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NO 34. — ASSOLEMENT GÉNÉRAL

Blé

Bersim (trèfle)

Coton

Fèves

Maïs

Doura (sorgho)

Orge '

Lentilles

Riz

Fenu grec

Plantes potagères, légumes, oignons.

Canne à sucre

Guilbane (gesse)

Tabacs

Lin et chanvre

Sésame, ricin, arachides, carthame.

Indigo

Henneh

Pavot

Jardins (mémoire) ...<....

SAID

Feddans.

DELTA

Feddans.

TOTAL

Feddans.

La culture Chétoui comprend le blé, Torge, les fèves, le doura (sorgho), le bersim (trèfle), le lin, les pois chiches, les lupins, les lentilles et un mélange de blé et d'orge dit « bag'hita ». Le coton, la canne à sucre, le maïs, le riz, le sésame, l'indigo, le henneh, etc.,

(1) Emprunté à la Statistique de VÉgy^pte^ par M. Boinet-Bey.

19i NIL, SOUDAN, EGYPTE

etc., sont des cultures Séli. Le maïs est aussi culture Nili comme le sorgho, le riz et les légumes.

Les oignons sont cultivés sur une assez grande échelle dans les îlots de la Haute-Egypte. Ils sont l'objet d'im[)orUmtes ex|)ortations à destination de l'Angleterre. La culture de la vigne est, pour ainsi dire, centralisée dans la province du Fayouni.

Au nombre des scènes variées que les anciens Égyptiens ont gravées ou peintes sur les murs de leurs hypogées, on voit figurer fréquemment toutes les opérations relatives à la fabrication du vin. En effet, les vins d'Egypte jouissaient autrefois d'une grande renommée. Depuis la conquête nmsulmane, la fabrication du vin a disparu de son territoire et tous les raisins récoltés sont consonmiés comme fruits de table.

On rencontre le dattier dans le Saïd, conmie dans le Delta; ces deux régions en produisent trois espèces. Les amris à fruits rouges, les ahmates à fruits bruns et les samanis dont les dattes sont jaunes.

Les dattiers ahmates donnent des fruits deux ans après avoir été plantés ; les amris et les samanis n'en produisent qu'après cinq années. Le rendement de ces arbres précieux est intermittent; une récolte abondante est toujours suivie d'une plus faible et ainsi de suite. La valeur moyenne de leurs produits annuels est :

Pour les amris, d'environ P. E. 77 (20 francs);

— ahmates, - - 45 à 55 (11 à 13 francs);

— samanis, — — 20 à 26 (5 fr. 50 à 7 francs).

On sait que le palmier dattier mâle est improductif et que le palmier dattier femelle, s'il est placé à une trop grande distance du palmier mâle, doit être fécondé artificiellement, faute de quoi il reste stérile.

Les travaux que doit accomplir chaque année le paysan égyptien sont, comme on le verra plus loin, bien moindres dans le Saïd que dans le Delta. Ils comprennent, d'une part, la mise en culture et la récolte des produits ; de l'autre, la défense des champs ensemencés contre les irruptions du grand fleuve.

Le fellah ne craint pas, il est vrai, les pluies prolongées, les sécheresses, les vents froids, les tempêtes de neige ou de grêle ; il ne s'inquiète jamais des nombreux accidents climatériques redoutés du cultivateur européen. Son ciel est toujours serein et plusieurs mois à l'avance il peut prédire le temps qu'il fera à une date indiquée. Les pluies sont remplacées, dans l'économie agricole de ce pays, par le

Nil bienfaisant. Mais ce bienfaiteur se change parfois en un cruel ennemi. Bien que croissant et baissant depuis des milliers d'années avec la plus grande régularité et une ponctualité qui ne s'est jamais trouvée en défaut, le volume d'eau qu'il apporte de l'Afrique centrale varie souvent dans des proportions assez considérables pour déjouer toutes les mesures prises, soit en vue du manque d'eau, soît en prévision d'une crue excessive. Aussi, pendant des jours et des semaines, les fellahs suivent-ils avec anxiété les fluctuations de leur fleuve qui, parfois, franchit et rompt ses digues en emportant tout sur son passage, et d'autres fois ne s'élève pas assez haut. En général, les fellahs ne connaissent rien des indications des nilomètresd'Assouan ou de Rodah ; ils ont cependant leurs repères spéciaux et savent de tradition, suivant les dates où les mouvements du Nil s'accentuent ou s'atténuent, si la crue sera insuffisante, bonne ou trop forte. Quand les eaux, naguère tranquilles, deviennent tumultueuses, se chargent de limon, rougissent et qu'elles prennent les allures d'un gigantesque torrent, tous les habitants sont sur pied, consultant passionnément le Nil, source de vie pour eux. Doivent-il espérer l'abondance ou craindre la ruine et la famine?

Dans la région des bassins, lorsque la crue n'atteint pas un certain niveau, d'énormes superficies sont privées d'eau et impropres aux cultures ordinaires ; grands et petits propriétaires, tous s'évertuent alors à les remplacer dans la plus large mesure possible, par le nabari ou culture du maïs que l'on arrose à l'aide de petits canaux appelés « sayallehs >, qu'il faut creuser ou déblayer et qu'on ne pourra alimenter qu'en élevant l'eau jour et nuit. Quel immense labeur pour n'obtenir d'autre résultat que de ne pas mourir de faim !

