‹ De l'esclavage chez les nations chrétiennesChapitre 5 sur 11 · CL VI, V · texte numérisé non relu

CL VI, V

(2) Ot 5ouXee, wTraxouere xarà wàvra rolç nvploii Jtarà o&pAx.

Ch. in. V. 22.

10 CHAFITBE FBJBMIEB.

comme une chose, rapports qui constituent, par le fait même de leur persistance, une iniquité souveraine. Dans la l'« Épître à Timothée, il veut *^ que les esclaves regardent leurs maîtres comme dignes de tout honneur (1), à ceux qui ont des maîtres chrétiens il recommande de servir encore mieux (2), il ajoute que telle est la saine doctrine de Jésus-Christ et que cette doctrine est selon la piété, et il appelle orgueilleux et ignorant quiconque en enseigne une autre (3). Enfin, dans V Épître à Tite, il recommande encore aux esclaves de plaire en toutes choses à leurs maîtres^ afin d* orner la doctrine du Sauveur (4). Pierre, dans sa

(1) "Ovoi eifflv ùno Çuyôv doûAoi, toù$ ldlou$ SeffTro'ra^ 7rÀ9>}$ rifiiii à^lovi ifysfffOw^av. Ch. VI, V. l*'.

(2) Oî Bk TTtffToùç ^xovTf$ îf^TToVaç fiii xara^/9ov(fT«9ay, Sri ùStlfoi «tfftv, alla /x5X>ov 5ou>8u4Twyav. Ibidem, V, 9.

(3) *£{ Tt$ iTtpoBiSoLVïLeiXtT xal /a*} itposipxsrou ùyiotlvovait Xôyoïç voiç voû x.\jpio\j >î/awv 'hjtxov Xpiaroû x«l rç xar' èwffé6«ta»» iiSocwaXloc, TCTÛ^wTat, pyj^kv l7rtffTà/*«vo5. Ibidem, V. 3 et 4.

(4) Aov^ous d(97roTat$ id£oes ÛTrorÀ^ffSffOat, Iv Trxffiv lu2c/o&9rou$

cevat hcf. Ti)y dt^a^xa^^av r)^v roû vwnq/dof ïj.aâv 6ce0

xov/Aûvtv Iv 7rô(9cv. Ch. II, Y. 9 et 10.

CHÀFIT&E FSEMIEA. 11

1'* Épître, recommande également aux esclaves d'être soumis avec crainte à leurs maîtres (1). Après cela, on attend naturellement des recommandations pour les maîtres, à qui Paul défendait au moins la dureté. Point du tout. Pierre n'a absolument aucune recommandation à leur faire, tant il est apparemment convaincu de la légitimité de leurs droits. Certains traducteurs auraient -ils cherché à se faire illusion à eux-mêmes et à donner le change aux autres sur la portée de ces textes, en traduisant le mot latin servus de la Vulgate par le mot serviteur, qui, dans notre langue, a une acception générale et peut s'appliquer au simple domestique à gages, demeurant toujours libre, aussi bien qu'à l'esclave proprement dit? Pour être fidèle, il fallait absolument traduire par esclave, et l'emploi du mot vague de serviteur semble ici une véritable fraude. Car

(1) Oî oUiroUy ÛTTOTaffffe/xfvot £v Travrl ydêw toIç 5««rflT«c$, où fiôvov ToT$ «va6o7$ xal Inui/.iviv àXXà xal toT$ «xoXtoTs. Ch. n, V. 18.

12 CHAPITRE PBEMIEE.

d'abord personne n'ignore qu'à l'époque où Paul et Pierre sont censés -avoir écrit, les ouvrages serviles se faisaient, dans le monde romain, par le ministère des esclaves. En second lieu, si l'on excepte le verset 18 du chapitre II de la 1«* Épître de Pierre, l'expression grecque ^oûaoç des textes originaux, dans tous les passages que j'ai cités, signifie esclave proprement dit et ne peut pas signifier autre chose. Enfin, dans ces mêmes chapitres de Y Épître aux Éphésiem et de YÉpître aux ColossienSy où Paul recommande si expressément d'obéir en tout aux maîtres comme au Christ, il oppose à l'homme libre le serviteur auquel il s'adresse, et, dans ces deux derniers passages, nos traducteurs eux-mêmes rendent par esclave le mot servus de la Vulgate ; il est donc évident que Paul veut parler de l'espèce de serviteur qui n'est pas libre, c'est*à-dire du véritable esclave. Si les preuves n'étaient pas déjà surabondantes, on pourrait ajouter que, dans YÉpître à Philémon, il lui demande de recevoir en grâce le serviteur Onésime, qu'il lui renvoie; ce qui signifie fort

CHAPIXBX PBEXDEB. 13

clairement que ce serviteur n'était pas libre de quitter son maître, et que par conséquent il était esclave et esclave d'un chrétien que Paul appelle son ami et son aide.

