‹ De l'Espagne et de ses chemins de ferChapitre 12 sur 167 · DÉS PLACEMENTS A L'ÉTRANGER · texte numérisé non relu

DÉS PLACEMENTS A L'ÉTRANGER

§ 1. ~ Qu'un peuple ne prôte jamais son concours à la spoliation de la légitime possession.' — Que le gouvernement espagnol présente toute sécurité à cet égard.

Dans tout . pays constitutionnel, c'est-à-dire où les lois fondamentales de Tordre public ne peuvent être violées sans un attentat qui provoque rire populaire , les placements dans les grandes affaires offrent une sécurité incontestable. En d'autres termes, lorsque le dépositaire du pouvoir ne peut exercer la confiscation, la propriété demeure inviolable, étant confiée à la loyauté publique. Or, jamais un peuple ne prête son concours à la spoliation de la légitime possession, comme ferait un despote ou un brigand quelconque.

En conséquence, les capitaux versés par des étrangers dans des entreprises licites' en Espagne, ne courent pas plus de chances que s'ils étaient versés en Belgique ou en Angleterre.

§ 2. ~ Que rémigration des capitaux est pi as utile que nuisible au pays d'où ils sortent. >— Démonstration complète de ce point important.

En second lieu, l'apport des capitaux étrangers, loin de nuire à la nation qui les procure, est utile à sa richesse comme à sa politique. Je vais entreprendre la démonstration de ce dernier point, et j'espère qu'il ne restera plus de doute dans l'esprit des hommes aveuglés par les préjugés économiques et politiques.

Sous le rapport de la richesse, comme sous celui de la politique, on a cru longtemps que le dommage de l'un est le profit de l'autre, que le patriotisme consiste à souhaiter du mal aux peuples voisins. Ces maximes, répétées par Montaigne et Voltaire eux-mêmes, plus spirituels écrivains que philosophes, quoiqu'ils eussent la prétention de régenter le monde,^ ont trouvé beaucoup d'adeptes parmi les gens superficiels.

Mais en réfléchissant que toute l'humanité est soUdaire ; que, quand une nation est pauvre, la voisine n'en a rien à espérer; que, si elle est mal gouvernée, l'exemple influe sur les

autres , on se convaincra facilement quMI vaut mieux être entouré de peuples riches et puissants que de peuples misérables.

En effet, supposons un Etat d*un million d'habitants qui jouissent en moyenne de 2,000 francs de revenu. Comme Tégalité est impossible en matière de richesse, on verra des citoyens possédant 500,000 francs de revenu, et d'autres seulement 500 francs. Ceux' qui ont 500,000 francs sont bien forcés ou d'en jouir ou de les entasser. S'ils en jouissent, ils ne le peuvent qu'au moyen du travail des autres : ou ils bâtiront des maisons , ou ils amélioreront des terres, ou ils achèteront des livres ou des objets d'art ; les ouvriers, les artistes , les auteurs étant demandés, leur ^aire augmentera par ce seul fait : c'est un axiome d'économie politique. L'augmentation du bien-être de tous ces ouvriers suivra celle de leur salaire.

Si ces riches sont avares, n'importe pour la richesse publique ; car leur mort, que l'on attend avec impatience, remettra dans la circulation l€ls valeurs qu'ils ont entassées et précieusement conservées.

Supposons le même Etat, où la moyenne des

citoyens ne possède que 200 francs de reveno : les uns en auront 50,000, tandis que beaucoup d'autres, et le plus grand nombre, n'auront que 40 et 50 francs, comme tant de paysans français avant notre révolution. Alors la de-*' mande faite par ceux qui possèdent le superflu sera évidemment dix fois moins conndà'able, pmsqu'elle ne peut que suivre leurs facultés de la payer. Le travailleur s'offrira donc davan-> tage; et conséquemment son salaire sera moins ^vé, et son bien-être infiniment nloindre.

Appliquons cette démonstration à deux Etats voisins. Si, ^ par exemple, l'Espagne, au lieu d'avoir été abaissée par tous les plus mauvais de£^)Ottsmes et par la superstition depuis près de trois siècles, avait continué dans les^ voies de splendeur où Isabelle et Charles-Quint lavaient mise, sa population serait le double de ce qu'on la voit aujourd'hui ; le pays compterait plus d'immenses fortunes que l'Angleterre elle-même ; presque tous ses habitants' viirràient au moins dans l'aisance ; les bonnes terres, au lieu d'être à vil prix, seraient très-chères ; k rente, au lieu de rapporter 6 0/0^ rapporterait â 0/0 ; les maisons, au Heu de ne trouver des locataires

qu'à vil prix, se loueraient très-cher. Alors nombre d'Espagnols n'ayant en terres qu'un revenu de 2 0/0, et en capitaux mobiliers que 3 0/0, viendraient acheter des domaines et de la rente en France, afin d'avoir sur les uns 3 0/0, et sur les autres 4 1/2 0/0. Pour vivre à. meilleur marché, ils agiraient comme beaucoup d'Anglais, qui viennent nous' demander du travail, et courir après nos ouvriers, dont ils augpientent le salaire et le bien-être.

