‹ De l'esclavage [Texte imprimé]Chapitre 27 sur 30 · UT · texte numérisé non relu

UT

particulier, aux convenances, à la flatterie ou à là peur.

Rester fidèles à nos principes n’est pas un devoir fa* cile à remplir. En ce moment une immense pression chasse le Nord de son véritable terrain. Que Dieu le préserve de toute faiblesse; qu’il ne trahisse ni la liberté ni la vertu ! Certes , je n’ai pour le Sud que de la bienveillance; mais j’exprime l'opinion générale , en disant que le Sud a trop souvent pris en face du Nord le ton d’un supérieur, ton qu’il empruntait, sans s’en apercevoir, aux habitudes de commandement que lui donne malheureusement son état social. Je dois ajouter que. devant cette hauteur, le Nord n’a pas toujours eu un sentiment d’égalité assez énergique , ni le juste respect de soi-méme. Je n’essaierai pas d’en expliquer les causes, mais je crains qu’on ne, puisse pas nier l’effet. Oh dit que ceux qui ont représenté le Nord dans le Congrès , n’en ont pas toujours représenté l’honneur, ni la dignité ; qu’ils ne se sont pas toujours tenus droits devant l’orgueilleux maintien du Sud. C’est là qu’est le danger. Le Nord sera sans doute juste envers le Sud, il faut qu’il soit juste aussi envers lui-même. Le temps est passé de la flatterie , de la servilité , des compromis de principe , de l’oubli de nos droits. Le temps est venu de montrer un esprit viril , un esprit qui estime la liberté, la justice, l’humanité, la morale et la religion, plus que la vie.

N’imaginez pas que je recommande au Nord ce qu’on nomme « de la chevalerie, » c’est-à-dire un esprit dont le pistolet du duelliste est le meilleur emblème et qui termine les controverses avec du sang. Un chrétien, un homme civilisé ne verra dans cette prétendue che-

valerie que barbarie , ignorance de la vraie grandeur, impuissance de comprendre les divines vertus de Jésus- Christ. Je ne demande pas aux hommes du Nord de nous rapporter cet esprit d’où que ce soit. Mais je leur demande d’affronter cette « chevalerie » avec la dignité du courage moral et de l’indépendance morale. Qu’ils n’oublient ni la politesse et la déférence qu’on doit aux opinions^d’un adversaire, ni la franchise et la fermeté avec laquelle on doit soutenir ses convictions. Comprenons la haute position que nous occupons dans la question de l'esclavage , et n’en descendons jamais pour (caresser les préjugés ou pour désarmer la passion. Respectons la tranquillité du Sud, tout en manifestant notre inflexible adhésion à la cause des droits de l’humanité et de la liberté.

J’insiste sur ce point , parce que je vois le Nord céder à la véhémence du Sud. Dans nos dernières « résolutions » il s’est manifesté un esprit dont nos enfants rougiront, si nous n’en rougissons pas nous-mêmes. Dernièrement le bruit a couru que certains de nos citoyens voulaient supprimer par une loi toute discussion, toute expression d’opinion sur l’esclavage, et livrer au Sud ceux d’entre nous qu’on accuserait d’exciter à l’insurrection. De tels empiétements sur nos droits ne sont pas supportables. Nous ne sommes pas encore tombés si bas. Quelques généreuses inspirations, quelques échos de la vieille éloquence de la liberté, viennent encore de nos pères jusqu’à nous. Si de pareilles atteintes pouvaient être supportées, est-ce que le sol de la Nouvelle Angleterre, si longtemps foulé par des hommes libres , ne tremblerait point sous les pas de ses enftmts dégénérés? Nous n’y sommes pas préparés. Mais

ce ton de faiblesse et de complaisance , auquel nous semblons préparés , peut être le commencement de concessions dont un jour nous nous repentirons amèrement.

