TRAITEMENT
Quel traitement adopter en présence d’un cancer du plancher buccal et des glandes sublinguales? En général, il faut opérer (à moins que les lésions ne soient trop avancées). « Car, dit Lebert, si dans l’état actuel de la science nous ne sommes pas en droit d’espérer de voir disparaître la cachexie cancéreuse, nous sommes cependant autorisés à nourrir l'espérance que le cancroïde opéré largement et de bonne heure, poursuivi dans toutes les récidives et dans tous les tissus, les muscles, les os, les ganglions, deviendra de plus en plus guérissable. »
Avant d'étudier les procédés chirurgicaux, il nous semble utile de dire quelques mots sur le traitement palliatif et le traitement médical.
Le traitement palliatif ne s'emploie que dans les vastes dégénérescences, alors que le chirurgien n’est devenu qu'un spectateur passif et que toute tentative opératoire est devenue inutile. Ce traitement consiste à combattre les douleurs, l’insomnie, et à maintenir autant que possible le malade dans un état satisfaisant de propreté locale et de nutrition.
Le traitement médical est évidemment inefficace ; 1l est de plus dangereux si on l'applique exclusivement au début du mal. Tel est l'avis de Verneuil : « C’est une grosse erreur de croire que si le traitement médical est inefficace, il est au moins innocent; le mal a été souvent aggravé, en ce sens, qu’en ajournant l’ablation, les essais de traitement ont fait perdre un temps précieux. Maintes fois j'ai vu des malades encore très opérables, auxquels j'avais conseillé l'opération sans délai, aller trouver un médecin qui prescrivait un traitement interne. En quelques semaines les progrès de l'épithélioma avaient été si rapides que l'opération n'était plus praticable.
« Je prétends que l’iodure de potassium détermine souvent une stomatite qui est très pénible et qui ne guérit plus; que le mercure augmente notablement le danger de l’épithélioma, et que le chlorate de potasse qui guérit parfois quelques ulcérations, ne mérite aucune confiance ‘. »
Le traitement chirurgical n'étant pas toujours capable d'empêcher la récidive, beaucoup de chirurgiens préfèrent s'abstenir de toute opération qui entraînerait un délabrement trop grave pour le malade. Cependant, si on agit seulement dans le but de faire vivre le malade quelques mois de plus ou tout au moins de le soulager, il ne faut pas hésiter un instant et l’on doit conclure comme Verneuil dont nous relatons les propre paroles : «€ Quand un malade souffre et ne peut plus avaler, on fait un acte chirurgical louable et digne d’encourage-
1, Bulletin de la Société de chirurgie de 1880.
ment en l'opérant de manière à enlever complètement tout le mal. »
Une autre raison que l’on peut donner en faveur de l'opération se trouve dans les succès à distance, ainsi qu'en témoignent les quelques observations résumées que nous allons citer.
Berger, en 1882, présente à la Société de chirurgie un malade chez lequel il avait pratiqué quatre mois auparavant l’extirpation d’un épithélioma des glandes sublinguales et du plancher de la bouche, après section verticale du maxillaire inférieur et chez lequel il n’y avait aucune menace de récidive.
Verneuil, en 1883, a enlevé à un malade un épithé- Homa du plancher de la bouche; depuis neuf mois l'opéré jouit d’une parfaite santé et ne présente rien qui puisse indiquer une récidive prochaine.
Dans les diverses observations que nous citons plus loin, si l’on a eu à constater quelques cas de mort post-opératoires, et quelques récidives, nous devons reconnaître aussi que souvent l’opération a été utile au malade et que presque toujours il se retrait de l'Hôpital heureux du résultat obtenu : l'éloignement de la récidive ; le soulagement, même momentané.
Il faut donc opérer et, pour éviter une récidive trop rapide, il faut d'emblée opérer aussi largement que possible. Si on laisse subsister des parties malades ou suspectes, la récidive est prompte et on n’a fait qu'activer la marche du mal. On doit donc poser en principe que toute opération vise à l’ablation complète, non seulement du mal mais encore des parties environ-
nantes, apparemment saines.