‹ De l'esclavage chez les nations chrétiennesChapitre 8 sur 11 · CHAPITRE FEE3C1EB · texte numérisé non relu

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n'a condamné directement l'esclavage comme une chose radicalement mauvaise et à laquelle il fallût mettre immédiatement un terme. C'est un fait que nos adversaires eux-mêmes sont obligés d'avouer : « Pendant ces trois premiers siècles, « dit M. Edouard Biot, époque de persécution et « de tolérance alternative pour le christianisme, « nul, parmi ses défenseurs ou ses ennemis, ne « parle de la suppression de l'esclavage, comme con-

« séquence de la doctrine nouvelle Les Pères

ce de l'Église comme les apôtres prescrivent la « soumission mémq aux maîtres yifidèles. » (1) M. Granier de Cassagnac range parmi les préjugés historiques et philosophiques de notre siècle l'opinion des personnes qui veulent que Jésus- Christ soit expressément venu abolir l'esclavage et proclamer l'égalité des hommes, et il ajoute que le christianisme a toujours justifié et maintenu l'escla-

(1) De l'abolition de V esclavage ancien en Occident^ Ile partie, 3e section; et Ille partie, Ire période, ch. IV, Paris, 1840.

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vage (1). La conclusion qui découle naturellement de ces aveux est accablante : aussi les apologistes chrétiens se mettent-ils l'esprit à la torture pour y échapper. Les deux auteurs que je viens de citer s'efforcent de voir une preuve de haute sagesse dans cette absence même de décision contre l'esclavage. M. Biot revient souvent sur cette explication : « Le christianisme, dit-il, fait ce qu'il

(1) Voyage aux Antilles ^ Ile partie, ch. XV, Idées du christianisme sur V esclavage ^ § 1er, Paris, 1844.

En citant ces^eux auteurs comme nos adversaires, je ne les mets pas sur la même ligne. M. Edouard Biot est de ces chrétiens qui voudraient bien être en même temps un peu philosophes, qui reconnaissent l'illégitimité de l'esclavage, et qui, tout en avouant que la doctrine chrétienne ne Ta point condamné directement, lui attribuent l'intention de l'abolir et le mérite d'y avoir réussi. M. Granier est de ces chrétiens tout d'une pièce, qui professent une haine énergique pour la philosophie, qui ne voient rien de radicalement mauvais dans Tésclavage, et qui avouent bravement que le christianisme ne s'est nullement proposé de l'abolir et qu'il l'a au contraire justifié et maintenu. Loin donc de complimenter faussement le christianisme d'avoir fait ce qu'il n'a

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« doit ; il prend l'ordre politique de la société comme « une condition donnée à laquelle il faut se sou^ « mettre; il admet comme un fait resclavage tem-

« porel Bien que les lois sur l'esclavage sub-

« sistassent dans toute leur intégrité, l'esclavage « personnel, déjà bien modifié, bien effacé par la « dégradation des Romains, s'anéantissait insen- « siblement sous l'action morale du christianisme. « Cette marche était la seule qui pût rémsir pour

pas fait, ils le louent de ne l'avoir pas fait. Ces derniers adversaires sont, comme on voit, plus nets et plus logiciens que les premiers : aussi notre tâche avec eux est-elle beaucoup plus simple ; car nous sommes dispensés de chercher à les attirer à nous, du moment qu'ils déclarent ne vouloir être philosophes en aucune mesure. Le livre de M. Granier semble avoir spécialement pour but de réhabiliter l'esclavage. On peut voir en particulier, dans la Ire partie (Paris, 1842), le chapitre IX, intitulé Les Noirs, où il décrit la condition des esclaves nègres aux Antilles françaises comme un vrai paradis. Si ce n'est pas en soi une idée très heureuse que de célébrer les douceurs de l'esclavage, on est obligé de convenir au moins qu'une pareille entreprise, en plein xixe siècle, ne manque pas d'un certain courage.

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« régénérer la société humaine. Car, avant de supa primer les esclaves, il fallait que la société fût « intellectuellement et moralement digne de ce per- « fectionnement, et toute autre marche plus rapide ce n'eût fait que renouveler les excès des révoltés de

« Sicile et des compagnons de Spartacus Dans

« Toccident de l'Europe, comme dans l'empire « d'Orient, l'influence du christianisme pour la « suppression de l'esclavage a été toute morale, « et elle ne pouvait être différente. Le christia- « nisme ne pouvait inscrire la nécessité de Vaboli- « tion de l'esclavage au nombre des lois et troubler « ainsi tout l'ordre social (1). » Sophismes que tout cela! Non, le christianisme ne fait pas ce qu'il doit, en prenant l'ordre politique comme une condition à laquelle il doive se soumettre, si cet ordre politique est fondé sur des institutions immorales. La doctrine chrétienne n'est-elle pas donnée par ceux qui l'enseignent, pour une doc-

(1) lie partie, 3e section ; et Ve partie, Considérations préliminaires.

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trine émanant directement de Dieu, et non pour une doctrine humaine? Or un législateur religieux peut- il tenir pour respectables des désordres sociaux qu'il a précisément pour but de faire cesser, et ne faut-il pas qu'il définisse nettement ce qui est bien et ce qui est mal, et qu'il prescrive de faire l'un et d'éviter l'autre? Peut-il admettre à cet égard des ménagements, des accommodements, comme le fait le législateur humain dont la science, la moralité et la puissance sont si bornées, et qui n'étant chargé de légiférer que pour un temps et des circonstances données, se croit obligé de tenir compte de ces circonstances et de recourir à des demi-mesures et à des atermoiements? En raisonnant ainsi, on fait une œuvre purement mondaine d'une œuvre qu'on donnait pour divine; bien plus, on ravale Dieu au niveau de ces législateurs, qui , sous prétexte d'attendre que les sociétés soient dignes des perfectionnements qu'elles réclament, ne sont jamais pressés de les régénérer^ qui ont toujours peur de marcher trop rapidement issis la voie du progrès, et qui, diffé-

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rant toujours âHïiscrire au ixomh^e des lois les mesures les plus justes et les plus urgentes, de crainte de troubler l'ordre social, ne s'aperçoivent pas que ce sont leurs frayeurs mêmes qui engendrent les Spartacus et font naître ces révoltes q\x*ils avaient pour mission de prévenir en en supprimant les très légitimes causes.

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