EMPLOI DES EAUX DANS LA HAUTE ET LA MOYENNE-EGYPTE
Élévation progressive des terres. — Divers modes d'utilisation des eaux. — Les bassins d'inondation, leur fonctionnement. — Les canaux d'inondation, leur relation avec le nilomètre d'Assouan. — Leur débit pour différentes crues. — Les digues. — Subdivisions des bassins. — Remplissage. — Vidange ou Sarf.
— Les sahels ou terres hautes; leur irrigation. — Les canaux dits Sayallehs.
— Provinces d'Esneh, de Kenneh, de Guirgueh. — Tableaux des canaux Nili. — Provinces d'Assiout, de Minieh, de Beni-Souef. — Cultures séli. — Le Bahr- Youssef. — L'Ibrahimieh : son parcours, ses ouvrages d'art, ses dérivations. — Résultats de la transformation des bassins d'inondation. — Améliorations. — Province de Guizeh. — Le Fayoum: son origine, ses fonctions dans le régime de l'ancien Nil. — Le Bahr-Youssef et ses dérivations. — Constitution physique.
— Le Birket-el-Keroun. — Le Bahr-Wardan. — Division des cultures. — Tableau des canaux.
Les crues périodiques du Nil ont déposé, sur toute l'étendue du territoire cultivable de l'Egypte, des couches de limon qui ont progressivement élevé le niveau des terres. Au-dessous de 16 pics un quart, correspondant à 8™,775, et à la cote de 92'»,935 au nilomètre d'Assouan, l'arrosage « Bir-raha », c'est-à-dire naturel, n'est possible
(i) Rappelons, une fois pour toutes, que le nom de Saïd embrasse la Haute et la Moyenne-Egypte.
que sur quelques rares points du Saïd (1) et dans les khors, dérivations occupées en crue par le Nil, puis abandonnées à Tétiage et qu'on isole du fleuve au moyen d'un batardeau. C'est seulement lorsqu'il atteint 17 pics et demi, qu'il peut atteindre tous les terrains, mais ces crues extraordinaires ne se sont produites que neuf fois depuis un siècle.
Il existe trois modes d'utilisation des eaux dans le Saïd: le premier, celui qui est appliqué à la plus grande étendue de terre, c'est l'arrosage par bassins d'inondation; il est pratiqué sur environ 1,400,000 feddans; le second est employé pour l'irrigation des terres hautes au moyen d'une canalisation spéciale, dite « sayalleh » ; le troisième, c'est l'irrigation par canaux dérivés du Nil, elle se pratique dans la région du canal Ibrahimieh et au Fayoum sur une superficie do 290,000 feddans.
Le système d'arrosage par bassins d'inondation est en vigueur depuis les temps les plus reculés. Entre Assouan et le Caire, les deux côtés de la vallée, l'occidental surtout, sont partagés par des salibeh, digues transversales qui partent du Nil et aboutissent au désert. L'espace compris entre deux digues se compose de terres hautes et de terres basses; les premières, qui avoisinent le fleuve, sont séparées des secondes par d'autres digues « tarads » perpendiculaires aux premières et parallèles au Nil, formant ainsi des « hods » ou bassins d'une étendue variant entre 48,000 et 500 feddans. Chaque bassin est naturellement plus élevé que celui qui le suit au Nord, à l'Est et à l'Ouest, suivant les pentes de la vallée. Leur ensemble conrstitue une série de terrasses dont les gradins s'étagent avec des difierences de niveau plus ou moins marquées. Divers bassins ont été subdivisés, par l'initiative privée, en hods secondaires dont on règle l'inondation à volonté, soit au moyen de canaux spéciaux, soit en faisant des emprunts aux grands hods contigus. Le plafond de ces canaux est en général établi à mi-hauteur entre le plan d'eau du bas Nil et le niveau des terres à inonder, c'est-à-dire qu'ils sont en eau pendant la deuxième période de la crue et à sec pendant l'été et l'hiver.
Les bassins d'inondation sont divisés en groupes ou systèmes comprenant un ou plusieurs bassins indépendants les uns des autres, soit . qu'ils soient séparés par les « Mah'gars » des chaînes bordières, soit qu'ils puissent être inondés par des canaux qui leur sont propres. En général, le dernier hod d'un système est à la fois plus large et
PLANCHE No 5
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plus long que ceux qui le précèdent, de manière à leur servir de régulateur pendant les grandes crues, au cas d'une rupture de digues. Il peut, en effet, recevoir sans danger 0'",80 d'eau au-dessus de sa cote normale d'inondation, ce qui, pour certains bassins, représente 100 millions de mètres cubes. Il existe treize systèmes de bassins sur la rive droite et treize sur la rive gauche.
EMPLISSAGE DES BASSINS
• C'est pendant les mois d'août et de septembre que l'eau du Nil est le plus chargée de principes fécondants; elle est plus riche dans le premier mois que dans le second. C'est la période de l'eau rouge bien connue du fellah. Elle commence à couler à pleins bords dans la première semaine d'août; mais elle ne peut malheureusement être, à cette époque, introduite dans les bassins dont les parties basses portent encore une récolte de doura qui sera enlevée une semaine plus tard. Le remplissage des bassins ne peut, en conséquence, être commencé que dans les derniers seize jours du même mois, alors qu'une partie des eaux fertilisantes s'est enfuie vers le Nord. L'eau rouge continue à couler jusque vers le 12 ou le 15 septembre; après cette date, la couleur du Nil devient moins foncée et la quantité de matières transportées commence à diminuer dans des proportions considérables.
Les quantités d'eau à introduire dans les hods doivent avoir une épaisseur minimum de 0"',75; elles varient suivant les dimensions des bassins. En effet, dans un bassin d'une longueur réduite, on obtiendra ce minimum de 0",75 dans les parties hautes avec une épaisseur d'eau de 1 mètre ou 1",20 dans les parties basses, alors que, étant donnée la pente de la vallée, il faudra admettre 1",75 à l'extrémité des bassins de grande longueur pour couvrir leurs parties hautes de 0",75 d'eau. On considère qu'il faut, pour inonder un feddan, une quantité d'eau quotidienne de 100 mètres cubes correspondant à une épaisseur d'eau totale de :
i",00 pour une période de 42 jours;
0™,75 — — 31 jours et demi ;
0™,60 — — 25 jours et demi ;
et qu'il faut ajouter à ces quantités de 30 à 35 mètres cubes pour compenser les pertes résultant de l'évaporation.
Les grands canaux d'alimentation des bassins ne comportent aucun ouvrage d'arl à leur prise. Ils sont seulement obturés au moyen d'un batardeau en terre que l'on coupe lorsque le Nil marque 14 pics et demi au nilomètre d'Assouan et que la n^olte de doura a éiè faite dans les parties basses des bassins ; les terres sont alors prêtes à être inondées. Ils sont toutefois réglés, dans leur passage à travers les digues des bassins, soit par des ouvrages en maçonnerie, c'est l'exception, soit par des enrochements à pierres perdues. Au nombre de ces grands canaux, il en est un, le Sohagieh, qui est certainement un ancien bras du Nil.
Il existe une relation intéressante entre la prise des canaux de la Moyenne et de ia Haute-Egypte et le nilomètre d'Assouan, sur un parcours de 800 kilomètres. On sait théoriquement que ces prises