Si, au contraire, la crue ne cesse d'augmenter, l'anxiété fait place à la joie ; mais celle-ci disparaît bientôt quand, après avoir atteint sa hauteur la plus favorable, le Nil menace de la dépasser. Tous les hommes valides restent alors en permanence sur les berges, sous les ordres de leurs sheiks et des ingénieurs. Une digue est-elle en danger de faiblir ou d'être submergée? des centaines et même des milliers d'hommes armés de pioches et de couffins se précipitent sur le point en danger, qu'ils exhaussent et fortifient à grand renfort de terre, de roseaux, de branches d'arbres, de troncs de palmiers et, au besoin, même de tiges de maïs et de cannes à sucre. Pendant ce temps, les femmes et les enfants se hâtent de conduire et de transporter en lieu

194 NIL, SOUDAN, ÉGYFTE

plus sûr les bestiaux et leurs pauvres bardes. Souvent le Nil est vaincu. Mais lorsque la surveillance des fellabs et leurs efforts ont été impuissants, les villages, bâtis en contre-bas et insuffisamment protégés, sont envahis par les eaux ; leurs maisons en briques crues fondent et disparaissent comme la neige sous les rayons crun chaud soleil.

La perte, si elle était limitée à la pauvre hutte en terre crue, serait insignifiante ; le fellah s'en rebâtit une autre à peu de frais, mais il ne peut remplacer les récoltes détruites et emportées par le flot.

Quelquefois, il arrive que le désastre se produit la nuit sur des points qui n'inspiraient aucune crainte; le Nil, déplaçant son courant, fait aux digues d'énormes érosions; i)arfois aussi, affouillées par des renards qui y ont établi leurs terriers et même j)ar la main des paysans qui les ont transformées en cimetière, ces digues n'offrent plus qu'une résistance relative à la pression des eaux qui font brèche. Alors hommes, femmes, enfants, bestiaux, tout devient la proie du torrent dévastateur. Hâtons-nous de dire que des désastres aussi complets ne se reproduisent qu'à de rares intervalles.

En résumé, bien que disposant d'un ciel plus pur, d'un climat plus chaud et d'uil fleuve qui devrait lui donner toute l'eau que réclament ses champs, la vie agricole du fellah égyptien n'est pas plus exempte d'anxiété, d'incertitude que celle du cultivateur d'Euro{>e. Dans l'un et l'autre cas, elle est précaire et dépend d'accidents naturels que tous deux peuvent prévoir, mais qu'ils sont impuissants à conjurer.

D'autre part, si les {)rogrès réalisés en agriculture n'ont que lentement pénétré chez les populations rurales de l'Europe, ils n'en ont pas moins fait leur chemin et sensiblement modifié l'économie agricole des peuples occidentaux. En Egypte, sauf l'extension donnée à la culture du coton et aux plantations de cannes à sucre, les procédés de culture sont restés tels qu'ils sont décrits dans quelques papyrus épai^nés par le temps et sur les monuments quasiindestructibles que nous a légués l'antique civilisation égyptienne.

Sait-on, en Egypte, que le mode de semailles et la quantité de semences ont une importance capitale sur le rendement des récoltes? Se doute-t-on qu'un homme a consacré trente années de sa vie à l'amélioration d'un grain de blé ou d'orge à l'aide du procédé qu'il a

créé et qui est maintenant connu sous le nom de sélection de la graine ?

S'appuyant sur certains faits physiologiques, en étudiant les diverses phases de la végétation des céréales et en appliquant avec persistance le résultat de ses études, un agronome anglais, le major Hallett, a pu créer des espèces robustes à grand rendement, par un procédé qui consiste à ne choisir, pour la reproduction, que les types les plus vigoureux, les mieux développés et présentant au plus haut degré les caractères qu'on cherche à rendre persistants.

Un épi de blé récolté en 1857 par le major Hallett, mesurait H centimètres et contenait 47 grains. Les plus l)eaux de ces derniers, plantés dans un sol riche et bien ameubli, à 23 centimètres en tous sens, fournirent, en 1858, des épis de 15 centimètres jx)rtant 79 grains. En 1861, il récoltait des épis de 23 centimètres contenant 123 grains; le nombre d'épis par plante avait suivi une progression tout aussi remarquable; de 10 qu'il était en 1858, il atteignit 80 en 1862 (1).

Ainsi, résultat double et doublement favorable : augmentation, dans une énorme proportion, du nombre d'éjûs et du nombre de grains; diminution des quantités de semences; le tout par le fait d'un grain de blé choisi et classé dans des conditions culturales telles qu'il puisse atteindre son parfait développement et parcourir toutes les phases de la végétation sans être gêné par son voisin.

M. Hallett a atteint jusqu'à 804 fois la semence avec le mode de plantation par grain isolé. Ce qu'il a fait depuis trente ans, en Angleterre, a été essayé et a pleinement réussi dans plusieurs autres contrées de l'Europe. Rien ne s'oppose à ce que le cultivateur égyptien, s'il ne veut ou ne peut acquérir des semences de céréales à grand rendement, ne l'applique sur une échelle proportionnée à son exploitation.

Nul doute qu'il n'arrive ainsi à améliorer très notablement la qualité prolifique de la semence. Il ne serait, d'ailleurs, pas nécessaire de recourir, d'un seul coup, à l'achat de semences perfectionnées; pour une exploitation de moyenne étendue, la dépense serait très faible, puisque, dès la seconde année, le fellah pourrait récolter, avec le produit d'un demi-ardeb, de quoi ensemencer toute sa terre.

(1) Grandeau« Études agronomiques.

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