Epilepttformes' limitées à un seul côté du corps, ces convulsions n'avaient point échappé à l'investigation des anciens.

Sans déployer ici un luxe d'érudition inutile, nous dirons que le père de la Médecine, Hippocrate, avait remarqué que les convulsions épileptiques envahissaient tout le corps, ou Vune de ses moitiés seulement^ et que l'Epilepsie dont les accès débutaient par la main ou le pied guérissait le plus souvent. {Thèse de Bravais. Paris 1827).

Galien rapporte le cas d'un enfant de i3 ans chez qui l'accès débutait par la cuisse : L'enfant fut guéri par l'application d'un emplâtre composé de thapsia et de moutarde, et par la ligature du membre au-dessus du point de départ de l'attaque.

Alexandre de Tralles fit cesser une Epilepsie qui commençait par le dos du pied, en appliquant à cet endroit un vésicatoire fait avec le lépidium. Wepfer a vu guérir un paysan épileptique dont Taccès partait du pied, au moyen d'un vésicatoire apposé sur le dos de la région d'où s'irradiaient les convulsions.

Boerhaave regardait l'Hémiplégie comme un symptôme fort grave : « Desinit epilepsia m apopiexiam, paralysm, hémiplexiam... omine fatali ». Holiier a noté le cas d'un Jeune homme de 1 5 ans, dont les accès débutaient par les trois premiers doigts de la main droite : « Ita cadehat obtorto oblique brachio et corpore ». Eraste guérit une fille de convulsions bornées à la jambe et au bras droits, sans chute, et avec perte de mémoite des accès. Jensius a observé un cas d'Epilepsie où les mouvements convulsifs étaient légers et limités au côté droit seul. Moulin cite le cas d'une dame de 54 ans, devenue hémiplégique gauche par suite d'hémorrhasie cérébrale, qui eut pendant i5 ans des accès crEpilepsie avec convulsions limitées aux muscles clu côté paralj^sé. Portai a vu un épileptique atteint de convulsions cloniques d'un côté et toniques de l'autre. Gabelchoverus a observé et publié le premier cas connu d'Epilepsie Hémiplégique bien avérée ; dans ce cas les convulsions députaient par les muscles d'une moitié de la face et s'étendaient ensuite aux muscles du même côté du corps.

En 1778, l'abbé Le Noble, persuadé qu'avec l'application de ses aimants il pourrait gucrir l'Epilepsie, pria la Société Royale de Médecine de désigner deux de ses membres pour faire des épreuves multipliées ; ces deux membres, Andry et Thouret, consignèrent leurs observations dans un rapport lu le 29 Août 1780. Ce rapport contient trois cas très bien décrits d'Epilepsie Hémiplégique : 1° Celui d'un enfant de 7 ans 1/2 « qui, à la suite d'une fièvre (c continue, éprouva successivement, en 12 a i5 heu- « res, deux saisissements violents à la suite desquels « il tomba dans des convulsions qui durèrent toute la « nuit. Elles cessèrent vers le matin, mais l'enfant « demeura sans parole^ privé de l'usage de ses sens « et paralysé de la moitié du corps du côté droit » ; 2^ Celui d'un homme de 36 ans, compagnon menuisier, « dont le premier accès d'Epilepsie se mani- « festa par une sensation extraordinaire, qui s'étendit » le long du bras iusqu'à l'aiselle du côté gauche, et