Les moyens dont le Sud se sert pour amener le Nord à céder demandent une attention particulière. Je ne rappellerai pas le dédain avec lequel on parle de l’avarice de la Nouvelle -Angleterre , ou des menaces qu’on adresse à notre cupidité , pour nous imposer silence au sujet de l’esclavage. Un tel langage ne m’émeut nullement. Je ne demande qu’une chose , c’est de ne pas donner lieu à ce qu’on nous l’applique. Nous le supporterons facilement si nous ne le méritons pas. Notre mère -patrie a été appelée une nation de boutiquiers , et ce nom ne doit pas irriter la Nouvelle-Angleterre. Seulement ne justifions pas l’opinion qui affirme que tout notre esprit est dans nos boutiques; que nous plaçons l’art des affaires au-dessus de tous les arts, de toutes les sciences, de toutes les qualités et de toutes les vertus ; que plutôt que de perdre les fruits du labeur servile, nous riverions les chaînes de l’esclave; que plutôt que de perdre un marché , nous jetterions à l’eau notre honneur ; que plutôt que de sacrifier le gain présent , nous manquerions à ce que nous devons à nos pères et à nos enfants, à nos principes et à Dieu. S’indigner des reproches ou s’en venger ne serait ni sage ni chrétien. La seule vengeance digne d’un honnête homme, c’est de tirer des reproches un préservatif contre la bassesse , un encouragement à plus de vertu et plus de générosité. Depuis longtemps on accuse la Nouvelle-Angleterre d’avoir un esprit sordide et calculateur, et de n’adorer que l’argent. Montrons que nous

avons des principes, près desquels la richesse du monde entier ne pèse pas plus que l’air. On dit souvent qu’il n’y a pas sous le ciel une société où l’intelligence et le saine moralité soient plus répandues que dans la Nouvelle-Angleterre ; ne souffrons pas que la juste influence d’une pareille société soit diminuée par un acte qui donnerait au préjugé l’aspect de la vérité.

Il est à craindre que les États libres n’aient une lutte à soutenir. Puissent-ils s’y comporter d’une manière digne de leur indépendance! L’excitation du Sud ne se calmera guère sans qu’on essaie d’arracher aux États libres des 'concessions qu’ils ne peuvent pas faire. Ici on a changé de ton sur la question de l’esclavage. Le langage est plus violent, et moins franc qu’autrefois. Jadis l’esclavage était reconnu comme un mal. Maintenant on déclare que c’est un bien. On nous a même dit , et je ne parle pas d’une poignée d’enthousiastes qui ne sont que de simples particuliers, je parle d’hommes qui sont dans la position la plus élevée, et qui jouiseant de l’influence la plus étendue dans le Sud , on nous a dit que l’esclavage était le sol où la liberté politique jetait ses plus profondes racines, et que Jes institutions républicaines n’étaient jamais plus en sûreté que là où les classes ouvrières sont réduites en servitude. Certes , nulle assertion de l’abolitioniste le plus effréné ne peut choquer le propriétaire d’esclaves autant que cette nouvelle doctrine doit choquer le peuple du Nord. Lalibcrté, avec un esclave pour piédestal et une chaîne à la main, est une image qui révolte et nos intelligences et nos cœurs. On ne peut imaginer une doctrine plqs blessante, plus insultante pour les artisans, les cultiva^ leurs , les ouvriers du Nord que cette étrange hérésie.

Jamais les conseillers du despotisme n’ont inventé une doctrine plus injurieuse , et en même temps plus fatale aux institutions républicaines. Cependant elle ne nous met pas hors de nous-mêmes. Si je la rappelle, c’est pour montrer comment on défend l’esclavage , c’est afin que les États libres sentent combien ils ont besoin de calme et d’énergie , pour demeurer fidèles à leurs principes de liberté.

Ici on craint beaucoup que l’ünion ne soit brisée par la querelle de l’esclavage. Pour détourner ce malheur, on doit tout sacrifier, hormis l’honneur, la liberté et les principes. Personne plus que moi n’estime l’Union. Peutêtre , me sera-t-il permis de dire que mon attachement n’est pas un amour ordinaire. La plupart d’entre nous egüment l'Union comme un moyen , pour moi c’est une fin. On veut la conserver pour la prospérité dont elle est l’instrument; je l’aime et jejla veux conserver pour ellemême. On l’estime parce qu’elle favorise les améliorations publiques , et qu’elle facilite le commerce ; moi , j’estime ces améliorations et ce commerce surtout parce qu’ils favorisent l’Union. Je demande au gouvernement général de nous unir, de nous maintenir en paix comme des frères ; et je me soucie peu du reste. Voilà comment j’aime l’Union. Après la liberté , c’est le plus grand intérêt de la nation. On doit lui faire tous les sacrifices pécuniaires qu’elle peut demander. Ces politiques qui calculent le prix de l’Union , et qui sont prêts à y renoncer, parce que la séparation les enrichirait , me semblent avoir perdu la raison. Et cependant, si l’Union ne peut être conservée qu’en enchaînant la parole et la presse , qu’en défendant de discuter un sujet qui embrasse les droits les plus sacrés et les intérêts les plu»