« Les étrangers, dit J.-B. Say, n'ont pas pu acquérir sans envoyer un capital égal en valeur à la terre acquise ; ce capital est un fonds non moins précieux qu'un fonds de terre; et il l'est plus pour nous, si nous avons des terres à mettce en valeur et peu de capitaux pour faire valoir notre industrie. On ne doit donc nullement craindre les acquisitions de biens-fonds faites par les étrangers. Quant à la nature des valeurs . qu'un pays tire d'un autre pour en tirer son revenu, soit qu'on rétire ces valeurs en espèces monnayées, en lingots pu en toute autre marchandise, la forme n'est d'aucune importance ni pour un pays ni pour l'autre ; ou plutôt il leur est important de laisser les particuliers re-

tirer ces valeurs sous la forme qui leur convient le mieux, parce que c'est indubitablement celle qui convient le mieux aux deux nations. #>

§ 3. — Qae le croisement des races empêche l'espèce de s'étioler. — Qae les communications constantes entre deux peuples mettent obstacle à la guerre.

Ainsi, peu importe à la richesse d'un pays que les capitaux soient placés à l'étranger, pourvu qne la richesse augmente. Mais il faut voir de plus haut encore, et considérer que plus il y a de fusion entre deux nations, plus les qualités de Tune influent sur l'autre, et plus elles sont disposées à vivre en paix.

D'abord le plus grand principe de l'amélioration des races est leur croisenient Une famille qui se perpétuerait par ses propres membres serait en peu de générations étiolée et corrompue. Il en. est de même d'un pays : c'est la seule considération qui dans les temps barbares ait pu légitimer la conquéfe aux yeux des philosophes.

Sous le rapport de la paix et de la sécurité, comment voudrait-on qu'une guerre fût possible entre deux nations voisines qui se trouve-

raient en communication constante d'affaires, d'alliances et d'idées? ,Si en 1793 il y avait eu cent membres de la Convention nationale mariés à des Anglaises de familles distinguées ; si cent membres du Parlement britannique avait contracté des alliances avec des Françaises ; si une partie notable de la dette française eût été aux mains des Anglais et réciproquement ; si un grand nombre d'établissements industriels et commerciaux, possédés par des Anglais, eussent alimenté notre capitale et nos ports ; s'il en eût été de même des Français en Angleterre, croit- on que ce dernier pays eût manifesté cette jalousie et cette haine infernale qui, durant vingt-deux années consécutives, lui a coûté vingt milliards et cinq cent mille hommes, et à la France davantage encore ?

Non, sans doute, ce n'est pas par des alliances entre familles régnantes que l'on peut espérer d'entretenir la paix, car l'expérience nous prouve le* contraire. L'empereur d'Autriche n'hésita pas en 1813 à tirer l'épée contre son gendre Napoléon, et à dérober à son propre petit-fils la plus belle couronne de l'univers. Mais quand il s'agit de peuples, c'est

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bien différent. Si le peuple ne voit pas toujours le bien, il le veut toujours, car il y a intérêt, et la paix est la plus grande source du bien.

§ &. -^ Qae la fuaion est facile entre peuples de même race. — Utilité d'une sainte ligue entre la France, l'Italie et l'Espagne.

. Ainsi, la diffusion des intérêts et des peuples est à leur avantage commun. Elle est facile entre nations de même race ; or il y en a trois en Europe qui sont de race latine :.ia France, l'Espagne et Tltalie, qui en outre sont voisines. Or, ces trois nations, qui représentent aujourd'hui une population de 80 millions d'habitants, ne peuvent-elles pas au besoin former une ligue indomptable contre certains despotes barbares, tentés de vivre du fruit de leur labeur ? Ne feraient-elles pas, quand elles voudraient, la loi à tout l'univers? Quelle coalition oserait se déclarer leur ennemie ?

§ 5. — De l'amélioration du droit des gens depuis quelques années. — De la fraternité internationale.

Déjà pous avons vu, dans les deux dernières

.guerres soutenues par la France, une grande amélioration du droit des gens , en ce que les nationaux qui se trouvaient chez l'ennemi n*ont été persécutés ni dans leurs personnes ni dans leurs biens. Il n'y a pas plus de soixante ans que la conduite des souverains ennemis était toute différente ; les Autrichiens, les Romains assassinaient même les ambassadeurs. A quoi tient cette différence, si ce n'est aux rapports plus fréquents qui se sont établis depuis trente ans par le commerce, les résidences et les mariages? Persistons donc en cette voie salutaire.

