‹ De l'équateur à la Méditerranée;Chapitre 185 sur 197 · N'» 1. — NAVIGATION FLUVIALE · texte numérisé non relu

N'» 1. — NAVIGATION FLUVIALE

Le Nil au point de vue de la navigation. — Obstacles créés. — Charges résultant de CCS obstacles. — Les parties navigables du Nil. — Canaux navigables. — Taxes. — Jaugeage des barques. — Péages. — Montant des recettes prélevées sur la navigation. — Les bacs. — Bateaux de toutes catégories naviguant sur le Nil. — Navigation à vapeur et chemins de fer. — Équivalence de divers produits par rapport au tonnage. — Prix de revient des transports par eau. — Décrets des 25 janvier et 8 mars, et du 12 avril 4890.

On a écrit que les pays les plus riches étaient ceux à Tintérieur desquels la navigation maritime pénétrait le plus profondément. Quoi que possédant un fleuve magnifique et puissant, TÉgypte est mie des contrées les moins bien dotées à ce point de vue. La presque totalité de son commerce d'exportation et d'importation est concentrée à Alexandrie; Port-Saïd ne reçoit qu'mie faible partie des produits de TEst du Delta, avec lequel il communique par Tcxtrémité du canal Ismaïlieh et le canal maritime. Cependant, le Nil était autrefois navigable sur tout son parcours, depuis Assouan jusqu'aux embouchures; les goélettes de Syrie et de l'archipel le remontaient jusqu'à Mansourah dans la branche de Damiette et jusqu'à Foah dans celle de Rosette. Depuis, les branches se sont encombrées et il a fallu les barrer pour s'opposer à l'envahissement de la mer. Bien que régulièrement détruits par la crue, les barrages n'en interdisent pas moins l'accès du Nil aux navires venant du large.

Antérieurement à l'encombrement des embouchures, la construction du grand Barrage et celle des ponts qu'on dut édifier, lors de la création du réseau de chemin de fer dont l'Egypte est dotée, étaient devenues autant d'obstacles pour les barques qui parcourent le fleuve en tous sens. Ces constructions, surtout celle du Barrage, ont occasionné des apports considérables et des attcrrissements que pouvaient seules franchir les barques plates non chargées. Il eût été logique et équitable de donner à la navigation fluviale,

t ; auxiliaire indispiMisable de Tagriculture (^piienne, ainsi entravée dans son

libre exercice, des compensations en rapport avec les pertes qu'on lui faisait : 1 , éprouver; c'est ce que Ton n'eût pas manqué de faire partout ailleurs où l'on se

,i t rend un compte exact du rôle joué par les fleuves, ces grands chemins qui

marchent, dans la vie iH^nomique d'un peuple. Ce fut le contraire qui eut

lieu, et chaque t^icluse ou pont ne put être franchi qu'après l'acquittement

I ; de péages ajout<}s aux droiU de tonnage et autres que supportait déjà le

commerce fluvial ; ce dernier a |)ériclité aux défiens de l'agriculture dont il transportait les produit^.

On comprendrait que sur des canaux, exclusivement établis en vue de

favoriser la navigation, on fit supi>orU*r à cettt^ dernière des droits destinés à

' couvrir rint('»rét d(?s sommes engîigws et à subvenir aux frais de curage et

; d'entretien d(>s ouvragi^ d'art. Mais tel n'est pas le cas: k^ droits imposés à la

navigation furent, en princi|x.*. destinés A couvrir les dé|)enses occasionnées

par riostallation des chemins de fer. La situation est telle que le gouveme-

♦ ment ne cesse de favoriser le trafic de st»s voies ferr^-ses dont la concurrence

a eu des effets si désastreux sur la batellerie égyptienne (1^. Quoi qu'il en |! i soit, les droits de tonnage et de passage ayant été compris au nombre des

revenus aiïectés au service de la Dette d'Egypte, rien ne pourra être changé à l'état de choses qui vient d'être signalé, que dans un avenir éloigné. Au point de vue de la navigation, le Nil est divisé en sept biefs :

1® D*Assouan au Barrage,

2** Du Barrage à Bcnha,

3» De Benha à Zift<5h,

i*" De ZiHeh à Mansourah,

5® De Mansourah à Damiettis

G® Du Barrage à Kafr-Zayat, ) ^^ u i n .* - 1. I' rT ^ » « .. i Branche de Rosette, j® De Kafr-Zayat a Rosette,

Branche de Damiette.

Entre Assouan et le grand Barrage, la navigation est réglée comme suit d'apr^'s la hauteur du mouillage :

' ! ; En crue Bateaux de 2"*,00 de tirant d'eau.

A l'étiage — l",00 —

Étiage exceptionnelh^ment bas ... — 0",70 —

« : Al»'

Entre le Barrage et Benha, sauf en crue, la navigation est impossible; entre Bt^nha et Zifleh, les barques ayant l",2o de tirant d'eau parcourent le fleuve [! du 10 août au 1" mars de l'anntKî suivante. Entre Mansourah et Damiette.

jl elles peuvent circuler pondant huit mois avec un tirant d'eau de l",oO et

il pendant les quatre autres mois avec un tirant d'eau de 1°*,23. La barre de

î' mer formée par les alluvions, en face de rouihouchurc de Damiette» est ordi-

- nairement franchi(3 par d(*s navires calant 2 mètres.

(' Entre le Barrage et Kafr-Zayat, la navigation est interdite du 1" mars au

(1) Les chemins «le fer prélèvent des droits spéciaux de passage sous leur pont, faisant Tiinsi supi)orUrr |)ar la batellerie les Irais <ie la K^ern* (fu'ils lui font*

!•' juillet. De Kafr-Zayat à Rosette, les barques d'un tirant d*eau moindre de 1",50 peuvent toujours circuler. Au delà, le batardeau établi en travers du fleuve arrête la navigation de mars à juillet. La barre de mer de Rosette est franchie, comme celle de Damiette, par des navires calant moins de 2 mètres. Son passage est cependant plus difficile que celui de cette dernière.