chers de l’humanité , c’est l’acheter trop cher que de la payer de ce prix ; ce n’est plus alors un noble lien , c’est, la ligue du crime et de l’infamie. Nulle parole ne peut exprimer notre attachement à l’Union ; nous lui sacrifierons tout hormis la Vérité, l’Honneur et la Liberté. Cela , nous ne le sacrifierons jamais.

Que les États libres soient fermes, mais patients , mais endurants, mais calmes. Ils ne peuvent pas espérer que le propriétaire d’esclaves sache toujours se dominer. Dans sa position, il serait plus qu’un homme, s’il se contenait dans les bornes de la modération. Il ne peut pas avoir cette tranquillité d’esprit qui vient de la conscience. Sur ce point de l’esclavage il a toujours été susceptible jusqu’à l’excès. On doit s’attendre à beaucoup d’irritation; il faut donc beaucoup de patience. On peut tout céder excepté nos principes et nos droits.

L'œuvre que je m’étais proposée, est maintenant achevée. Je demande pour ces pages la bénédiction divine, et j’espère qu’elle leur sera accordée , si elles expriment la vérité, si elles respirent un esprit de justice èt d’humanité. Si j’ai rien écrit sous l’influence du préjugé ou de la passion, si j’ai manqué de charité, j’en demande pardon à Dieu et aux hommes. J’ai parlé avec énergie, non pour offenser ou chagriner personne, mais pour produire en autrui des convictions aussi profondes que les miennes. Rien n'a pu me décider à l’étude de ce pénible sujet , si ce n’est une conviction qui chaque jour me presse avec plus de force et me crie que l’époque demande l’exposition franche et complète de la vérité. Les derniers mois ont augmenté mes inquiétudes. Il me semble que le sentiment public perd de sa vivacité et de sa vigueur. Je vois des svmp-

tûmes qui indiquent le déclin du vieil esprit de liberté. On dirait que les opinions serviles gagnent du terrain chez nous. La foi de nos pères dans lesinstitutions libres s’est affaiblie, et l’on commence à désespérer du progrès de l’humanité. J’ai vu une disposition à se moquer des droits abstraits, à parler de la liberté comme d’un rêve, et des gouvernements républicains comme étant bâtis sur le sable. J’ai vu les cœurs faiblir quand il s’agissait des droits de l’homme. La condamnation qu’on a porté contre les abolitionistes , est devenue un acquiescement à l’esclavage. De l’esclave, les sympathies de la société ont passé au maître. La doctrine impie que les lois humaines peuvent abroger les lois divines, et changer un pouvoir injuste et oppresseur en un droit moral , a de plus en plus pénétré dans la conversation et dans la presse. Avec des idées aussi tristes et aussi graves sur l’État de la société, je ne pouvais me taire; et tout en reconnaissant ma faiblesse et mon imperfection, je remercie Dieu de ce que j’ai pu offrir cet humble tribut, ce faible mais sincère témoignage , cette expression de fidélité et de dévouement à la cause de la liberté , de la justice et de l’humanité.