Non seulement donc les livres du Nouveau Testament n'ont pas un seul texte formel contre l'esclavage, mais ce qu'ils en disent est favorable à son principe. D'un autre côté, il ne faut pas oublier que le christianisme, prenant pour point de départ les livres de l'Ancien Testament, les déclare révélés et inspirés par l'Esprit-Saint, tout aussi bien que les livres du Nouveau Testament. Or l'esclavage trouve une justification dans des textes exprès de l'Ancien Testament. Au Lévitique, Dieu permet aux Juifs d'avoir des esclaves étrangers (1). Déjà dans V Exode, chap. XXI, v. 2-6,

(1) • Servus et ancilla sint vobis de nationibus quee in cir- « coita vestro sunt. Et de advenis qui peregrînantur apud M y OS, yel qui ex his nati faerint in terra vestrâ, hos habe- « bitis famulos, et hœreditario jure transmittetis ad posteros ■ ac possidebitis in SBterniun. • Ch XXV, v. 44-46. Voir anssi Genèse, ch. XVII, y. 12.

lé CHAPITEE PBEMIEE.

Moyse avait institué, à l'égard des Juifs achetés par leurs compatriotes, un esclavage en apparence mitigé, mais que les dispositions des versets 4-6 rendent aussi odieux que possible. Au ch. XXIX, V. 19, du livre des Proverbes, il est dit que ce n'est pas avec des paroles que Von coirige un esclave. En effet la parole, expression de la pensée et du sentiment, s'adresse à des personnes. Or les esclaves, aux yeux de leurs maîtres, ne sont pas des personnes, mais des choses comme les bêtes de somme. Les marchands et les possesseurs d'esclaves sont encore aujourd'hui de cet avis, et par conséquent ceux d'entre eux qui sont chrétiens, peuvent appliquer en toute sûreté de conscience les autres modes de correction que chacun sait et dont le livre de V Ecclésiastique nous donne le détail suivant. A l'esclave il faut comme à l'âne, ni plus ni moins, de la pâture, des coups et du travail. Toutefois, comme il ne pourrait être astreint à manger au râtelier de l'âne , il reçoit du pain; mais par combien de désavantages est compensé ce privilège qu'il a sur son compagnon

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d'infortune ! L'âne ne connaît que le joug et la courroie; lorsque sa peau est devenue calleuse et qu'il a fourni sa tâche, il peut reposer en paix. L'esclave ayant une tendance perpétuelle à vouloir être libre, on ne doit point lui lâcher la main, mais il faut l'assouplir par un travail continu; il faut, s'il a un mauvais vouloir, s'il n'obéit pas, le dompter /?ar la torture et par les fers aux pieds (1). Ne dirait-on pas que ces règles ont été tracées de nos jours par un conducteur de nègres? Le Juif, le chrétien, qui les croit dictées par Dieu même, a-t-il le droit d^demander l'abolition de l'esclavage? Ceux qui aujourd'hui encore exploitent les

(1) » Gibaria et yirga et onus asino : panis et disciplina et

* opus servo. Operatur in disciplina et quœrit reqoiescere : « laxa manus îUi et qnœrit libertatem. Jogom et lorom cor- « yant coUom dumm, et servnm inclinant operationes assi- ■ duœ. Servo malevolo tortura et compedesj mitte illum in « operationem ne vacet : multam enim malitiam docoit otio- M sitas. In operâ constitue eum; sic enim condecet illum.

* Qubd si non obaudierit, curva illum compedibus. » Ch. XXXni, V. 2530.

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hommes comme des bêtes, ne peuvent-ils pas venir, la Bible à la main, répondre qu'ils ne font que mettre en pratique les préceptes que Juifs et chrétiens proclament divins? Pour que la dérision s'ajoute à la cruauté, ces prescriptions sont immédiatement suivies de paroles doucereuses qui recommandent d'aimer comme soi-même et de traiter en frère un esclave fidèle, parce que, dit le texte au possesseur, tu Vas acquis dans le sang de Fâme, ce qui est un motif très peu intelligible (1). Quelle moquerie ne serait-ce pas que d'oser dire que l'on aime comme joi-même et qile l'on traite en frère un de ses semblables que l'on retient dans l'esclavage? La première chose à faire, si l'on éprouvait réellement de pareils sentiments, ne serait-elle pas de se hâter de briser ses chaînes? On pourrait croire que c'est là ce qu'a voulu dire l'auteur sacré, dans un autre

(1) » Si est tibi seryus fidelis, sit tibi quasi anima tua; quasi

• fratrem sic eum tracta, qaoniam in sanguine animœ com-

• parasti illum. • Y. 31,

CHAPITBS PBEKISB. 17

endroit où il recommande de ne pas priver de la liberté et de ne pas laisser dans l'indigence un esclave sensé (i). Mais, dans ce dernier passage, il ne peut évidemment être question que de l'esclave d'origine hébraïque et qui devait être libéré la septième année, tandis que l'esclave de race étrangère devait demeurer, ainsi que sa progéniture, un objet de possession perpétuelle. Il demeure donc établi que les livres soit de l'Ancien soit du Nouveau Testament, loin de condamner l'esclavage, lui fournissent au contraire un appui. Un chrétien conséquent ne doit donc pas se croire le droit de le condamner comme une chose radicalement mauvaise de sa nature; il ne peut pas le regarder comme contraire à la justice, sans se déclarer par là même plus éclairé et plus saint que son Dieu, et sans s'inscrire contre les révélations qu'il dit en avoir reçues. Aussi n'existe-t-il

(1) « Seryus sensatus sît tibi dilectas quasi anima tua ; non « de&audes illum libertate neque inopem derelinquas illum. « Ch. VII, V. 23.

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