c( fut accompagné de sufifocation. Cet accident qui « se répétait à chaque minute, dura pendant deux « jours, sans perte de connaissance. Trois mois « après deuxième accès ; dans celui-ci la sensation « commença ^u bout des doigts de la main gauche ; « elle monta à la tête du même côté, et le malade « tomba aussitôt privé de sensation. Depuis ce mo- « ment il lui était resté un engourdissement de la « main gauche ; » 3^ Celui d'un tondeur de drap de 56 ans, « qui avait toujours eu une bonne santé, et « qui éprouva une nuit dans la cuisse droite des « mouvements convulsifs violents, qui se concentrè- « rent ensuite dans le bras, et s'étendirent au cou, « à la joue et à Tœil du côté affecté ; les accès étaient « parfois suivis de perte de connaissance, et le bras « fut d'abord très affaibli et fatigué par les se- « cousses convulsives qu'il y avait éprouvées; puis « plus tard le malade sentit sa jambe sa cuisse, son « bras droits privés de mouvements et de sentiment, « comme si ces parties étaient paralysées ; une « quinzaine de jours après le mouvement se rétablit, « d'abord dans le pouce de la main , ensuite dans « les autres doigs et successivement dans toutes les « parties qui en avaient été privées ».

La paralysie consécutive et temporaire survenant après ces accès frappa beaucoup Andry et Thouret, qui notent dans leur Rapport que ce « point mérite une grande attention ».

En 1779, Saillant a publié deux cas analogues : Dans l'un « la bouehe, l'œil, ou le cou, ou la main, entrent en convulsions ; ces parties deviennent plus faibles » ; dans l'autre cas, « l'accès était précédé d'une violente palpitation du cœur, et dans ce moment le malade prévenait l'accès en se faisant tirer à grande force le bras droit ».

Quelques années plus tard, Odier, Lallement, Abercrombie, Serres, Pontier, citent aussi des cas de convulsions limitées à la moitié du corps.

Enfin la thèse de Bravais est le premier travail d'ensemble écrit sur cette question. Comme dans le Rapport d'Andry et Thouret, les symptômes de l'affection sont décrits par Bravais avec le plus grand

soin et la plus scrupuleuse exactitude, ce qui a fait dire à M. Charcot que ce travail est « un modèle d'observation».

L'Anatomie pathologique qui, au commencement de ce siècle, était totalement négligée, n'éclaire encore à cette époque d'aucune lumière l'Etiologie des symptômes ooservés, aussi, malgré quelques observations d'Epilepsie localisée à un côté du corps, la tentative de Bravais reste sans imitateurs, et l'affection qu'il a si bien décrite tombe-t-elle dans l'oubli. Il nous faut arriver en i855 et iSSg pour retrouver des cas bien étudiés.

Ce ne fut qu'en i863 et les années suivantes que M. Hughlings-Jackson, médecin de l'Hôpital national pour les Epileptiques et les Paralysés de Londres, publia une série d'observations très minutieusement recueillies et arriva « à des conclusions que la Physiologie et la Clinique faisaient entrevoir et que l'Anatomie pathologique devait confirmer ».

Bien avant la découverte des centres moteurs, H. Jackson annonça que les Circonvolutions cérébrales ne pouvaient qu'être le point de départ et l'aboutissant de tous les nerfs ; et c'est dans les Circonvolutions qu'il proposait de localiser lés Centres moteurs pour tes groupes musculaires des membres, et c'est dans la substance corticale du cerveau qu'il plaça le siège des lésions directes ou indirectes produisant les convulsions unilatérales.

En 1867, Broca communique à la Société de Chirurgie une observation intéressante ; Liouville et Villard en 1869 et en 1870 en présentent d'autres à la Société de Chirurgie.

Dès 1870 Fritsch et Ed. Hitzig démontrent expérimentalement que le cerveau n'est pas,, comme on le croyait généralement, inexcitable à toute sorte d'excitations, et prouvent que l'excitation des parties antérieures du cerveau par un courant constant produit certains mouvements du côté opposé du corps, et parviennent à localiser dans des points limités les centres de ces mouvements; toutefois ils ne pour-

suivent pas très loin leurs recherches dans cette direction.

Quelques années plus tard, en 1873, David Ferrier, professeur de médecine légale au King's Collège de Londres et médecin assistant au West London Hôpital, reprend les expériences de Fritsch et Hitzig, « démontre par l'expérimentation la justesse des théories de H. Jackson, sur la Pathologie de TEpilepsie, de la Chorée et de l'Hémiplégie », et, pour cela, reproduit artificiellement sur des mammifères supérieurs les altérations Pathologiques et les lésions de décharge que Jackson a décrites et caractérisées dans ses œuvres.

