EXAMEN MICROSCOPIQUE
L’examen microscopique de la rate est, sans contredit, la partie la plus importante de cette étude, car seul il est capable de faire connaître la nature de la maladie.
Sur les coupes de l’organe, convenablement durci par les procédés ordinaires, on voit, à un faible grossissement, que tous ou presque tous les éléments nucléaires ou nucléiformes de la rate sont remplacés par des cellules épithéliales très nettes munies d'un noyau et que ces cellules épithéliales forment des groupes distincts renfermés dans des loges ou alvéoles, dont les parois sont elles-mêmes constituées par des travées ou des trabécules de tissu conjonctif (Y. fig. 2.)
Ces travées sont faciles à mettre en évidence sur les coupes traitées par le pinceau; on voit alors qu’elles sont, pour la plupart, assez délicates, formées de fibres conjonctives fines, mêlées d’une certaine quantité de noyaux embryonnaires. Quelques-unes, de distance en distance, sont cependant plus
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épaisses, véritablement fibreuses ; elles émanent directement de l’enveloppe externe de la rate, épaissie elle-même; ce sont les seules qui contiennent encore des vaisseaux. Ce cloisonnement de l’organe, en dehors des particularités précédentes, ne présente, d’ailleurs, rien de remarquable, et ressemble beaucoup à celui de la rate à l’état normal : c’est le même
Fig. 1. — Coupe de la rate hypertrophiée, traitée par le pinceau. — On voit en a, dans une des loges, un. épanchement sanguin. — La coupe est limitée à droite par l’enveloppe fibreuse externe, épaissie. — Dans les grosses travées fibreuses, on voit des vaisseaux sclérosés. (Grossissement 6jr diamètre environ.)
tissu aréolaire, dont les cloisons et les loges sont seulement plus nombreuses et dont les travées conjonctives sont légèrement hyperplasiées (Y. fig. 1.)
Les loges ou espaces, quel que soit le nom qu’on leur donne, limités par les faisceaux et les trabécules de tissu lamineux sont généralement ovalaires et présentent des dimensions
variables. La plupart ont 0mm,198 sur 0mm,126 ou 0mm,144. Les plus grands atteignent 0mm,288 sur 0mm,216. Quelques-uns ont 0ram,l26 ou Omm,lM sur O™*, 108. Les plus petits mesurent
seulement 0mm,108 sur 0mm,090.
Les éléments contenus dans ces espaces interfasciculaires
Fig. 2. — Coupe d’ensemble. — Ou voit les travées conjonctives hyperplasiées et les loges qu’elles limitent remplies de cellules épithéliales. — En a , un épanchement sanguin. (Grossissement np diamètre environ.)
sont de volumineuses cellules épithéliales , irrégulièrement sphèroïdales , cubiques ou polyédriques. Ces cellules possèdent un noyau situé tantôt au centre, tantôt sur les parties périphériques. Les noyaux se colorent en violet fonce par 1 hématoxyline et en rouge par le carmin, comme les éléments em-
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bryonnaires de la trame conjonctive, comme les noyaux de toutes les cellules épithéliales et comme les éléments propres de la rate normale.
J’ai dit que ces cellules étaient très volumineuses, et, en effet, leurs dimensions sont les suivantes :
La plupart ont 0mm, 028 ou 0mm,024. Quelques-unes atteignent 0mm ,032 et même 0mm,036. Les plus petites ont seulement 0rnm,020 et 0mm,016. D’autres sont un peu allongées et mesurent 0mm,024 sur 0mm,028, ou 0mm,016 sur 0mm,020 etc. (Y. fig. 2 et 3.)
Les noyaux mesurent Üram,004, 0mm,0045 et parfois 0mm,008 pour les cellules les plus volumineuses. Or ce diamètre de 0mm,008 est aussi celui des éléments normaux de la rate : fait important à connaître au point de vue de la pathogénie de l’épithéliome primitif de la rate, ainsi qu’on le verra par la suite.
Ces cellules de nouvelle formation sont constituées par un protoplasma homogène, assez opaque et uniformément grenu ; je me suis assuré qu’elles n’étaient le siège d’aucune dégénérescence, et, en particulier, qu’elles n’avaient pas subi la dégénérescence amyloïde : le violet de méthylaniline les colore ‘ comme des cellules normales, la teinture d’iode et l’acide sulfurique ne font pas naître la réaction caractéristique de l’amyloïde.
Dans un certain nombre de loges ou alvéoles, on observe, de plus, des épanchements sanguins entre les cellules épithéliales; de sorte que celles-ci, au lieu d’être contiguës, comme c est le cas ordinaire, sont alors écartées et séparées les unes des autres. Ces épanchements sanguins interstitiels, dont les globules subsistent dans un état de conservation parfaite, sont parlois assez considérables pour remplir presque complètement quelques-unes des loges (Y. a. fig. 1 et 2.)
Si l’on cherche ce que sont devenus les corpuscules de Malpighi au milieu de cette altération générale du parenchyme splénique, c’est en vain qu’on multiplie les coupes dans tous
les sens : on n’en trouve plus aucune trace; ils ont tous disparu, détruits parla néoplasie.
Les vaisseaux eux-mêmes, qui, à l’état normal, sont tellement nombreux et tellement volumineux, qu’on a pu, ajuste titre, considérer la rate comme un véritable réservoir sanguin, ont subi une réduction considérable dans le tissu liénal dégénéré.
On n’en trouve plus que dans les grosses travées de la charpente conjonctive, et encore, là, sont-ils sclérosés et d’un calibre très étroit (Y. fig. 1.)
Fjg. 3. — Une loge et les cellules qu’elle contient, à un fort grossissement
(-2^2 diamètre environ).
Telles sont les lésions propres et caractéristiques de l’épithélioma primitif de la rate; elles diffèrent complètement de celles qu’on observe dans les autres hypertrophies spléniques, quelle qu’en soit la cause. Si l’on examine comparativement les rates hypertrophiées de la cirrhose du foie, des affections cardiaques, de la leucocythémie ou de l’impaludisme, on voit bien que les cloisons lamineuses sont hvperplasiées, mais aussi que les éléments propres de la rate, malgré leur multiplication, ont conservé leur aspect, leur forme et leurs carac-
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tères normaux : V affection splénique , dont je viens de décrire les symptômes et les lésions , est donc bien réellement une entité morbide nouvelle.