Après avoir indiqué les circonstances qui m’ont poussé à écrire , il me reste à dire qu’elles ne me découragent pas. Quand bien même de plus sombres présages nous entoureraient , je ne désespérerais pas. Avec la foi de celui qui vint préparer les voies au Grand Libérateur, je sens et je puisdireque le royaume du Ciel , le règne de Injustice et de l’amour sont proches, et que toute chair verra le salut de Dieu. Je sais, et je me réjouis de savoir, qu’une force plus puissante que les préjugés et que l’oppression des siècles, travaille sur la terre

pour la rédemption «lu monde ; c’est la force de la vérité et de la charité chrétiennes. Elle est descendue du Ciel dans la personne du Christ. Elfe s’est manifestée dans sa vie et dans sa mort. Elle s'est élancée victorieuse delà croix pour vaincre encore. Sa mission est « de prêcher la délivrance au captif, et de mettre en liberté ceux qui sont enchaînés. » Elle a ouvert bien des prisons ; elle est faite pour briser toutes les chaînes. J’ai foi dans son triomphe. Je ne désespère pas, je ne puis pas désespérer!

KOTE .

J’avais l’intention d’adresser un chapitre au Sud, mais j’ai jugé à propos d’y renoncer. Je demande, néanmoins, à dire que dans ce que j’ai écrit il n’est rien qui m’ait été inspiré par un sentiment de malveillance envers le Sud ; car nulle part mes ouvrages n’ont été mieux accueillis ; nulle part je n’ai reçu des marques de sympathie plus vives. Certes , je ne suis pas insensible à de pareils témoignages , et si je n’avais consulté que mes sentiments personnels j’aurais effacé toute expression de nature à affliger ceux dont je n’ai reçu que des preuves de bienveillance.

Ce que je voulais montrer aux propriétaires d’esclaves c’est que l’excitation qui règne aujourd’hui dans le Sud est plus dangereuse et prête plus à l’insurrection , que tous les efforts des abolitionistes , si criminels qu’on les suppose. Je voulais aussi rappeler aux hommes de principes, aux hommes influents du Sud, la nécessité d’arrêter les procédés illégaux qu’on emploie contre les citoyens du Nord. On nous parle de nombreuses sous-

criptioas qui ont pour objet de saisir quelques-uns des abolitionistes dans les États libres, afin de les transporter dans le Sud où ils trouveraient le sort que , dit-on , ils méritent. Sans doute, les honnêtes gens ne sont pas responsables de ces excès. Mais est-ce que la politique aussi bien que les principes n’exigent pas qu’ils s’y opposent énergiquement? Aujourd’hui les Étals libres ont plus de sympathie que jamais pour le Sud. Mais suppose-t-on qu’ils souffriront ces enlèvements , ces violences , ces assassinats? Est -ce qu’un pareil outrage ne les ferait pas sentir et agir comme un seul homme ? Est-ce qu’ainsi on n’identifierait pas la cause des abolitionistes avec nos droits les plus sacrés? L’enlèvement, le meurtre d’un seul abolitioniste feraient plus pour la destruction violente de l’esclavage que mille sociétés ne le peuvent faire. Le nom de la victime deviendrait sacré. Le jour de sa mort deviendrait un anniversaire solennel et qui remuerait toutes les âmes. Le cri du sang retentirait dans Jout le pays , pénétrerait dans toutes les demeures , et aurait un écho dans tous les cœurs. Avec les lumières de notre , époque , est-ce qu’on a besoin d’apprendre que l’enthousiasme n’est pas une flamme qui s’éteigne avec du sang? Sur ce point les gens de bien, les sages, les amis du pays dans le Nord aussi bien que dans le Sud ne peuvent avoir qu’une opinion , et si la presse ; qui , je suis fâché de le dire , a gardé un fatal silence au milieu de la violation des lois et des droits, faisait entendre un langage franc et sincère , le danger disparaîtrait.

Les idées et les principes que défend cette brochure soulèveront beaucoup d’opposition , et, ce qui m’afflige surtout, déplairont non-seulement aux gens égoïstes

et violents , mais aux hommes vertueux et honorables , dont la fausse position ne comporte guère un jugement impartial de l’esclavage, en même temps qu’elle rend excessivement sensible à tout ce qu’on écrit sur ce sujet. Je ne chercherai pas, néanmoins, à défendre ce que j’ai dit. Si les principes que j’ai posés sont vrais, ils resteront. Je ne vois nul avantage à engager des discussions particulières. Les passions égoïstes excitées par de pareilles collisions l’emportent trop souvent sur l’amour de la vérité ; et sans cet amour, on ne peut défendre la vérité de façon digne d’elle. 11 est surtout important , quand il s’agit de l’esclavage , que la discussion soit calme, générale, sans personnalités. C’est ainsi, je crois , que le sujet sera le mieux compris par tous les partis. Je serais heureux de voir que l’esclavage a une influence moins dégradante que je ne l’ai affirmé. Comme j’accueillerais avec joie une vue meilleure de la vie et de l’humanité! Mais pourtant il faut voir les choses telles qu’elles sont, et ne pas reculer devant la vérité la plus pénible.

