HISTORIQUE
En parcourant la littérature scientifique, nous avons trouvé peu de documents sur les tumeurs de la glande sublinguale. Beaucoup d'auteurs se contentent de les citer, et notent que ces affections sont d'une extrême rareté; d’autres n'en font pas même mention.
Dans son traité de chirurgie, Albucasis prévient l’opérateur de ne pas toucher à « la grenouillette noire ou rousse et dure en même temps, car elle est cancéreuse ».
Un chirurgien arabe, qui vivait à peu près à la même époque que le précédent, parle aussi de certaines tumeurs sublinguales qui ont causé la mort par leurs récidives multiples. |
Longtemps après, vers le xvi® siècle, Savanorala,
Forestin prétendaient que la seule guérison des gre-
AE nouillettes dures et charnues, et par là même cancéreuses, consiste dans l'opération pratiquée sous le menton.
Parmi les ulcérations de la région sublinguale, que certains praticiens du xvrr siècle recommandent de ne pas toucher, peut-être y a-t-1l quelques tumeurs propres particulièrement aux glandes sublinguales; mais la désignation plus ou moins vague de « grenouillettes malignes », que l’on donne à ces tumeurs, n'offre pas un caractère clinique assez bien établi pour pouvoir en tirer des conclusions exactes et utiles.
Ce n'est guère qu’en 1759 que l’on trouve la première observation clinique, relatant des faits un peu plus précis. Le Journal de médecine de cette date rapporte, en effet, un exemple de tumeur des glandes sous-linguales, caractérisée par leur induration chronique et leur passage à l’état squirrheux. Une assez longue description de la tumeur peut nous permettre de conclure qu'il s'agissait là d’un cancer d’une des glandes sublinguales, sans pouvoir préciser toutefois s'il était primitif ou secondaire.
Dans son Traité des maladies de la bouche, Jourdan cite plusieurs observations de cancer du plancher buccal et s'étend même assez longuement sur un cas de tumeur maligne d’une sublinguale : « C’est, dit Jourdan, un homme porteur d'une tumeur ne renfermant aucune cavité ; 1l n'y avait que cette masse charnue
.qui formait sa substance; en un mot, c'était une tumeur plutôt cancéreuse que de tout autre genre. »
Bertherand, dans sa thèse (1845), cite une observa-
üon de Garriot, d’après laquelle la lésion aurait eu
pour point de départ l'inflammation chronique et préalable de cette glande.
Ravaton !, tout en prétendant n’avoir jamais dbéétve le cancer épithélial de la glande sublinguale, n’en nie cependant pas l'existence et s'exprime ‘en ces termes : « Les glandes qui servent à la filtration de la salive sont sujettes aux mêmes maladies que celles qui affectent les autres parties glanduleuses du corps et sont en conséquence susceptibles d’engorgement, d’inflammation, d’abeès et même, plus souvent qu’on ne le croit, de squirrhe. — Quelques auteurs ont rapporté des exemples de dégénérescence encéphaloïde de la glande sous-maxillaire; les mêmes affections et les tumeurs auxquelles elles donnent naissance doivent sans doute intéresser la ‘glande sublinguale. » C’est donc seulement par déduction que Ravaton admet la possibilité de la dégénérescence squirrheuse ou encéphaloïde des glandes sublinguales.
A côté de cette concession, laissant supposer comme possible l’épithélioma des sublinguales, nous trouvons plusieurs auteurs, Louis, Boyer, Dupuytren, Velpeau, Vidal de Cassis, pour ne citer que les principaux, qui n’en parlent que pour le nier et qui prétendent que le cancer ne s’y développe pas primitivement : « Si cette glande, disent-ils, est envahie par une dégénérescence cancéreuse, c’est toujours secondairement et consécutivement à une altération semblable des ganglions lymphatiques sous-maxillaires qui sont le siège primitif et unique de la maladie. »