‹ De l'érudition en général, et de l'érudition médicale en particulier, considérées comme compléments à l'étude et à la pratique de la médecineChapitre 6 sur 18 · XIJ · texte numérisé non relu

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grand mérite et d’un vaste savoir , dans divers ouvrages écrits ex professo , et dans d’autres où l’on remarque la touche et la vigueur des grands maîtres de l’art.

Les auteurs que je cite dans mon travail , ceux que je ne cite pas faute de temps , d’espace , de loisir pour les consulter et pour les compulser , et quelquefois même faute de les avoir à Montpellier, où je me trouve privé de mes livres, etc. ; tous ces auteurs , dis-je , sont connus de mes Juges; ils peuvent donc parfaitement apprécier les difficultés d’un travail pour lequel j’ai certainement bien mesuré le quid valeant humeri du maître, mais auquel j’étais aussi forcé de me soumettre par l’impérieuse raison du moment , le nécessitas urqct , contre laquelle il n’y a qu'à se résigner.

Je n’ai donc rien à dire de nouveau, malgré ce qu’a écrit un ancien , « qu’en changeant la forme on peut devenir auteur. » Ce précepte, plus applicable peut-être à l’éloquence et aux beaux-arts qu’à la médecine , a du reste été déjà tant de fois mis en pratique dans notre art et dans notre science médicale par une foule de plagiaires plus ou moins- effrontés, que vraiment mon embarras ici est très-grand.

Depuis long -temps on a écrit et prouvé qu’il n’y a que des redites dans le plus grand nombre de volumes entassés dans les bibliothèques; et sans remonter aunihil sub cœlo novum de l’Ecclésiaste , de nos jours seulement , le pillage est plus que manifeste , il est éclatant , il est surtout dévergondé , et les journaux de médecine sont tous les jours encombrés de réclamations de priorité qui ne sont pas fondées , et les voûtes des Académies retentissent assez souvent de plaintes du même genre , et

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quelquefois par deux , trois ou quatre personnes de Paris , de Berlin (1) ou d’Italie, en sorte qu’on ne sait vraiment quoi penser dans cette anarchie , ce nouveau brigandage de la médecine et de la chirurgie , qui donnerait matière à plus d’un Gilibert pour de nouvelles Anarchies (2) , et qui fatiguerait la plume des plus infatigables Hecquet de la terre.

Je ne voudrais cependant pas qu’on crût , parce que je vois beaucoup de redites et beaucoup de brigandage ( puisque le mot m’est échappé , et il n’est pas de moi , comme on sait) , que je ne vois en tout que des redites, et que je ne trouve absolument rien de véritablement nouveau et utile.

Ma devise étant en toutes choses la sage maxime qui aurait , mieux suivie , empêché la chute du premier aéronaute , je ne suis ni exclusivement et quand même enclin à me prosterner devant tout bouquin poudreux (3) , ni disposé à courir plein de foi vers la première méthode nouvelle , le premier médicament nouveau (4) , fût - ce

(1) Voyez M. Dieffenbach qui réclame justement de Berlin pour la priorité dans le strabisme. Gazette méd. de Paris, mars 1841.

(2) Tout le monde connaît l’ouvrage de Gilibert , intitulé : l'Anarchie médicinale. Neufchatel 1792, trois volumes in- 12. L’auteur a dédié son ouvrage au savant et consciencieux Haller, qui dit de lui dans une de ses Bibliothèques : « l'auteur présente «un tableau fidèle et animé de tous les abus qui déshonorent l'art » de guérir. »

(3) La superstition qui tient le médecin prosterné aux pieds de l’antiquité n’en fera qu’un vain antiquaire et non un judicieux érudit. ( Percy, art. Erudition, dans le dictionnaire en 60 vol.)

