‹ De l'esclavage [Texte imprimé]Chapitre 21 sur 30 · GG · texte numérisé non relu

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le grand mobile du travail. Ce n’est pus la souffrance, c’est la crainte du fouet qui nous fait horreur; ce que nous détestons c’est la terreur remplaçant les causes naturelles et honorables des actions humaines. 11 n’importe qu’on frappe peu ou beaucoup. Un seul coup donné à un seul esclave, est une blessure faite à l'Ame de tous ceux qui le voient ou l’entendent. Il les dégrade tous, il les rend tous serviles. Ce n’est pas du mal fait à la chair quenousnousplaignons.ee dos déchiré n’est rien auprès de l’outrage faità l’Ame. Vous avez, fait entrer dans ce coeur des passions infernales et la soif de la \ engeance, ou, ce qui est peut-être plus triste, vous l’a\ez brisé, abruti, l/esprit de l’homme a péri sous vos mains, autant du moins qu’une force humaine peut le détruire.

Je sais que quelquefois, pour répondre à ces remarques, on prétend que la nécessité domine tous les hommes. les esclaves aussi bien que les autres; la faim et la soif, nous dit-on, sont aussi des maîtres; personne n’aime le travail pour le travail même; les souffrances que nous infligent les lois de la nature, les éléments et les saisons, sont autant de coups de fouet qui nous poussent à notre tâche de chaque jour. Soit. Les deux cas, néanmoins, diffèrent essentiellement. La nécessité que nous imposent les besoins naturels est bienveillante dans son objet. Elle éveille toutes nos facultés, donne un plein essor au corps et à l’Ame, et nous inspire un sentiment plus vif de la force que Dieu nous a donnée. ]\'ous sommes, il est vrai, soumis à une nature sévère; placés au milieu d’éléments qui nous font la guerre : la chaleur qui nous brûle, le froid qui nous glace, les tempêtes, la stérilité, la maladie, la mort. Mais quelle est l’intention de la Providence? C’est d’exercer nos forces,

do nous imposer de grands devoirs, de faire de nous des êtres meilleurs. Nous sommes placés au milieu d’une nature hostile, non pour lui céder, non pour en être les esclaves, mais pour la vaincre, pour en faire le monument de notre habileté et de notre puissance, pour nous armer de ses éléments, de sa chaleur, de ses vents, de ses vapeurs, de ses richesses minérales, pour trouver, dans ses variations pénibles, des occasions, des motifs d’invention, de courage, de patience, d’afTection mutuelle et de foi. Le développement de toutes les facultés, de tous les sentiments de la nature humaine, est le but de cette dure nécessité que la nature nous impose. Est-ce donc là ce que le fouet tire de l’esclave?

Allons plus loin . la nature, en nous donnant l’énergie, le talent, l’économie, nous permet de prévenir nos besoins, et d’accumuler des ressources, de façon à diminuer le travail, et à y mêler des occupations plus intellectuelles et plus libérales. La nature ne nous impose pas une tâche invariable, mais une tâche que nous pouvons alléger, par un travail honnête et par l’économie. Elle nous invite donc à secouer son joug, et s'offre à nous servir. Est-ce l’invitation (pie le maître fait a scs esclaves? Son intention est-elle d’éveiller les facultés de ceux sur lesquels il rejetle tout le poids de la vie? Entend-il leur donner sur lui-même un empire croissant? Son but, au contraire, n’est-il pas de courber leur volonté, de briser leur esprit, de les river à tout jamais au triste métier qui les dégrade? Oh! ne profanez pas la nature, ne blasphémez pas ses lois maternelles, eu lui comparant le propriétaire d’esclaves !

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