Concluons de ces faits et arguments que, loin de nuire à son propre pays par les placements de capitaux à l'étranger, on lui est utile,

1° Parce qu'en faisant ce placement plus fructueux pour soi, l'on augmente sa propre richesse, et par conséquent celle de son pays ;

2*» Parce qu'on rend le pays étranger, sous un rapport, dépendant du sien propre, et moins disposé à des actes d'hostilité ;

3° Parce qu'en favorisant le développement de la richesse dans ce pays, il en revient toujours une partie au sien propre, outre la satisfaction véritable de voir- diminuer la misère

parmi les homipes; car par cela seul qu'on est homme, on doit aimer son semblable et lui faire du bien, à quelque nation qûMl appartienne.

Jamais on ne s'est avisé d'opposer une fin de non-recevoir, tirée du défaut de qualité, aux philanthropes de France qui, sur la fin du xvm® siècle, plaidaient avec tant d'énergie la cause des malheureux nègres qu'on tenait en escliivage. Et les hommes le plus honorés chez la postérité sont ceux qui allaient par dévouement dans les pays lointains, au péril de leur vie, prêcher l'Evangile, c'est-à-dire l'égalité des hommes.

§ 6. — Obèervations sur Tesclavage. — Réfatation des principaux sopbismes invoqués à l*appui de son maintien.

La loi espagnole a aboli pour l'avenir la'traite des nègres, mais elle a maintenu l'esclavage dans les colonies. C'est une inconséquence blâmable, puisqu'on réputait la traite inique et immorale. D'ailleurs la loi est souvent éludée, autant par la ruse des colons qu'au moyen de la séduction des surveillants.

On objecte que l'on n'a pas voulu priver les

possesseurs actuelâ d'esclaves d'une marchandise qu'ils avaient achetée. Mais l'asservissement de Thomme, qui est créé à l'image de Dieu, n'a jamais pu faire l'objet d'un trafic licite, puisque aucune loi^ aucune coutume .n'est justifiable quand elle viole le droit naturel. Par conséquent, quiconque a acheté ou enlevé des hommes pour les réduire en esclavage a commis un imprescriptible attentat; aucune indemnité ne lui est due quand on libère ses esclarves ; au contraire, c'est lui qui leur en doit une. Et je trouve ainsi le moyen d'affranchir cette multitude d'infortunés en leur fournissant un pécule; soit pour retourner dans leur patrie, soit pour subsister en attendant qu'ils trouvent de l'ouvrage.

Le servage, sous beaucoup de rapports, ressemble à l'esclavage. L'empereur actuel de Russie , qui veut affranchir ' les serfs , Ae doit donc aucune indemnité aux boyards qui se prétendront lésés par cette mesure. Si ceux-ci osent se révolter, qu'on les châtie par la prison ou la déportation, et surtout par d'énormes amendes au profit des affranchis.

Quand la diète révolutionnaire de Hongrie

affranchit les serfs en 1849, elle décréta une indemnité en faveur des seigneurs. Mais il ne faut pas croire que ce fut par naïveté : ce fut uniquement par égoïsme, parce que les membres les plus influents de cette diète se trouvaient privés de leurs serf^ par la loi d'affranchissement.

On objecte encore que les nègres seuls peuvent se livrer aux pénibles travaux des colonies. Je réponds à cette objection : 1** qu'en fait, on se trompe : on y trouvera toujours des travailleurs, soit parmi les blancs, soit parmi les nègres libres, en leur offrant un salaire suffisant ; 2* quand même on n'en trouverait point, l'humanité vivra bien sans le café, le sucre et le tabac de ces colonies. La jouissance de ces choses ne mérite assurément pas que l'on, commette un abominable attentat permanent. Que dirait-on à Cadix, si, une nuit, les Japonais, sous le prétexte qu'ils ont besoin de banquiers, enlevaient ceux de la ville pour les emmener au Japon, et les forçaient à tenir des livres et à faire . toutes les opérations de ce métier du matin au soir?

Enfm, il faut considérer aussi les périls que

88 DE L'ESPAGNE font courir aux blancs plusieurs centaines de milliers d'esclaves réunis dans une île. Si ceux-ci s'insurgeaient, s'ils revendiquaient à main armée leurs droits naturels, ne donneraient-ils pas encore le spectacle des colonies françaises à la fin du xvni*' siècle? Alors les opprimés se soulevèrent, prirent pour étendards des blancs empalés sur des piques, égorgèrent presque tous ces maîtres inhumains, et incendièrent leurs établissements

ET m SES CHEMINS DE FER.

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