Nous rappellerons sommairement que llsmaïlieh met le Caire eu communication avec Port-Saïd par Ismaïlia et Suez; il alimente toutes les villes et stations du canal maritime et comporte, sur sa principale branche, huit écluses : celles de Kasr-el-Nil (1), de Choubra, Sériaqos, Belbeis, Abassieh, Gassassine, Néfiche et Ismaïlia; cinq ponts tournants, deux au Caire et ceux de 1* Abassieh, de Choubra et de Néfiche, ainsi que quatre écluses sur sa branche de Suez.

Les provinces de Kallioubieh et de Charkieh sont traversées, du Sud à TEst, par le Bahr-Mouès; ce canal est barré à Zagazig, où les marchandises doivent transborder.

Le Bahr-^hibin relie la riche province de Menoufieh au reste du Delta, qu'il traverse de l'Ouest au Nord-Est. C'est, on Ta déjà vu, un ancien bras du Nil; il comporte un grand barrage et une écluse; une deuxième écluse est en voie d'achèvement à Santa, de môme que trois grands ponts de chemin de fer à Birket-el-Sab, Santa et Samanoud.

Le Mahmoudieh met Alexandrie en communication avec l'Ouest et le centre du Delta par la branche de Rosette. C'est par le Mahmoudieh que sont transportés la majeure partie des produits des provinces de la Basse-Egypte comprises entre Kafr-Zayat et la mer. Ce canal comporte trois écluses : la première à la prise de l'Atfeh ; la deuxième à Kafr-Dawar, au kilomètre 4S, et la dernière, dite de la Douane, à son embouchure dans le port d'Alexandrie; il est traversé par deux ponts, ceux de Hagar-el-Nawatieh et de Gabari.

Les importantes modifications, transformations et les aménagements intéressant la navigation, que Ton apporte au régime du Nil et de plusieurs grands canaux ont été décrits dans le chapitre consacré aux irrigations dans la Basse- Egypte.

La navigation est plus active entre Assouan et le Caire, c'est-à-dire dans la partie du Nil où l'homme n'a édifié aucun obstacle, que dans le Delta.

Le canal Ibrahimieh, parallèle à la fois au Nil et à la voie ferrée de la Moyenne-Egypte, comporte deux barrages principaux non écluses ; il n'est, pour ainsi dire, navigable que d'Assiout à Deyrout, où a été construit le premier barrage, et de cette ville à Minieh où se trouve le second. Plus bas, son lit est obstrué de ponceaux et il est presque exclusivement utilisé par l'irrigation.

Du Caire à la mer, le Nil est traversé par les ponts de Kasr-el-Nil au Caire, de Benha sur la branche de Damiette et de Kafr-Zayat sur la branche de Rosette. A cheval sur ses deux branches, à la pointe du Delta, se trouve le grand Barrage, l'immense ouvrage d'art précédemment décrit.

La plupart des canaux creusés dans le Delta, pour la distribution des eaux

(1) Aujourd'hui supprimée^

(l'irrigation, scrwiit aussi au transport des produits venant des régions que le chi^Hiin de fer ne traverse pas. et sont navigables toute Tannée. Cependant, leur trafic est limité et les seules artères importantes, au point de vue de la navigation, sont les canaux Ismaîlieh, Bahr-Mouès, Bahr-Chibin et Mahmoudieh. I^ navigation fluviale est soumise en Egypte à diverses taxes, savoir :

Taxe annuelle sur les barques ;

Droits d'écluses et de passage de ponts ;

Droits de « tasrieli t ou laissez-passer de navigation ;

Droits de bacs ou de |)assage.

Taxe annuelle. — Cette taxe, qui est une sorte de patente imposée aux barcjues de toute nature, est proportionnelle au tonnage des embarcations; elle est perçue conformément à un tarif décroissant, c'est-à-dire qu'elle s al)aisse à me^sun» que le tonnage s'élève et varie ainsi de P. E. 8 à lO/W de P. K. par ardeb, suivant la catégorie dans laquelle est classée la contenance des ban|ues.

Sont exonérées du |>aieinent de la taxe annuelle :

1^ Les bar(|ues exclusivement employées à la pèche, dans le Ml et les canaux ;

t" Les l)arques de |)éche et de transport dans les lacs en bordure sur la Méditerranée ;

3° Les barques afîectéa^î au service de bacs de passage.

L'État prélève sur la vente des produits des deux premières cat^ories de barques une somme de L. E. 85,000 (2,âl0,000 francs) bien supérieure au montant des tax(»8 non perçues ; les troisièmes sont aflermées.

Les bateaux de plaisance appartenant à la famille khédiviale, aux notables et aux Européens sont également exonérés de la taxe annuelle, à la condition toutefois ([ue ces bateaux soient exclusivement affectés à l'usage de leurs propriétain^. Les barques sont jaugées |>ar les agents du gouveniemcnt au moyen de la formule empirique ci-dessous :

Le produit ainsi obtenu est divisi* par 2, si le tonnage est inférieur à 200 ardebs et diminué do 40 0/0 s'il est su[)éricur à ce nombre.

Dans cette formuh» :

C n3prés(înte le contour oxtéritMir de la barque, mesuré dans sa plus grandi» largeur, en y comprenant les fargues ou faux bordages fixes ou mobiles, \ ^

G — plus grande largeur, ré[)aiss<^ur dos bordages com- ( i* . . prise,

L — longueur de la baniue,

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