LE SARF OU VIDANGE DES BASSINS D'INONDATION
Après être restées de quarante à quarante-cinq jours dans les bassins, les eaux d'inondation sont évacuées ; l'opération de la vidange s'appelle le « sarf ».
Au point de vue du sarf, tous les hods du Saïd peuvent être divisés en six séries comprenant :
1° Tous les systèmes de bassins de la rive droite ressortissant à Esneh, Kenneh, Guirgueh, Assiout et Guizeh (1), lesquels se déversent soit au désert, soit au Nil, par leur extrémité nord;
(1) Y compris le hod Rekka, dernier bassin de la province de Beni-Souef, et le système Guizeh de la rive droite.
2° Ceux de la rive gauche, relevant d'Esneh et de Kenneh, qui se trouvent dans les mêmes conditions que les précédents ;
3** Ceux qui écoulent leurs eaux par le hod Sohag, système Nord de Kenneh et Sud Sohag ;
4** Les bassins qui se déversent dans le Sohagieh et dont les eaux retournent au Nil par les ponts de Zennaar et la coupure d'Aboutig, système Nord Sohag;
5° Ceux qui se vident dans le Bahr-Youssef : bassins du Nord d'Assiout et de la province de Minieh ;
6° Cette dernière série comprend tous les bassins à TEst du Bahr- Youssef dont le sarf s'opère par la coupure de la digue (rA!x)u-Kadiga du bassin de Kochéicha.
Aucune mesure spéciale ne devant être prise pour le sarf des bassins des deux premières séries, la description suivante visera seulement les opérations de la vidange des quatre dernières.
Au cours de la crue, le Nil éprouve des mouvements alternatifs d'ascension et de descente jusqu'à ce qu'il atteigne sa cote maximum, et c'est seulement entre le 1®' et le 5 octobre de chaque année que sa décrue commence vraiment à se manifester.
Supposons que, le 2 octobre, le gouverneur d'Assouan annonce la baisse du Nil. Deux coupures sont alors pratiquées dans la digue du hod Sohag; ordre est donné de fermer toutes les prises des bassins du Nord de Kenneh et du Sud Sohag et d'ouvrir leurs communications, en réglant bien les ouvertures. Chaque bassin émettant une quantité d'eau approximativement égale à celle qu'il reçoit, les eaux passeront graduellement de bassin en bassin et arriveront à leur point final d'émission sans perturbation et sans endommager les digues ni raviner les terres.
Deux jours plus tard, l'ouvrage de tête du Sohagieh est clôturé de même que les prises de tous les bassins alimentés par ce canal et ses dérivations, et soit par leurs régulateurs d'émission, soit par des coupures, on les fait se vider dans le Sohagieh qui vi^mt déboucher dans les hods de Zennaar et de Beni-Samieh ; mais, au préalable, on procède à l'ouverture des ponts de Selim, de Shot et de Motieh, la coupure d'Aboutig est pratiquée dans la digue du Beni-Samieh et on ferme le pont de Gebel-Assiout, qui fait communiquer le bassin de Zennaar avec ceux du Nord d'Assiout.
On a le soin, pendant cette opération, de la conduire de telle sorte que le plan d'eau du Sohagieh, à son entrée dans le hod Béni-
Samieh, ne dépasse pas la cote atteinte par l'inondation normale.
Le pont de Gebel-Assiout ayant été fermé, celui de Magdoub, entre Assiout et la montagne, est maintenu ouvert ; le S, tous les bassins jusqu'à Delgawieh sont ouverts en commençant par le Nord et leurs eaux s'écoulent dans le Bahr-Youssef progressivement de manière à ne pas élever trop brusquement son plan d'eau. Le sarf doit être opéré sans précipitation, mais prolongé, au contraire, jusqu'à la fin d'octobre.
Le 7, lorsque le niveau du Bahr-Youssef est suffisamment bas et que l'inondation des bassins de la province de Minieh a été complétée, leurs eaux sont évacuées dans le canal, parles ponts existants, graduellement et jusqu'à la fin du mois. Les deux opérations qui précèdent sont menées pour ainsi dire de front et doivent n'avoir aucune influence fâcheuse sur les irrigations de la province du Fayoum qui reçoit toutes les eaux émises par les bassins d' Assiout Nord et de Minieh.
Vers le 10 octobre, la prise de tous les canaux d'alimentation des bassins de Beni-Souef est clôturée et lorsque le Nil descend jusqu'à la cote 26'»,30 au nilomètre deWasta, la vidange générale commence. La coupure d'Abou-Kadiga est faite dans la digue du bassin de Kochéicha avant que le niveau des eaux dans les bassins ait atteint la cote de 27™,35. Puis les ponts de Komi et de Sabah de la digue Nord de Kochéicha, sont ouverts et les eaux du bassin Rekka retournent au Nil par la même brèche d'Abou-Kadiga. L'ingénieur cède alors la place au fellah qui reprend possession de ses champs.
Le sarf s'opère lorsque le Nil commence seulement à baisser et, ainsi qu'il a été dit, il produit une hausse factice dont les effets se font sentir dans la Basse-Egypte. Il faut diriger la vidange de telle sorte que cette crue supplémentaire ne fasse courir aucun danger aux cultures d'aval.
Normalement, elle doit varier de 0"",14 à 0°*27. Cependant, la brèche d'Abou-Kadiga s'étant brusquement élargie en 1882, les eaux montèrent au Caire de 1'",50 en quarante-huit heures.
La division des bassins en séries indépendantes au point de vue du sarf et la réglementation sévère de la vidange ont permis de réduire de 60 0/0 le nombre des coupures annuellement pratiquées dans les digues des bassins. Quand certaines de ces digues auront reçu les régulateurs projetés et lorsque les grands déversoirs de Sohag, d'Aboutig, de Dalgawieh et d'Abou-Kadiga seront construits, le sarf pourra s'opérer sans qu'il soit besoin d'avoir recours au système primitif des coupures pratiqué jusqu'ici.