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CHAPITRE X

Division du Delta au point de vue physique et des irrigations. — Les anciennes branches du Nil. — La canalisation séfl et nili. — Province de Menoufieh. — Méhémet-Ali et Mougel-Bey. — - Le grand Barrage du Nil. — - Travaux de réparation. — Résultat de Tachèvement prochain des travaux du Barrage et des trois artères maîtresses d'irrigation. — Provinces de Gharbieh, de Kallioubieh, de Dakahlieh et de Béhéra : leur irrigation, leurs principaux canaux. — .Tableaux de leur hydrographie. — Travaux des ingénieurs français. — Lihant et Mougel. — La question égyptienne est une question d*eau. — Décision du Conseil des ministres du 10 novembre 1888. — Projets d'aménagement du Nil. — Projet de M. de La Motte. — Barrage du Nil et création du lac de Kom- Ombos. — Projet de M. Cope-Whitehouse. — - Le Wady-Reyan. — Projets officiels pour éviter les charakis. — Conclusions.

Au point de vue physique, de même que pour les irrigations, la Basse-Egypte est divisée en trois parties distinctes. Celle du centre est bornée, au Sud par le grand Barrage, à l'Est par la branche de Damiette, à l'Ouest par celle de Rosette et au Nord par des lacs en bordure sur la Méditerranée. C'est le Delta proprement dit qui forme les deux moudiriehs ou provinces de Menoufieh et de Gharbieh. La partie Est, comprenant toutes les terres et les lacs qui se trouvent à l'Est de la branche de Damiette, est subdivisée en trois moudiriehs : celles de Kallioubieh, de Charkieh et de Dakahlieh. La moudirieh de Béhéra, composée des terres enclavées entre la branche de Rosette et le désert libyque, forme la troisième partie, celle de l'Ouest (1).

(1) L'isthme de Suez forme également une partie distincte de TÉgypte. Mais il est séparé des terres cultivées par un désert et n'a, quant aux irrigations, qu'une importance très secondaire. 11 n'en sera question qu'en ce qui concerne les quantités d'eau à fournir à Sue^, Ismallia et Port-Saïd.

392 NML, SOUDAN, EGYPTE

La Basse-Êgj'[)U» n'est plus traversé(i, de nos jours, que |)ar deux bras du Nil. Elle estsilloniu'îe en tous sens par d'innombrdblas rigoles, complément indis|)ensable d'un réseau de auialisation secondain» dérivétî d'arU'^res a grande section. Plusieurs de ces artères ont été creusées dans le lit mt^me des branches almndonnées par le fleuve. Ainsi le canal Al)ou-Akdar occu[h» le lit de l'ancien bras pélusiaque, le Bahr-Mouès celui de la branche tanitique et le Bahr-Ghibin celui de la sebennytique. Le canal Mahmoudieh a remjïlacé la branche canopique dis[)arue, comme la mendésienne.

Dans l'aïK^rçu général sur les irrigjitions, il est dit que les terres du DelL'i étaient autrefois, comme celles du Saïd, aménagées en bassins d'inondation et ne j)ouvaient, |>ar conséquent, donner qu'une récolte par an. C'est v(»rs 1837 que Méhémet- Ali-Pacha décida de supprimer les bassins et de les remplacer par des canaux qui, recevant de l'eau du Nil même pendant l'étiage, la distribueraient constamment sur tous les jx)ints de leur parcours. Un coup d'œil jeté sur une carte de la Basse-Égj^pte |HM'met d'apprécier l'importance considérable de l'ensemble de son réseau de canalisation et la somme immense de travail qu'il fallut imposer à ses habitants, pour substituer les irrigations aux inondations. Ce nouveau régime, qui porte le nom d'irrigation séfi, jKirmet de cultiver la terre sans solution de continuité; il a quintuplé la puissance productrice du pays.

Les canaux qui ont concouru à la transformation du système de culture de la Basse-Egypte sont également apf^elés séfi ; ils ont été pour la plu|)art creusés dans le lit des canaux nili qui desservaient les bassins et dont le plafond fut almissé de i",25àl™,50 au-dessous de la cote d'étiage. Les canaux séfi ont une |)ente kilométrique de 0™,04, inférieure de 0'",03 à 0'",04 à celle du Nil et à la pente naturelle du sol, de sorte que leur plafond, qui à la prise, est de 8™,50 au-dessous du niveau des terres, se rapproche sensiblement de celui des terrains de l'extrémité Nord du Delta et leur plan d'eau s'élève, par rapport à celui du Nil, au fur et à mesure qu'ils s'éloignent de leur point de départ.