Ces expériences sont reprises et contrôlées par Hitzig la même année; les années suivantes par Nothnagel, Carville et Duret, Eckardt, Putnam,Otto Soltmann, Albertoni et Michieli, Luigi-Luciani, Vulpian, François Franck et Pitres, Bubnoflf et Heindenhain, Munk, etc, etc, et ces expérimentateurs arrivent, comme Ferrier, soit au moyen de l'excitation mécanique ou clinique, soit au moyen de lésions expérimentales et limitées sur certams points de la substance corticale, à produire chez certains animaux, cochons d'Inde, lapins, chats, chiens, singes, de véritables accès d'Epilepsie partielle.

Nous avons vu plus haut (page 16) que quelcjues tentatives ont été faites par R. Bartholow et Sciammana, pour déterminer expérimentalement chez l'homme la topographie de la région excitable du cerveau.

Ces expériences, confirmant les théories de H. Jackson, attirèrent vivement l'attention du monde médical sur les Convulsions partielles, et les mirent à l'ordre du jour, ainsi que les Localisations Cérébrales. L'école de la Salpêtrière s'en empare, et se plaçant à un point de vue tout autre, « s'attache à maintenir autant que possible la question des Localisations chez rhomme sur le domaine de la Clinique, et prend pour principal fondement la comparaison des symptômes observés pendant la vie des malades, avec les lésions révélées par l'autopsie ». Charcot fait

en 1875, des leçons sur les Localisations cérébrales. Lépine publie en 1874 un mémoire sur Texistence des centres moteurs dans la substance grise des Circonvolutions et Tannée suivante sa thèse d'agrégation.

En 1876, leçon de Charcot sur TEpilepsfe partielle d'origine syphilitique ; la même année paraît la thèse de Landouzy suivie d'autres travaux du même auteur sur la même question. — Bourneville présente à la Société anatomique le cerveau de Merl... avec une longue étude clinique à l'appui; quelque temps après il communique à la Société de Biologie l'observation de Laul...; le professeur Fournier décrit TEpilepsie syphilitique tertiaire.

En 1877 Charcot publie avec Pitres une très importante étude sur les Localisations dans Técorce du cerveau, étude reprise et continuée en 1878 et en i883; et c'est l'illustre médecin de la Salpêtrière qui propose, dans un de ses cours de la Faculté, de désigner les attaques de Convulsions partielles sous le nom d'Epilepsie Jacksonienne « autant pour rappeler la part considérable qui revient à H. Jackson dans cette étude de Physiologie pathologique, que pour éviter toute confusion dans l'esprit et le langage des cliniciens ».

En 1878 paraît, dans l'Iconographie photographique de la Salpêtrière le premier exposé complet sur les Epilepsies partielles.

t)epuis ee moment les observations d'Epilepsie partielle deviennent nombreuses : en Angleterre, Bright,Todd, Wilks, H. Jackson, Gowers, Dreschfeld, Byrom-Bramwell, Ringrosse-Atkins ; Bewam- Lewis, etc. ; en Allemagne et en Autriche, N. Weiss, E. Petrina, Westphal, Exner, Wernicke, MûUer, etc.; en Italie; Maragliano et Sepelli, Assagioli et Bonvecchiato,Romiti,Gatti, etc, etc., ont grandement contribué à augmenter nos connaissances sur ce sujet.

Nous mentionnerons enfin pour terminer une leçon du professeur Hardy, les thèses de doctorat de L. Greffier, L. Girard, Th. Wuillamié, le travail de A. Dutil, ceux de Buzzard et L. Hirt, la note de

M. Maurice de Fleury, la thèse de' Delon-Sorbé, le travail du professeur Adamkiewicz, la thèse de M. Elie Crozes, sans parler des nombreuses observations d'Epilepsie Jacksonienne publiées ces dernières années, tant en France qu'à l'Etranger et sur lesquelles nous aurons occasion de revenir.

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