‹ De l'équateur à la Méditerranée;Chapitre 57 sur 197 · DÉSERT DE SOUAKIN · texte numérisé non relu

DÉSERT DE SOUAKIN

La région s'étendant entre le Nil et la mer Rouge est traversée, du Sud au Nord, par l'extrémité méridionale de la chaîne anibique qui va se souder aux premiers éperons détachés du massif abyssin. Ces montagnes sont, pour ainsi dire, divisées en six chaînons {)arallèles, séparés par des brèches profondes, par le lit presque toujours à sec de nombreux wady, ainsi que par des plaines qui s'étagent graduellement jusqu'à ce qu'elles atteignent le faîte de partage des eaux qui vont au Nil et de celles qui coulent vers la mer Rouge.

Le système orographique de la chaîne arabique est des plus complexes : il consiste en une foule de crêtes dévelo[>pant leur axe parallèlement aux rivages du golfe arabique et se continuant sur une longueur de plus de 1,000 kilomètres jusqu'aux portes du Caire. Ces crêtes se composent, presque en entier, de roches dites primitives, granits, gneiss, schistes cristallins offrant parfois des massifs considérables de calcaires. Entre Berbère et Souakin, les monts granitiques les plus considérables s'élèvent à 1,700 mètres au-dessus du niveau de la mer. Plus au Nord, le Gebel-Olba et le Sotourba, dans l'Etbaye, atteignent respectivement 2,400 et 2,100 mètres d'altitude.

Sur le littoral, les escarpements des montagnes sont parfois baignés à la base par les flots de la mer Rouge. Humectés des vapeurs marines, ils sont couverts de verdure qu'on ne trouve plus

sur le versant opposé, dont les roches, toujours sèches et toujours échauffées, demeurent stériles ; elles n'ont d'autre éclat que celui de leurs bandes multicolores, se ressemblant par la hardiesse des formes et la splendeur du coloris. Ailleurs, les « sahels » ou parties hautes, sont formés par des collines basses de l'époque tertiaire. A l'Ouest de la chaîne bordière qui longe la mer Rouge, les crêtes montagneuses s'alignent transversalement, soit du Sud au Nord, soit de l'Est à l'Ouest, et suivent alors la direction du Nil entre Abou-Hamed et Dabbeh.

D'autres arêtes sont coupées, de distance en distance, i)ar de larges brèches qui se présentent de loin comme des murs partiellement écroulés. Ainsi que les monts de la chaîne bordière, ceux des chaînes transversales sont composés de roches cristallines : granits, porphyres, syénites, diorites, et de masses éruptives. En maints endroits du désert, on rencontre des grès à demi fondus qui se sont épanchés des crevasses du sol. Mais, entre les monts qui forment l'ossature de la Nubie orientale, s'élèvent d'autres saillies de moindre hauteur, presque toutes isolées; ce sont des collines de grès n'ayant en moyenne qu'une vingtaine de mètres, mais atteignant par quelques pointes la hauteur relative de 200 mètres au-dessus du niveau du sol.

Les roches gréseuses de la Nubie présentent les as{)ects les plus divers : de nombreux rochers sont perforés horizontalement et forment des grottes éclairées par d'autres ouvertures. Il en est dont la partie centrale a disparu et qui ressemblent à des volcans percés d'un cratère, certains affectent la forme de tours ou se dressent comme des pyramides, un grand nombre d'autres portent incrustés de nombreux géodes de calcédoine, de jaspe et de silex. Grâce à ces profils dissemblables, les guides des Cxiravanes se reconnaissent à travers ce dédale infini de brèches tortueuses ouvertes entre les rochers. Les roches, dont les strates sont diversement nuancées de vert, de bleu, de jaune et même de rouge éclatant, lorsque le sable ferrugineux domine, leur servent également de jalons.

Les jKîntes des montagnes cristallines sont embellies par la végétation verdoyante de quelques arbustes, alors que les dunes et presque tous les massifs gréseux sont complètement dénudés. Les brèches existant entre chaque crête forment un grand nombre de wady, vallées dans la saison sèche, torrents dans la saison [)luvieuse, qui conduisent d'un massif à l'autre et forment des défilés facilement

accessibles. Dans cette région montagneuse, Teau qui tonilje pendant la saison des pluies, coulant sur un terrain inii)erniéable, forme instanUmément d'im[>étueux torrents et disparaît à travers les « wady » les plus étroits. Dans les plus larges, où la masse des eaux s'écoule plus lentement, on rencontre j)arfois une végétation luxuriante qu'entretient Thumidité accumulée au-dessous de la couche d'alluvions arrachées du flanc des montagnes.

Les botes de somme des caravanes trouvent une nourriture abondante dans ces pàtis herbeux où vivent, en outre, de nombreuses bandes d'antiloi)es et de gazelles. C'est dans ces vallées qu'errent les Amrars, les Bicharis, les Ababdehs et d'autres tribus nomades qui ne se livrent à aucune culture. Le travail de la terre est considéré comme dégradant par ces races libres et fières, aujourd'hui groupées sous le commandement d'Osman-Digna, un des princii)aux lieutenants du Mahdy. La conduite des caravanes, l'élevage des chameaux, des troupeaux de moutons et de chèvres qu'ils mènent de pâturage en pâturage, constituent leur seule industrie. Elles obtiennent, [>ar échange, tout le grain qu'elles consomment.

La distance qui sépare Berl>ère de Souakin est de 376 kilomètres. La route généralement suivie entre ces deux [joints, se dirige de l'Ouest à l'Est en s'élevant vers le Nord d'un i)eu i)lus d'un degré. Sur cette ligne, il existe quatorze stations munies de puits au nombre de cinquante-quatre. Les plus puissants pourraient fournir de l'eau à six cents hommes ainsi qu'à leurs montures; mais dans certaines stations, où les puits sont mal entretenus ou mal établis, ils se trouvent vite épuisés par les caravanes ordinaires qui s'y arrêtent.

Outre ces cinquante-quatre puits, il s'en trouve encore un certain nombre d'autres à 3 kilomètres de Souakin. Ces derniers étaient l'unique source d'eau potable qui alimentait la ville avant que l'on y eût installé des appareils de distillation.

Le faîte de partage des bassins du Nil et de la mer Rouge est franchi à 275 kilomètres de Berbère, près du puits Mahwab. Le bassin du Nil s'affaisse d'abord brusquement, en partant du faîte, sur une longueur de 20 kilomètres, avec une pente de 5 mètres {)ar kilomètre ; ensuite et jusqu'aux bords du Nil, la {)ente kilométrique varie entre 1™,40 et 1°»,50. Du côté de la mer Rouge, la pente, d'abord très douce, se précipite à 15 ou 46 kilomètres du point de partage et, jusqu'à Souakin, elle est constante entre 10 mètres et 8 mètres par kilomètre.

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