Je finis en ajoutant que seul je suis responsable de ce que j'ai écrit. Je ne représente nulle société, nul parti , nul intérêt local. Je n’ai écrit à l’instigation de personne, avec les encouragements de personne, mais sous le seul empire de mes convictions. Si j’ai mal fait, c’est sur moi seul que le blâme doit retomber.

SOTE POCB I.A QCATBIÈME ÉDITION.

En commençant le chapitre de l’abolitionisme , j’ai exprimé mon respect pour les quelques abolitionistcs que j’ai connus. Je suis obligé de dire qu’ayant eu occasion d’en voir et d’en entendre davantage , je suis plus que jamais convaincu de leur honnêteté et de la pureté de leurs vues. J’ai parlé franchement de leurs erreurs; mais elles ne doivent pas nous aveugler sur tant de vertus et de sacrifices , et surtout elles ne doivent pas nous prévenir contre les vérités ainsi défendues. Il ne faut pas renoncer à de grands principes parce qu’on les a établis avec peu de sagesse. Il ne faut pas nous refroidir pour une bonne cause, parce que ses défenseurs ont plus de zèle que de jugement. Les dangers qu’elle court doivent nous y attacher plus étroitement , et nous devons tout faire pour que ses soutiens usent de moyens convenables et effectifs.

En cherchant les moyens de faire disparaître l’esclavage , j’ai exprimé mes craintes quant au résultat de l’expérience qui se fait maintenant dans les Antilles. Je suis heureux de dire que toutes les nouvelles diminuent notre inquiétude. Il est prouvé que dans quelques-unes de ces îles , la propriété foncière a augmenté de valeur depuis l’émancipation, et que les importations se sont considérablement accrues. J’ai entendu dire qu’un colon qui habite ici et qui était opposé à l’émancipation parle maintenant dcsapropriété comme étant d’un meilleur revenu qu’auparavant. On sait que ce grand changement s’est fait sans trouble , et c’est là le point essentiel. Sans doute, l’expérience n’est pas complète,

et tout ce qu’on dit ne doit pas être cru à la légère, mais le succès a jusqu’ici surpassé l’attente de tout le monde, hormis Jes abolitionistes. Jusqu’ici ils ont été les prophètes les plus vrais. Puissent les événements imprimer le sceau de la vérité à toutes leurs prédictions ! Ce pays n’a pas de plus grand intérêt que le succès de l’émancipation dans les Antilles. Avec cet exemple devant nous , la destruction de l’esclavage serait aussi rapide qu’elle est sûre.

Nulle partie de mon livre n’a plus blessé que celle où j’ai prétendu que l’esclavage accroît l’infidélité conjugale chez les maîtres. Je ne parle pas des injures qui m’ont été prodiguées ; si je n’avais reçu que des injures , je ne présenterais pas au public les remarques suivantes. Mais un homme d’un noble caractère, M. Leigh, de la Virginie, a solennellement protesté dans Je sénat des États-Unis contre ce que j’ai a\ancé, et ce serait lui faire tort que de le confondre avec les politiques vulgaires , trop communs dans le congrès aussi bien qu’ailleurs, qui sont toujours prêts adiré la première chose venue ou toute espèce de chose qui peut servir leur intérêt.