( i) Opinio maximè in medicinâ , crimen vertitur eam adhiben-

tibus: his verô qui in ed se usi sunt , perniciem offert. ( Hippocrates , De decenti ornai u , pag. 24, édition Vander Linden. — Napoli , 1757, in-4°.)

même ma compatriote la Mo nais ia , qui fait à l’heure qu'il est tant de miracles , comme tant («'autres en ont fait avant elle pendant leur règne.

Nier que les modernes font et peuvent faire d’admirables choses , ce serait nier que l’esprit peut progresser, ce serait aimer l’état stationnaire , état contraire à la raison que Dieu nous a donnée pour approfondir la science , et contraire enfin au bien de la nature humaine, qui est notre propre bien et qu’on doit toujours chercher , autant que possible , à améliorer.

Un esprit dominé par ce malheureux travers n’aurait pas admis et accepté , au temps d’IIippocrate lui-même , les améliorations et les bonnes méthodes que le divin vieillard a introduites dans la science , et se trouverait ainsi empêché de profiter d’un des plus grands bienfaits que l’art de guérir ait jamais rc^us de la main , ou mieux du jugement épuré de l'homme.

Mais, pour suivre les modernes ou du moins adopter ce qu’ils ont de bon , et pour ne pas se laisser éblouir ou égarer par leurs opinions , il faut avoir pris connaissance pleine et parfaite ( ce qui n’est pas chose facile ) des travaux des anciens, puisque c’est uniquement là qu’on peut trouver le Mentor qui peut nous garantir des séductions malfaisantes.

Toutefois, partant du principe que j’établis moi-même, que Yérudilion esl le complément et non pas la principale base des études médicales , je suis le premier à dire avec M. Littré , dans sa traduction d’Hippocrate (1) , qu’il

: Dans l'introduction des œuvres complètes d’Hippocrate , et ailleurs dans le même ouvrage. Voir la citation que je lais de ce

faut commencer par la science moderne pour arriver à l’ancienne : il faut s’initier aux mystères dans le péristyle , avant d’aller dans le tabernacle dévoiler et admirer la vérité dans toute sa splendeur -, ce qui n’arrive et n’arrivera jamais qu’aux grands prêtres du temple.

L’érudition est le résultat d’une étude progressive et patiente-, elle n’en est pas le moyen essentiel. Arrivée en son temps , elle fortifie les doctrines sagement tirées de l’autorité des faits ; prise trop tôt , elle peut les embarrasser , les obscurcir , les rebuter.

L’étude des modernes est comme les racines : il faut que l’arbre les pousse assez profondément dans la terre pour pouvoir se maintenir debout. Malheur à lui si le terrain est sablonneux ou mal soutenu ! Mais ces racines auront beau puiser la sève la plus abondante dans le terroir le plus favorable , ce n’est pas assez : il faut que l’arbre ait le feuillage libre et flottant , pour recevoir dans l’atmosphère la salutaire et indispensable influence de la lumière sans laquelle il s’étiole , et qu’il puisse aussi recevoir cette même influence , et de l’électricité qui favorise la végétation , et des gaz qu’il absorbe et qu’il y verse , et de l’humidité si utile enfin qu’il y aspire, etc.; sans cela, la sève et les sucs pompés par les spongioles auront beau être les meilleurs , point de nouveau feuillage , point de fleurs , point de fruits.

Or , on sait l’utilité des feuilles , quand ce ne serait que par le bel ouvrage du pieux et savant Bonnet de Genève , et l’on sait aussi à quoi est destiné , selon l’Evangile , l’arbre qui ne donne point de fruit.

passage dans le verso du titre de celle thèse, loin, l",

IJaris 1839.

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L’érudition , ainsi amenée , est celle qui fait produire les plus beaux , les seuls beaux résultats , à tout homme capable qui s’occupe de médecine , ou de quelque autre science ou art.

C’est avec l’érudition amenée de la sorte, que l’élève ou le nouveau docteur , parcourant la science dans son abondante immensité ( vires acquirü eundo ) , verra son savoir devenir, de petit ruisseau sans nom, rivière respectable.

