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EMPLOI DU NITRATE D’ARGENT DANS L’ÉTUDE DE L ÉPITHÉLIUM

Un premier fait, évident pour tout le monde, c’est que l’épithélium pulmonaire, s’il existe, doit être excessivement délicat et fugace, ou bien présenter dans sa disposition quelque chose d’anormal; sans cela on ne compendrait pas pourquoi tant d’observateurs ont échoué dans son étude, et ont été même conduits à le nier complètement. 11 est donc clair que, si on veut chercher à le constater, il ne faut pas soumettre le tissu pulmonaire à des préparations longues et compliquées, comme l’ont fait la plupart des observateurs. Ce qui nous étonne, c’est qu’après six ou sept manipulations successives, ils aient encore pu

constater des traces de l’épithélium qu’ils cherchaient avec tant d’ardeur.

D’un autre côté, ce qu’on reproche le plus aux partisans de l’épithélium, c’est d’avoir vu le plus souvent les noyaux et non les contours des cellules épithéliales, ou bien d’avoir pris pour ces contours des saillies de capillaires. On évite, il est vrai, cette dernière confusion par l’injection des vaisseaux; mais, outre que ces injections ne réussissent pas aussi facilement, ni surtout aussi complètement que certains auteurs veulent bien le dire, on est en droit de supposer que la température élevée de la matière à injection et sa transsudalion dans les alvéoles suffisent pour altérer les éléments si délicats de la membrane épithéliale. Dans tous les cas, si l’on voulait avoir recours aux injections, il faudrait les faire avec une matière transparente, par exemple de la gélatine colorée avec du carmin, les injections opaques ne permettant pas l’emploi d’un fort grossissement.

Il est un procédé qui n’offre aucun des inconvénients que nous venons de signaler, c’est l'imprégnation au nitrate d'argent. Facile à manier, précis dans son action, le nitrate d’argent est le véritable réactif des cellules épithéliales. Ce moyen d’investigation, dont l’emploi raisonné, constituant une véritable découverte, revient à de Recklinghausen (1862), nous paraît appelé à rendre de véritables services à la science. Le microscope, comme instrument d’optique destiné à grossir les objets, a à peu près donné ce qu’il pouvait. Les énormes grossissements de 1200 diamètres et au delà n’offrent aucun avantage réel. Il faut dès à présent entrer dans la voie de l'analyse microchimique , et étudier les changements qu’éprouvent les éléments histologiques sous l’influence des différents agents chimiques.

Les alcalis, les acides minéraux et végétaux, et en particulier l’acide chromique et l’acide acétique, la teinture d’iode, le carmin sont employés tous les jours, tandis que le nitrate d’argent, tout aussi précieux, est encore trop négligé. Nous avons vu plus haut que deux ou trois observateurs (Arnold, Munck) ont employé ce réactif; mais, soit

manque de patience, soit pour toute autre cause, ils n’ont pu en tirer de bons résultats. Chrzonszczewsky s’en est également servi , mais il l’a seulement mis en contact avec la plèvre, et a encouru le reproche d’avoir confondu les cellules pleurales avec les cellules alvéolaires. Elenz est celui qui a manié le nitrate d’argent avec le plus de méthode, et il n’a eu qu’à se louer de son emploi.

Examinons rapidement de quelle manière le nitrate d’argent agit sur les corps organisés.

Au contact des matières organiques et sous l’influence de la lumière, le nitrate d’argent se décompose rapidement; il se produit en même temps du chlorure d’argent, qui est lui-même très-instable, et comme résultat final nous voyons apparaître une tache noirâtre, qui n’est que de l’argent métallique dans un état de division extrême. Celte puissance de coloration du nitrate d’argent est énorme. Tout le monde connaît le teint des individus qui ont pris pendant quelque temps des préparations argentiques. En plaçant une membrane épithéliale (plèvre, péritoine etc.) pendant quelques instants dans une solution de nitrate d’argent au d/100, et l’exposant ensuite à la lumière, on la voit brunir au bout de quelque temps. Quand la solution est plus concentrée, l’action est plus rapide; mais il se produit alors des grumeaux opaques, et la teinte générale devient trop foncée pour permettre l’exploration microscopique. La solution qui nous a donné les meilleurs résultats est celle au 1/500.