Ainsi la pente du Nil étant de 0^,07 par kilomètre dans le Delta et les terres étant de 7™,50 plus élevées que la coti^ d'étiage, en supposant la déclivité naturelle du sol égale à celle du Nil et la pente des canaux de 0'",04, le niveau des eaux d'étiage dérivées dans la canali-

du point de dérivation.

salion séfi atteint celui des tenues à irriguera ^J^^ =^ 2o kilomètres

Les prises d'un certain nombre de grands canaux reçurent des ouvrages de tête qui permirent de régler leurs recettes d'eau et, sur leur parcours, des barrages furent établis de distance en distance de manière à élever le plan des eaux jusqu'au niveau des terres que l'on put irriguer en pratiquant des saignées dans les berges.

Les canaux séfi du Delta ont ensemble une longueur d'environ 7,200 kilomètres ; la canalisation nili avec prise au JNil et les canaux secondaires qui en dérivent ont une longueur totale de 4,000 kilomètres. Les principales artères nili sont successivement transformées pour augmenter les surfaces cultivées en produits d'été.

Le nombre demasrafs est également augmenté chaque année; mais le Delta ne possède encore que 800 kilomètres environ de ces colateurs ou canaux d'égouttement. Il est vrai que les cultures avoisinant le littoral envoient directement le trop-plein de leurs irrigations dans les lacs qui les séparent de la Méditerranée où al)ou tissent, on l'a dit plus haut, la plupart des grands canaux séfi.

Le réseau hydrographique de la Basse-Egypte avait été autrefois l'objet d'un classement méthodique que des changements successifs avaient profondément altéré. Grâce au concours qu'ont bien voulu nous prêter M. le colonel Ross, inspecteur général des irrigations, et MM. Garstin, Willcoks et Foster, inspecteurs, il nous a été possible de reconstituer ce classement dont des extraits ont été joints à l'exposé des irrigations de chaque province de la Basse-Egypte.

Les premières pages de l'exposé relatif à la province de Menoufieh ont été consacrées à la description du grand Barrage du Nil, appelée jouer très prochainement un rôle capital dans le système des irrigations du Delta, dont il contribuera à augmenter la puissance de production.

PROVINCE DE MENOUFIEH

Grand Barrage du Nil (1). — En même temps qu'il faisait creuser les canaux séfi de la Basse-Egypte, Méhémet-Ali songeait à réaliser une pensée de Bonaparte et à édifier à la pointe du Delta, appelée par les indigènes Batn-el-Baggar ou «ventre de la vache», à l'endroit

(1) Il existe en réalité deux barrages : un sur la branche de Damietle, l'autre sur la branche de Rosette; mais il est d'usage de dire: le grand Barrage ou simplement le Barrage.

même où le Nil se sépare en deux branches, un immense ouvrage de retenue destiné à relever de 4 mètres à 4"',50 le plan d'eau du fleuve en amont. Trois artères maîtresses d'irrigation devaient assurer l'alimentation toujours continue et toujours abondante de la nouvelle canalisation : le Rayah Charkieh, destiné à fournir de l'eau aux provinces de Charkieh et de Dakahlieh, devait avoir son point de départ sur la rive droite et sur le territoire du Kallioubieh, à quelques cents mètres au-dessus du barrage de la branche de Damiette ; le Rayah Menoufieh ou canal du Centre, dont la prise fut placée au sommet même de la pointe du Delta, entre les deux barrages, alla distribuer ses recettes d'eau aux autres canaux de la partie centrale du Delta ; le Rayah de Béhéra, dont la prise fut établie sur la rive gauche, à [)eu près en face du point désigné pour celle du Rayah Charkieh, aurait apporté à la province de Béhéra, c'est-à-dire à la partie Ouest de la Basse-Égyple, le,s eaux d'étiage qu'on est obligé d'élever artificiellement dans ses deux autres grands canaux, le Khatatbé et le Mahmoudieh. La laideur des trois Rayahs était fixée à 100 mètres. Celui du centre fut seul complètement achevé.

Étudié vers 1840 par un Français, Mougel-Bey, ingénieur en chef des ponts et chaussées au service de l'Egypte, le grand Barrage fut commencé en 1843. C'était alors le plus grand travail de ce genre qui eût encore été édifié. A cette époque, l'art de construire n'avait pas reçu l'impulsion qui lui fut donnée depuis et bien des questions aujourd'hui résolues étaient encore obscures et douteuses. Aussi l'exécution d'un barrage de cette importance était-elle, pour l'époque, une hardiesse que l'on qualifia souvent de témérité.

L'ouvrage comporte, sur la branche de Damiette, un barrage de 522",20 comprenant 71 arches et une écluse à chacune de ses extrémités ; le barrage de la branche de Rosette, dont la longueur n'est que de 452",30, possède également deux écluses, mais il n'a que 61 arches. Les deux barrages sont réunis par un quai circulaire, partagé en son milieu par la prise éclusée du Rayah de Menoufieh.

