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doivent être établies de telle sorte que, lorsque la crue s'élève à la cote de 9 pics à ce nilomètre, les eaux puissent atteindre le niveau du plafond de chaque prise et qu'à la cote de 14 pics, il doit y avoir dans les canaux, entre Assouan et Sohag, 2",S0 d'eau et S", 75 dans ceux d'aval. Étant donnée la pente uniforme de ia vallée, le plafond des canaux doit être à i^iSB (9 pics) en contre-bas du niveau des terres pour admettre ces épaisseurs d'eau. Ces règles n'ont pas été respectées, et lorsque les crues sont faibles, certains canaux, dont le plafond est trop haut, ne reçoivent de l'eau qu'en quantités insufli-
santés pour les terres qu'ils desservent. Sur les propositions de M. le colonel Ross, ces lacunes seront bientôt comblées et le système des canaux de la Haute-Egypte remanié. Le nouveau système comprendra des canaux dont le plafond correspondra au huitième ou au neuvième pic du nilomètre d'Assouan (4", 32 et 4", 86) et d'une largeur de 7 à 21 mètres. Ces canaux auront un mouillage de 2°»,50 à 3 mètres d'eau dans les mauvais Nils et de 4 mètres à 4™,50 pendant les bonnes crues, leur débit augmentant dans une progression légèrement décroissante par rapport à l'épaisseur d'eau et à la largeur du plafond. Un haut Nil de 16 pics un quart donne 1", 50 d'eau de plus qu'un mauvais Nil de 13 pics 14/24 (7",447) ; un bon Nil moyen de 15 pics et demi donne 1 mètre d'eau de plus que celui de 13 pics 19/24.
Les quantités d'eau qu'on se propose d'assurer aux terres représenteront, pour des crues de 15 pics et demi et 16 pics un quart, les 1.30 et 1.54 des quantités qui leur sont nécessaires.
En vue de réglementer le débit des nouveaux canaux, en cas de crue s'élevant à 1 mètre ou 1*",30 au-dessus de celle de 16 pics 1/4, M. le colonel Ross signale les moyens de contrôle suivants:
Régulateur en maçonnerie cx)nstruit à la prise et permettant de n'introduire dans les canaux que les quantités d'eau utiles;
Fermeture complète de la prise et alimentation au moyen d'un canal supérieur se reliant au canal inférieur par un branchement et un ouvrage de jonction ;
Admission libre des eaux de la crue et décharge du trop-plein des eaux soit à l'extrémité du système de bassins desservis par le canal, soit sur certains autres points favorablement situés.
C'est à ce dernier mode de contrôle que M. le colonel Ross donne la préférence. Il a l'avantage sur tous les autres d'entretenir un courant constant dans les canaux et de diminuer les envasements.
Les digues qui encaissent le Nil dans la Haute-Egypte n'ont pas pour fonction d'en empêcher les débordements. Elles servent, au contraire, à contenir les eaux qui lui sont empruntées en amont au moyen des grands canaux d'inondation et qui ne lui sont restituées que lorsqu'elles ont séjourné pendant le temps voulu pour féconder la terre des bassins. Elles sont, en un mol, la quatrième clôture des quadrilatères, dont les digues parallèles c tarads » et les digues transversales « salibehs » ferment les trois autres côtés.
Le profil de ces dernières a des talus de 3 mètres de base pour 4 mètres de hauteur avec 4 ou 5 mètres de laideur en couronne; il
affecte la forme indiquée par ie Irait noir du croquis ci-dessous; onse propose de le ramener au proli) type indiqué par le pointillé.
Planche iV" Si. — Digues des bassina.
Un certain nombre de hod» se remplissent, se règlent et se vident au moyen de régulateurs, ponts-barrages en nia{,»nnerio, ménagés dans leurs digues et comportant des arches de 2'",ii0 à 3 mètres d'ouverture. Ces régulateurs se ferment à l'aide de |)0utrelles disposée^ soit horizontalement et s'appuyant dans des coulisses ménagées dans les piles, soit verticalement. Dans ce cas les aiguilles appuient leur extrémité inférieure sur le radier et sont adoa^^s plus haut à une traverse horizontale.
Réparation d'urie- ccrapure dans ime digue
Planche .V» S5. — Mparali
diguo des bassins.
La vidange d'autres bassins s'opère en pratiquant une ouverture dans la digue. En peu de temps, les masses d'eau contenues dans le hod qu'on se propose de vider transforment cette ouverture en une immense brèche. Elles affouillent et mvinent les terres d'aval dans lesquelles elles creusent une mare profonde qu'on ne peut combler même lors du rechai^nient de la digue et de sa remise au profil.
Le premier mode de clôture, bien que laissant à désirer sous le rapport de Tétanchéité, est cependant préférable à la digue exclusivement construite en terre qu'il faut, à chaque crue, détruire partiellement et reconstruire ensuite. Cependant, sauf à Abou-Kadiga où les bassins se vident au Nil au moyen d'un déversoir en maçonnerie, c'est par une brèche pratiquée dans la bei^e du Nil que les eaux d'inondation s'écoulent lorsqu'on veut assécher les bassins p<jur les mettre en culture.
Les parties hautes des hods sont subdivisées en « hochehs » ou petits bassins, par des digues secondaires. On y admet d'abord l'eau d'inondation qu'on ne laisse écouler dans les parties plus basses que lorsqu'elles ont séjourné le temps voulu dans les premières. Les hochehs sont surtout aflectés aux cultures de maïs dites nabari et, dans ce cas, leurs digues les isolent des parties inondées. La culture nabari est également pratiquée sur d'autres points dont il sera fait mention plus loin.
