OUTILLAGE AGRICOLE
Kassàbiehouniveleuse. — L«s t<^rres d"Égyi»lP, arrosées avec de l'eau d'irrigation qu'on amène à leur surface, doivent. *!lre aussi planes que possible ; lorsqu'elles ne le sont pas, on les nivelle et l'on eni|)loie à cet effet la kassiibieh (/!g. 44). Cet instrument ressemble à un (wlil
tombereau sans roue, ouvert devant et derrière. L'ouvrier se tient dans le-s brancards et pousse devant lui la kassabieh que traîne un cheval, un bceuf ou une paire de ces animaux.
Lorsqu'il se trouve en face d'une butte, l'ouvrier soulève les brancards et fait mordre dans la terre la [lartie antérieure de son véhicule qui s'emplit et dont il va déposer le contenu dans les dépressions de son champ ; il continue ainsi jusqu'à ce que ces dernières soient comblées et les buttes nivelées. Ce travail est pénible, mais beaucoup plus expéditif que les moyens employés ailleurs.
MihrtUou charrue. — La charrue égyptienne n'a pas changé depuis des milliers d'années. Le bâti est formé de deux pièces de bois plus ou moins équarries, assemblées à la partie inférieure, où est également fixée, en guise de soc, une semelle de fer de 2^ à 30 centimètres de longueur, terminée en pointe. L'âge, qui forme avec le sol un angle aigu d'environ 20 degrés, comjwrte à son extrémité supérieure une cheville s'emmanchant dans la traverse et servant de joug aux animaux qui traînent péniblement ce rustique engin, dont le sillon, à peine visible, ne fait qu'étratigner la terre. Quelquefois, la charrue est attelée d'un chameau et d'un cheval ou d'un bœuf et d'un âne ;
AGRICULTURE ÉfiVPKENNE m
dans ce cas, l'aspect de l'attelage ne laisse pas que d'être passablement grotesque.
Une paire de bœufs peut labourer un demi-feddan par jour avec la charrue qui vient d"ètre décrite.
Planche N" iS. — La Mihral.
Zaaffa ou herse. — La zaatl'a consiste simplement en un plateau rectangulaire en bois qu'on fait traîner par une ou deux bëtes de somme. Le conducteur, placé au centre, dirige son attelage sur tous les points ensemencés de son champ, jusqu'à ce qu'il juge le grain suffisamment recouvert. Les fellahs remplacent quelquefois la zaaffa par une colonne de porphyre, de granit ou de marbre, débris de quelque temple du voisinage. En y scellant deux abouts, ils s'en font un rouleau à bon marché.
Ptancke N" i6. — La iNorag.
Norag ou batteuse. — La norag se compose d'un siège en bois occupant toute la lai^ur de la primitive machine. Les quatre pieds ou
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montante de ce siège reiK)S(int sur des lon^rons égalenient en Iwis, en tretoisés jjar des traverses «t lar trois axes |«irdllèles. Ces axes sont munis de'dis(|ues en fer grossièrement for^<?s,(|ui servent à la fois do roues et de liache-paille. La ponstruetiou lonivJe et défc^'Uieuso de
la norag exige des bètes de trait une dé[>ense de forp^ non pro|iortionnèe au rendement de cet appareil. I-es axes, au lieu d'èlre |>arallèles, devraient être disposés en forme de rayons se dirigeant vers le centre de l'aire.
Une norag sutTit au lattage des récoltes de vingt-cinq feddans. Outre la kassabieh, la mitiral, la zaafTa el la norag qui constituent ce que l'on peut ap^ieler le grand outillage agricole, divers autres ustensiles .sont d'un usagi^ général en filglïple, ce sont notamment :
La zambille ; Le fass ; Ia}. garouf.
La zamliille, csjR-ce de panier ou
coutTm, fait de feuilles de palmier
tressées et cousues, d'une contenance
Planche N« 48. - Uivera outils. d>nviron O-^SOSS, est employée dans
les tnivaux cigricoles et de terrassement.
C'est avec la zambille que sont effectués les transports de déblais lors
du curage ou du creusement des canaux.
Le fass, esptwp de houe, est, à proprement (jarler, la pioche égyj)tienne. Cet instrument est également l'outil du terrassier indigène, qui s'en sert à la fois pour fouiller la terre et pour remplir les zambilles, la spatule lai^e du fass tenant lieu de [>elle.
Le garouf est l'accessoire de la norag, c'est une fonrelie en I»ois avec laquelle on retourne les i-écoltes étendues sur l'aire.
Ismaïl-Pacha, l'ex-khédive, avait essayé d'introduire en fig>'plo l'outillage agricole [lerfecUoimé de l'Europe; dans ce but, il avait
acheté à la célèbre maison Fowler un nombre considérable de locomobiles à traction, de charrues, de herses, de défonceuses et de machinées à battre.
C'est parce que ce matériel a été simultanément mis à l'œuvre et surtout, aussi, parce que sa réussite aurait eu pour conséquence de tarir des sources de bénéfices véreux, résultant d'achats de bestiaux fréquemment renouvelés et de prélèvements faits sur leur nourriture, que ces essais n'ont pas réussi.
Aujourd'hui, les locomobiles à traction pompent de Teau et le beau matériel agricole est dispersé un peu partout ; la majeure partie a repris le chemin de l'Europe sous forme de ferraille, et TÉgyptien est retourné à son antique charrue et à ses autres instruments de travail non moins- primitifs. Seule, la Daïra-Sanieh a mis en service une trentaine de locomobiles à traction avec lesquelles elle laboure ses terres de la Haute et Moyenne-Egypte, qu'elle cultive en cannes à sucre. Cet exemple aurait dû être imité par les autres grandes administrations agricoles de l'État. Disposant du personnel spécial nécessaire, elles eussent dû chercher à utiliser le matériel perfectionné qu'elles possédaient et à en généraliser l'emploi dans la plus lai^e mesure possible.
C'est grâce aux innovations introduites dans ses procédés culturaux et aussi grâce aux machines qu'il emploie, que l'agriculteur d'Europe peut soutenir la concurrence que font à ses produits les céréales étrangères. Le cultivateur égyptien, celui du moins qui fait de la grande culture, pourrait, par l'emploi des mêmes procédés et des machines, obtenir des résultats identiques.
L'importance du rôle joué par l'État, en tant que grand propriétaire foncier et, par conséquent, grand producteur agricole, sera sommairement retracée dans les pages qui vont suivre. Nous allons donner au préalable quelques détails sur les engrais et les différents modes d'exploitation en usage en Egypte.