Je serai souvent forcé et quelquefois conduit malgré moi à citer ou à rapporter les pensées et même les passages entiers des auteurs que , dans un travail pareil au mien, il est presque indispensable de mentionner ou presque impossible de passer sous silence , excepté quand on ne répugne pas au plagiat.

En effet , comment écrire sur l’Erudition sans quelque érudition? Je n’ai qu’à déplorer que la mienne soit encore si restreinte , et je le déplore bien davantage quand je me vois obligé de présenter mon travail fait à la hâte à un des corps savants les plus distingués de l’Europe, à cette célèbre Ecole de Montpellier, dont l’érudition et les saines doctrines sont un apanage séculaire mis en lumière par tant de personnages illustres au profit des vrais sectateurs d'Hippocrate , apanage qui , de nos jours enfin, a été si utilement (1) offert à l’admiration et au respect de l’Europe savante dans les ouvrages de Barthez , de

(I) Les sages doctrines de Barthez , de Bordeu , et celles de VL le professeur Lordat , publiées dans ses ouvrages, ont de tout temps assez remarquablement influence l’Ecole de Paris, dans ce qu’elle possède d’hommes supérieurs par talent, et qui lisent. Ces doctrines ont indubitablement coopéré , dans ces derniers

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Lordat , de Dugès et de Delpech , ouvrages à jamais impérissables comme les types qui leur ont servi de modèles.

Puissent cependant mes savants Juges accorder un peu de leur bienveillante indulgence à la faible thèse que je cherche à soutenir !

Mon but est de faire naître ou de faire dominer davantage , dans la classe honorable qui dans mon pays se dédie à l’étude et à la pratique de la médecine , ce goût de l’érudition qui , de tout temps , a été une des études auxquelles s’adonnaient plus efficacement les médecins les plus célèbres de tous les siècles et de toutes les nations , à commencer par celui qui a écrit De veteri mcdicinâ , et qui a lu tout ce que les anciens avaient écrit avant lui , sans excepter ce qu’avait dit contre ses opinions la célèbre Ecole sa rivale.

Je suis persuadé , mieux que personne , du peu de validité de mon travail pour obtenir le but honorable et patriotique à la fois que je me propose : je le sais. Mais un faible espoir me console et me dédommage : c’est que, parmi mes compatriotes , ce cri lancé dans le désert , sans le porte-voix de la Renommée et de la Fortune , pourra peut-être éveiller, dans quelque esprit impartial , quelque idée favorable au vrai progrès de la bonne médecine ; et que les Brésiliens, qui (on peut sans vanité le dire) ne cèdent à aucun peuple de la Terre pour la capacité

temps , à cette tendance de jour en jour pius croissante que prend l’Ecole de Paris à se dépouiller de ce matérialisme Broussaisien , à qui , même dans la capitale , presque personne ne croit plus , et à ne suivre que la médecine hippocratique.

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intellectuelle et pour l’aptitude aux sciences comme aux arts , voudront bien accepter cette petite pierre que je façonne le mieux que je puis , et que leur offre affectueusement pour le grand Edifice que nous devons nous élever au Bonheur et à la Gloire de notre pays naissant ; je la leur offre de bon cœur comme un tribut qui leur est dû , en attendant que je puisse , après ce long séjour en Europe , travailler plus paisible au sein du foyer paternel.

En terminant cette introduction , je ne saurais trop demander d’indulgence pour le style d’abord et ensuite pour tous les autres défauts et les omissions que le manque de temps et mon peu d’instruction ont laissés dans cette thèse ; mais j’ose espérer que mes Juges et mes lecteurs voudront bien considérer que l'auteur est un étranger qui n’a jamais écrit en français plus longuement que ne le comporte une lettre , et qui a été obligé de tout composer sans avoir trop de temps pour méditer. Je demande donc respectueusement grâce pour le style et indulgence pour les idées.

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