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CULTURE DE LA CANNE ET FABRICATION DU SUCRE

La canne à sucre n'a pas été trouvée à l'état sauvage dans le bassin du Nil égyptien. Mais bien qu'il soit difficile d'établir à quelle époque on doit faire remonter son importation, il est hors de doute que sa culture était pratiquée antérieurement au xuf siècle de l'ère chrétienne. C'est vers cette époque que les procédés de fabrication, introduits des Indes dans l'archipel grec, passèrent en Egypte où ils se propagèrent très rapidement. Toutefois, les plantations de cannes

et l'industrie sucriùre n ont pris le développement considérable qu'elles ont atteint dans le Said que sous le règne du Khédive Ismaïl-Pacha. Avant lui, les fellahs ne possédaient qu'une variété de canne, petite et blanche, dite « baladi », ou du pays, dont ils tiraient un sirop épais qui, transformé par la cuisson, donnait une mélasse riche en sucre. De nos jours, on cultive en Égy[)te deux sortes de cannes : celle de Bourl)on, et principalement, celle de O'Taïti à rubans rouges. Celle-ci est l'objet d'importantes cultures dans les districts d'El-Motana, Erment et Dabayet, dans la Haute- Egypte, où la Daïra-Sanieh a fait installer de puissantt^s machines élévatoires pour suppléer à l'absence de canaux séfi. Quelques rares propriétaires de ces mêmes régions ont également des plantations de cannes qu'ils irriguent, comme dans la Daïra-Sanieh, à laide de machines à va[)eur.

C'est sur le parcours du canal Ibrahimieh, dans la Moyenne- Egypte, que les plantations de cannes sont exploitées sur la plus grande échelle.

La canne se plante tous les deux ans et donne deux récoltes seulement. Dans les terres de qualité supérieure, de même que dans les pays à sucre, on ne renouvelle les plants que tous les trois, quatre et même cinq ans; mais en Egypte c'est l'exception. Lorsqu'on dispose d'engrais, on peut se borner à préparer la terre en janvier; dans le cas contraire, il faut suppléer à l'absence de reconstituants artificiels par une bonne préparation du sol; les premiers labours doivent commencer en septembre et être terminés en mars. Dans ce cas, la première période de la culture est dite « ghars »; elle dure quinze mois, de septembre à décembre de l'année suivante; la seconde est dite « khelfa », elle occupe la terre pendant douze autres mois. Après que le sol a été bien préparé par quatre labours profonds, la canne est plantée, en avril, en rangées séparées par des intervalles de 90 centimètres à 1°",20. Plus rapprochées et arrivées à un certain degré de croissance, les cannes formeraient un massif de feuillage impénétrable aux rayons du soleil, au détriment de leur développement ultérieur.

Les plants « takawiehs » sont couchés trois i)ar trois en quinconce; lorsque l'un deux est trop courlié, on le coupe pour ne pas rompre l'alignement. Les lignes ainsi formées sont séparées les unes des autres de 10 centimètres environ, en ayant soin de ])iacer les plants de telle sorte que les boutons, d'où doivent sortir les

rejetons, puissent germer et se développer latéralement de chaque côté du plant. Placés différemment, les boutons qui se trouveraient au-dessous et perpendiculairement au sol ne pourraient que difficilement végéter. Les plants sont ensuite recouverts d'une couche de terre bien meuble. Jusque vers la fin d'août, les plantations doivent être soigneusement sarclées ; on ameublit par un ou plusieurs labours les intervalles entre les rangées de cannes pour permettre à l'air de pénétrer dans le sol et d'apporter aux racines une partie de l'azote que s'assimilent les plantes.

La réussite ou l'insuccès de la récolte dépendent surtout du plus ou moins d'eau dont on dispose pendant que la plante est jeune; elle réclame dix-huit arrosages pendant les six premiers mois de sa croissance. Le froid hivernal, lorsqu'il descend au-dessous de zéro, lui cause de grands dommages; aussi, après la gelée extraordinaire qui s'est produite au cours de l'hiver 1879-1880, la presque totalité des cannes plantées dans le Saïd fut-elle anéantie; celles qui survécurent suffirent à peine à la plantation de l'année suivante.

La première récolte n'a lieu que neuf ou dix mois après que la canne a été plantée ; la deuxième est faite un an après la première. Lorsqu'un champ de cannes a donné ses deux récoltes, il est d'usage, en Egypte, de labourer la terre, de la laisser reposer et de la cultiver en «chétoui », soit blé, orge ou fèves, pendant deux années de suite : c'est la rotation quaternale.

Le rendement moyen annuel d'un feddan de terre planté en cannes est de 2o0 kantars, ce qui donne 500 kantars pour deux ans, sur lesquels il faut prélever de 60 à 70 kantars des plus beaux produits, soit 12 ou 14 0/0 de la récolte totale, qui doivent être réservés pour la plantation suivante. En Egypte, le rendement le plus élevé est toujours celui de la première année, contrairement à ce que l'on constate dans les autres pays producteurs de sucre, où les cannes de seconde année donnent toujours une récolte supérieure. Cette anomalie résulte, non de la nature spéciale du sol égyptien, mais de causes qui seront indiquées plus loin.

Les plantations de cannes occupent chaque année une étendue de 70,000 feddans ; le produit de 65,000 feddans est transformé en sucre, mélasse et alcool dans la proportion suivante :

Sucre 60.000 tonnes

Mélasse 15.000 —

Alcool 400 —

Le produit des 5,000 autres feddans est absorbé par la consommation locale.

La Daïra-Sanieh, qui a donné à la culture de la canne à sucre une extension considérable, est le plus grand, pour ne pas dire Tunique producteur de sucres égyptiens ; elles les fabrique dans ses belles usines d'El-Motana, Erment, Dabayeh, dans la Haute-Egypte ; Rodah, Abou-Gourgas, Minieh, Maghagha et Beba dans la Moyenne- Egypte. La Daïra-Sanieh est une des deux grandes administrations agricoles qui, on Ta vu précédemment, relèvent directement de l'État; elle possède près de 500,000 feddans répartis comme suit :

No 39. — SUPERFICIE DES TERRES

RESSORTISSANT A LA DMRA-SANIEH

H^^etMn^-Égypte.

Basse-Egypte . .

Totaux en feddans . . .

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