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donc dans un climat si chaud cultivera nos terres ? Qui exécutera le gros travail dans nos villes et dans nos ramilles? Nous serons donc nos propres esclaves? Et ne doit-on pas plus de pitié et plus de faveur à nous, Musulmans, qu’à ces chiens de Chrétiens?
» Nous avons plus de cinquante mille esclaves à Alger et aux environs. Ce nombre, si nous ne l’entretenons pas par des importations diminuera bientôt et finira par disparaître. Si donc, nous cessons de prendre et de piller les vaisseaux des infidèles, et de réduire en esclavage les matelots et les passagers, nos terres deviendront sans valeur, faute de culture; les loyers de nos maisons dans la ville baisseront de moitié, et les revenus du gouvernement, qui consistent dans une part de prise, seront totalement détruits.
» Et pourquoi ? pour satisfaire la fantaisie d'une secte fantastique qui voudrait, non-seulement que nous ne fissions plus d’esclaves, mais encore que nous missions en liberté ceux que nous avons. Et qui indemnisera les maîtres après une telle perte? l’Êta', mais le trésor est-il suffisant ? Les Erika, mais veulent-ils et peuvent-ils le faire? Pour rendre justice aux esclaves, comme ils disent, feront-ils une plusgrande injustice aux maîtres? Et si nous affranchissons nos esclaves qu’en ferons-nous? Il en est bien peu qui retourneront dans leur pays natal ; ils savent trop bien qu’ils y seraient soumis à de plus rudes épreuves. Ils n’embrasseront pas notre sainte religion ; ils n’adopteront pas nos usages; notre peuple ne voudra pas se souiller en se mariant avec eux. Les laisserons-nous mendier dans nos rues, ou abandonnerons-nous nos fortunes à leur pillage? car des hommes accoutumés à la servitude ne travailleront pas pour vivre à moins d’y être forcés.
» Et qu’y a-t-il de si triste dans leur condition ? Est-ce qu’ils n’étaient pas esclaves dans leur patrie? L'Espagne, le Portugal, la France, l’Italie, ne sont-ce pas des États gouvernés par des despotes qui tiennent tous leurs sujets en esclavage, sans exception? L’Angleterre même traite ses matelots comme des esclaves, car aussitôt que le gouvernement l’ordonne, on les saisit et on les confine sur des vaisseaux de guerre; ils sont condamnés non-seulement à travailler mais à combattre pour de misérables gages, ou urun simple entretien qui ne vaut pas mieux que celui de nos es claves. Leur condition s’aggrave-t-elle donc quand ils tombent
clans nos mains? Non, ils ont seulement échangé une servitude pour une autre, et je dirai même pour une meilleure; car ils sont transportés sur une terre où le soleil de l’Islamisme épanche sa lumière et brille dans toute sa splendeur, et ils ont l'occasion de connaître la vraie doctrine, et de sauver ainsi leurs âmes immortelles. Ceux qui restent dans leur pays n’ont pas ce bonheur. Renvoyer nos esclaves dans leur patrie, c’est les renvoyer de la lumière dans les ténèbres.
» Je répète ma demande. Qu'en ferons-nous? On dit qu’on pourrait les établir dans le désert, où il y a de la terre en abondance pour les nourrir, et où ils pourraient prospérer dans un état libre?
» Mais je crois qu’ils sont trop peu disposés à travailler sans y être forcés, et trop ignorants pour établir un bon gouvernement ; les Arabes du désert les auront bicntûl troublés, détruits ou remis en esclavage. Quand ils nous servent, nous prenons soin de les fournir de toutes choses, et nous les traitons avec humanité. Les ouvriers de leur pays sont, à ce qu’on m’assure, moins bien nourris, moins bien logés, moins bien vêtus. Ainsi la condition de Iç plupart de nos esclaves est déjà améliorée, et ne demande aucun autre adoucissement. Ici leur vie est en sûreté. Ils ne sont pas exposés à être enrûlés comme soldats, et forcés de se couper la gorge entre Chrétiens, comme cela a lieu dans leurs guerres. Quand à ces bigots, à ces fous religieux qui nous fatiguent de leurs niaises pétitions, si dans un accès de leur zèle aveugle ils ont affranchi leurs esclaves, ce n’est ni la générosité ni l'humanité qui les a poussés à cet acte, c’était la conscience du péché qui pèse lourdement sur eux, et l'espérance que le mérite imaginaire de cette bonne œuvre les sauvera de la damnation.
» Comme ils se trompent grossièrement en s'imaginant que l’AIcoran condamne l'esclavage! Pour n’en pas citer davantage, n’y a-t-il pas deux préceptes qui prouvent clairement le contraire : Maîtres, traitez vos esclaves avec bonté. — Esclaves, servez vos maîtres fidèlement et de bon cœur? Le livre sacré ne peut pas condamner non plus le pillage des infidèles, car il est bien connu que dans l’Alcoran Dieu donne le monde et tout ce qu’il contient aux fidèles Musulmans, qui doivent en jouir aussitôt qu'ils le conquièrent. Qu’on ne nous parle donc plus de cette propositiondètcstable : l'affranchissement des esclaves chrétiens. L’adopter, c’est déprécier