En plongeant une surface épithéliale, par exemple la plèvre, pendant quelques minutes dans cette solution , et en l’examinant immédiatement après au microscope, on voit s’opérer peu à peu des changements remarquables. Les cellules, dont les contours, à l’état frais, sont effacés et comme noyés dans leur transparence, prennent peu à peu une forme plus accentuée et une belle couleur brune, qui tranche sur le fond blanchâtre des parties où le tissu conjonctif est à nu. Cette faculté élective qu’a le nitrate d’argent pour le tissu épithélial se prononce surtout aux endroits où les cellules sont en contact. Quand la solu-

tion est très-étendue, son action porte même exclusivement sur ces lignes de contact, comme si les cellules étaient réunies par un mastic de nature particulière, et l’on obtient des contours tellement nets qu’on les dirait tracés à l’encre.

Ce procédé n’a qu’un seul inconvénient: à mesure que les contours de la cellule deviennent plus distincts, le noyau le devient moins. On peut quelquefois y remédier en traitant la préparation argentée par d’autres réactifs, dont l’action porte principalement sur le noyau, tels que l’acide acétique ou le carmin. Comme les cellules sont momifiées par la couche imperceptible d’argent qui les recouvre, elles supportent parfaitemont l’action de ces substances qui les auraient altérées à l’état frais.

L’imprégnation au nitrate d’argent a encore un autre avantage: elle rend les cellules plus cohérentes entre elles et en même temps plus adhérentes à leur substratum.

Pour rendre les préparations plus transparentes et plus nettes, nous les plaçons dans de la glycérine ou de l’eau sucrée. On peut ensuite les conserver indéfiniment.

Nous avons entrepris quelques recherches comparatives pour savoir si d’autres agents colorants pourraient remplacer le nitrate d’argent. Les sels d’or nous ont donné par exemple une belle coloration violette; mais le nitrate d’argent est de beaucoup préférable à cause de la rapidité et de la délicatesse de sa réaction.

Au premier abord, l’action du nitrate d’argent semble un peu capricieuse. Ainsi, lorsqu’on examine la plèvre traitée par ce réactif, on voit à côté d’une cellule transparente une autre foncée en couleur; quelquefois le noyau est noir et le contenu de la cellule reste incolore, d’autres fois c’est le contraire.

Ces irrégularités ne nous semblent pas être un simple effet du hasard; elles dépendent évidemment de la constitution intime de la cellule, et peut-être pourrait-on supposer qu’elles sont dans un rapport intime avec l’âge et le degré de vitalité de chaque cellule.

Une remarque importante pour terminer. Le nitrate d’argent, étendu en solution iaible, à la surface d’une membrane épithéliale, ne dessine pas la forme véritable et entière de chaque cellule, mais seulement les contours de la petite facette superficielle qui fait partie de la surface libre de la membrane. On comprend dès lors pourquoi un épithélium cylindrique, traité parle nitrate d’argent, se présente toujours sous l’aspect d’un épithélium pavimenteux très-serré, même quand on le voit de profil. Les cils vibratiles disparaissent par l’action du nitrate d’argent.

C’est à l’aide du nitrate d’argent qu’ont été faites quelques découvertes récentes, véritables sentinelles avancées de la science, ayant encore besoin de renforts pour s’établir solidement; nous voulons parler des cellules épithéliales tapissant l’intérieur des capillaires lymphatiques et sanguins et de l’origine des lymphatiques dans les cellules plasmatiques du tissu conjonctif. Mais voici le revers de la médaille: certains auteurs1 affirment que les lignes tracées par le nitrate d’argent sont de simples fentes dues au hasard, et que les dessins qu’elles forment par leur agencement sont sans aucun rapport avec la constitution réelle des tissus.

Quant à nous, il nous semble que le nitrate d’argent dessine réellement les cellules épithéliales, puisque sur la même 'préparation on en voit les contours, d’abord vagues à l’état frais, devenir de plus en plus apparents par l’action du réactif.

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