Les travaux du Barrage menés avec la précipitation qui suivait toujours la manifestation de la volonté du maître de l'Egypte, furent plusieurs fois quittés et repris ; le Barrage ne fut jamais complètement terminé et les Rayahs de Menoufieh et de Béhéra furent seuls creusés. Mougel-Bey avait, d'ailleurs, abandonné la direction des travaux avant qu'ils fussent arrivés au point où ils sont restés jusqu'en 1884, et la seule retenue d'eau qu'il fut jamais possible

d'obtenir, en amont, ne dépassa pas 2 mètres. Le Barrage opéra plutôt comme répartiteur des eaux d'étiage dans les deux branches du Nil, le volume d'eau naturellement débité par la branche de Damiette étant de beaucoup inférieur au débit de la branche de Rosette.

En fermant les portes du barrage de la branche de Rosette, lorsque le nilomètre d'amont marquait 13'",50, le plan d'eau d'aval s'abaissait à la cote de 11",76 et la différence des niveaux atteignait mais ne dépassait pas l^jSS. Cette faible retenue résultait de ce que la branche de Damiette restait ouverte. La fermeture du barrage de Rosette était maintenue pendant les basses eaux et jusqu'à ce que, la crue suivante se faisant sentir, le plan d'eau se fût relevé et eût atteint à nouveau la cote de 13",50. Les portes étaient alors ouvertes et restaient telles jusqu'à la décrue.

Ces portes étaient en fer et se composaient de poutrelles horizontales, reliées par des bras, paiement en fer, à un pivot central scellé dans la maçonnerie des piles ; elles étaient manœuvrées au moyen d'un treuil roulant sur des rails.

Pour éviter la formation de dépôts, un orifice de déchaîne, recouvert d'un grillage en fer, avait été ménagé dans le seuil de chaque arche. Les alluvions étaient ainsi entraînées avec une force qui augmentait en raison de la clôture des portes et de la hauteur de la crue.

Jusqu'en 1884, on opéra de la manière suivante, lorsque, comme on vient de le voir, le Nil descendait à la cote de 13"",50, point qu'il atteint généralement en mars; les portes du Barrage étaient successivement abaissées en partant de la rive droite, de sorte que la violence du courant augmentait au fur et à mesure que le nombre des portes, restant ouvertes, diminuait. C'est dar^ ces conditions qu'en 1867, dix des dernières piles, comprises entre les numéros 48 et 37, furent avariées. Des affouillements se produisirent sous le radier qui s'affaissa de 0°*,10 ; cet affaissement fut suivi d'un fléchissement horizontal de la superstructure qui perdit, en outre, son aplomb. Mougel-Bey avait, d'ailleurs, signalé ces points comme ceux offrant les moindres conditions de solidité, par suite du peu de soin qui avait présidé aux enrochements et à la construction des piles qui furent élevées avant l'achèvement du radier. Les piles avariées furent sommairement réparées et on laissa le reste dans le même état.

A plusieurs reprises, cependant, il fut question de consolider et

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même de reconstruire le lïappage, et divers projets ont été présenté* dans ce but au gouvorneineiit ('^-[)tien. Mais, l'argent manquait et, pour tourner la ditTiculté, on songea un instant à étiUilir, à la prise di's firinci[>aux canaux, de puissantes macliini-s à vai>eur, qui les auraient aliment^:» [>endanl l'étiage, comme le sont actuellement le Khatatbé et le Mahmoudieh. Ce dernier projet eût n^ndu le Barrage inutile, mais il aurait eu ("inconvénient grave de mettre les irrigations, c'est-à-dire les sources vitales de l'Ég^vpte, entre les mains d'une Société dont les intérêts pouvaient, à un moment donné, n'être pas ceux du pays, 11 n'y fut pas doinié suite.

En 1885, la Convention de Londn-s décida qu'une somme de 26 millions de francs, à répartir sur plusieurs exercices, serait ajoutée au budget des Travaux publics dans le but de (wurvoir à toutes les améliorations à apporter au régime des irrigations. La réparation du Barrage figurait en première ligne et le quart environ des 26 millions lui fut consacré.

Plandie N" 63. — Le Barrage (élévation).

On commença d'abord jar s'assurer du degré de résistance dont il était susceptible en portant la hauteur de la retenue à 3 mètres au lieu de {",16. Toutefois, pour ne rien compromettre, un barrage en enrochement fut jeté, en aval, en travers du Nit, Ce barrage divisa la hauteur de la chute et créa une contre-pression qui atténua dans une certaine mesure la poussée des eaux d'amont.

Des affouitlements et des ruptures du radier, ainsi que des fissures dans les arches, ayant été constatés, voici à quel parti l'on s'arrêta. On savait que, même à une grande profondeur, on ne pouvait espérer rencontrer que des couches d'alluvions iH?rméables semblables à celles sur lesquelles sont assises les piles du Barrage. Dans la

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