M. Leigh exprime sa mûre conviction que la'Gdélité conjugale n’est nulle part plus respectée que dans lè Sud. On remarquera que , dans mon livre , je n’ai pas parlé en particulier des États américains qui possèdent des esclaves , mais des pays d’esclaves en général , et que je n’ai pas raisonné d’après des rapports et des documents , mais d’après les principes de la nature humaine et l’essence même delà servitude. Je sens qu’un tel raisonnement ne peut me tromper; mais j’ajoute ce que j’ai évité de dire en commençant, c’est que je

n’aurais pas porté cette accusation contre l’esclavage , si çe.grand argument liré de la nature humaine n’avait été corroboré par toutes les preuves que le cas peut admettre. Ce n’est pas ma seule opinion que j’exprime , c’est l’opinion commune, je peux même dire l’opinion universelle du Nord; bien plus, c’est l’opinion publique du monde civilisé.

Dans toute ma vie , je n’ai pas rencontré une seule personne qui doutât de l’influence désastreuse que l’esclavage exerce sur les relations domestiques. Jehe crois pas que dans le Nord, parmi les gens bien informés, il y ait un seul individu qui suppose que les obligations du mariage soient aussi respectées dans les États qui possèdent des esclaves, que dans les États libres. En lisant le discours de M. Leigh, j’ai résolu de faire des recherches avec l’intention de rétracter mon erreur à la face du monde si je trouvais des raisons pour m’accuser de précipitation. J’ai demandé l’opinion des personnes dont l’autorité me semble la plus digne de confiance . et on m’a assuré que je n’avais dit que la vérité. Je ne puis dire le nombre de gens qui m’ont parlé sur ce potnt de la façon la plus expresse ! Dans mon livre je n’ai exprimé que l’opinion générale du Nord et je m’attendais aussi peu à voir contester l’exactitude de ce que j’avançais qu’à entendre nier l’esclavage. Je n’accuse point M. Leigh qui est connu parmi nous comme un homme vertueux et qui fait honneur à son pays; mais je présume qu’en comparant le Sud au Nord, il a parlé sans une connaissance suffisante de ce dernier pays. Aussi je n’ai pu ni n’ai dû effacer de mon livre le passage qui l’a offensé, quoique j’en aie un peu adouci la forme. Si je connais bien mon cœur, ce serait

pour moi une grande joie de pouvoir l'effacer entière» ment.

Il est un passage que j’avais préparé pour cet ou* vrage , et que je regrette de n’y avoir pas inséré. Au chapitre des Explications , après avoir cité des exemples qui attestent l'excellence morale et religieuse qu’on trouve dans les Étatsà esclaves, j’exprimais en peu de mots mon admiration pour les vertus et les perfections des femmes du Sud. J’avais écrit ces lignes avec chaleur; car elles m’étaient dictées par la reconnaissance des bontés inépuisables que j’avais reçues d’une femme , pendant le séjour que je fis dans le Sud au temps de ma jeunesse. Ce serait pour moi un grand plaisir de publier maintenant ces réflexions , si elles n'avaient été détruites avec le manuscrit dont elles faisaient partie; car elles exprimaient des sentiments que le temps n’a pu que fortifier. A près un long examen , j’omis ce passage dans la première édition pour des raisons que je n’approuve plus aujourd’hui. Je craignis que les étrangers ne le regardassent comme un lieu commun de flatterie. Je craignis qu’on n’imaginàt que je voulais racheter par cet éloge les censures contenues dans d’autres parties du livre , désireux de me faire un bouclier contre les critiques auxquelles je m’exposais en publiant une vérité qui n’était pas populaire. J’ai fait en cette occasion ce que j’ai fait trop souvent. En voulant éviter l’apparence de vices que j’abhorre, j’ai trahi mes convictions et mes affections. Le lecteur me pardonnera 4e parler de moi , quand il saura que j’ai été indignement accusé d’attaquer l’honneur des femmes du Sud.

J’aurais cependant négligé cette calomnie si cette note ne m’avait peur ainsi dire forcé d’en parler. Je suis trop

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occupé du grand sujet que je traite pour m’inquiéter de ce qu’on dit de moi. Je sens que je ne suis rien , que ma réputation n’est rien , en comparaison du mal et de l’injustice que je me suis efforcé d’exposer, et je me regarderais comme indigne 'de porter le nom d’homme et de chrétien si les calomnies des méchant s, ou même la désapprobation des bons, pouvaient attacher mes pensées sur moi-même , et m’éloigner d’une cause que , je le crois, la vérité, l’humanité et Dieu m’appellent à défendre.

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