On a longtemps cru que les bassins du Sud étaient les premiers remplis et que les eaux d'inondation étaient ensuite successivement introduites dans les bassins inférieurs. C'était une erreur. C'est par les bassins les plus au Nord de chaque système que commence le remplissage. Les ponts-barrages sont ouverts et l'eau introduite jusqu'à ce qu'elle atteigne un niveau inférieur d'un pic (0",54) à la cote des inondations favorables. A ce point, les prises sont fermées et l'on procède au remplissage du bassin adjacent, et ainsi de suite jusqu'à l'extrémité Sud du système, en conservant la môme proportion. La différence de niveau d'un bassin à l'autre est toujours supérieure à un mètre.
Lorsque la crue ne cesse de progresser, l'inondation est complétée en suivant la marche qui vient d'être indiquée. Si, au contraire, elle s'arrête, on attendra, pour élever le niveau de l'eau dans les bassins, que le moment de la vidange soit arrivé pour les bassins d'amont. On leur empruntera alors, en opérant du Sud au Nord, l'eau complémentaire nécessaire aux bassins d'aval, dont les premiers resteront privés. C'est ainsi que le remplissage devait logiquement se faire et qu'il se pratique depuis la création du système, c'est-à-dire depuis des milliers d'années. Les populations ont constamment respecté cet usage consacré par le temps et par l'expérience. L'inondation commence vers le 16 août, elle est complète le 15 octobre.
L'opération se pratique sur plusieurs points à la fois et le plus
rapidement possible, de manière à faire bénéficier simultanément le plus grand nombre de bassins de Teau rouge fécondante. Vers le milieu d'août, l'eau est introduite dans les ciinaux du Nord. L'habitant du Saïd sait, de longue date, que c'est lorsque la crue atteint une hauteur correspondant à 12 ou 14 pics (6",48 ou 7«»,56) au nilomètre d'Assouan que Teau commence à pénétrer sur ses terres. Un bon Nil, de 15 pics et demi à Assouan, permet d'obtenir le « Tammam-er-Raye », ou l'inondation moyenne favorable. Lors d'une crue trop faible, les terres ne reçoivent que des quantités d'eau et de limon insuffisantes et les parties hautes restent « charakis », c'est-à-dire à sec et, par conséquent, incultes. Si, au contraire, elle est trop forte ou trop prolongée, elle compromet la sécurité des digues et, dans ce dernier cas, les prises continuent à admettre de l'eau qui passe dans les bassins, et ceux-ci ne sont pas vides à temps pour les semailles.
Lorsque les bassins sont remplis, le Saïd ressemble à un lac borné seulement, à l'Est et à l'Ouest, par les chaînes arabiques et lybiques. Du sein des eaux émergent les sahels couverts de soi^çho Qédi (1), la crête des beiges, celle des salibehs, ainsi que les agglomérations de huttes construites sur des monticules. Souvent dominés par le dôme, d'une éclatante blancheur, d'un santon et ombragés de bouquets de palmiers, les villages du Saïd ressemblent à des îlots pendant la crue.
A l'action régénératrice de l'inondation, dont l)énéficient les terres, s'ajoute l'influence salutaire exercée par les bassins sur le régime du Nil inférieur. Les premiers symptômes de la crue s'annoncent en juin et s'accentuent en juillet; on laisse passer ce premier flux qui va emplir les canaux du Delta. C'est à l'époque où il est près d'atteindre son niveau le plus élevé et peut devenir menaçant pour les cultures de la Basse-Egypte, que les bassins permettent de lui emprunter et d'emmagasiner momentanément près de 9 milliards de mètres cubes d'eau. Ces énormes quantités ne lui sont restituées que lorsque tout danger est conjuré; elles arrêtent la baisse du fleuve au moment où elle va se dessiner et donnent une nouvelle impulsion à la crue. Les bassins ont donc une influence modératrice incontestable sur le régime du Nil.
Jusque dans ces dernières années, le nombre des canaux de rem- Ci) Halcus Sarghum, C'est le Doura Beladi des indigènes.
plissage était trop limité, de sorte que beaucoup de bassins n'étaient que tardivement inondés et ne recevaient que de Teau partiellement dépouillée de ses principes fertilisants. Il était donc urgent de multiplier ces canaux et non moins indispensable de régler le débit de ces nouvelles prises et celui des anciennes, de même que les communications entre les bassins adjacents et leurs moyens de vidange, soit au Nil, soit dans les canaux.
Il faut, en effet, pouvoir fermer les prises :
1^ Pour ne laisser entrer dans les bassins que les quantités d'eau nécessaires à leur degré d'inondation le plus favorable;
2** Pour interrompre la communication au Nil ou au bassin supérieur, lorsqu'un bassin doit être vidé et s'opposer à l'introduction d'eau nouvelle;
3° Pour empêcher l'eau des bassins de retourner au Nil lors d'une baisse prématurée de la crue;
k^ Pour suspendre l'admission dans les bassins, dont les digues pourraient, le cas échéant, être emportées.
D'autre part, il arrive que, lorsqu'une brèche est pratiquée dans la clôture d'un bassin pour le vider, la base de la digue n'est pas toujours emportée; il reste alors en amont des nappes d'eau qui s'opposent à la mise en culture des terres qu'elles recouvrent. La construction d'un ouvrage d'art dont le radier se trouve au niveau ou un peu en contre-bas des terres des bassins permet d'opérer le « sarf » et de vider complètement chaque hod.