‹ De l'Espagne et de ses chemins de ferChapitre 20 sur 167 · CHEMIN DE FER DE PAMPELUNE A SARAGOSSE · texte numérisé non relu

CHEMIN DE FER DE PAMPELUNE A SARAGOSSE

§ 1. — Conseil d'administration. — Capital de la Compagnie. — Description du chemin. — Utilité de le faire passer par les Aldudes.-^Réfatation des sophismes invoqués contre ce projet.

La Société anonyme des chemins de fer de Saragosse à Pampelune et Irun (frontière française) a été autorisée par décret royal du 14 décembre 1859.

Le Conseil d'administration est composé de :

MM. Le général Fernandéz de Cordoba, marquis de Mendigoria, ancien président du Conseil ;

GoNZALÈs Bravo, ancien président du Conseil ;

MM. Le général Ros de Olano, conde de la Almina, ancien ministre, directeur de l'infanterie ; A. Llorente, ancien ministre des finances ;

.Rhoda, ancien ministre deFomento (travaux publics) ; Alvarez» ancien conseiller royal; ' J. DE Zaragoza, ancien conseiller royal ;

M. B. DE Castro, ministre plénipotentiaire d'Espagne à Turin, ancien conseiller royal;

Carriquiri, grand-croix d'Isabelle la Catholique ;

De la Gandara, général de brigade ;

José de Salamanga, ancien ministre, grand-croix de l'ordre de Charles III;

Le général de Lersundi, ancien ministre, député;

Le comte de Chassepot, membre du conseil général de la Somme, chevalier de la Légion d'honneur ;

Jules Mirés, banquier; A. Avond, ancien député ;

MM. Le vicomte db Righbhont ;

JoLES Gabvallo, ingénieur des ponts et

chaussées; Louis Ratnodard ; Adolphe Cochertj Charles Bogher.

Le capital de cette Société, composée de 27,500,000 fr., divisé en 55,000 actions de 500 fr. et de 12,500,000 fr. en obligations, a été souscrit : l** par M. de Salamanca pour 11,000 actions ; 2'' par la Caisse générale des chemins de fer pour 14,000; et en outre celleci a émis les 30,000 autres actions au mois de mars 1860,' avec garantie, par les directeursgérants de cette caisse, de rembourser les actions au pair, si, un an après la mise en exploitation, c'est-à-dire au 1" janvier 1862, les actions tombaient au-dessous de 500 fr. (1). C'est la première application qui ait été faite du système de garantie en ces matières.

(1) On annonçait alors qu'aux tonnes de Tart 6 des statuts, II. de Salamanca s'était obligé à livrer le chemin entièrement achevé avec son matériel fixe et roulant, avant la fin de l'année 1860, moyennant le prix à forfait de 200,000 fn par kilomètre.

Le chemin de Pampelune à Saragosse s'embranche près de la frontière de France sur la ligne du Nord de l'Espagne , et se relie au chemin de fer de Saragosse à Madrid. Il a 187 kil. d'étendue, et forme aussi tête de ligne entre la France et l'Espagne : ce qui lui assure une situation analogue à celle des chemins de Paris à Orléans, de Paris à Amiens, de Paris à Lyon et de Paris à Rouen ; il réduit relativement de 80 kil. la distance de la frontière de France à Madrid ; enfin il forme une section importante de la ligne de jonction de la Méditerranée à l'Océan, par Barcelone, Saragosse, Alfaro et Bilbao. La ligne de l'Océan est même obligée de lui emprunter 84 kilomètres,

La Compagnie avait d'abord le projet de faire un embranchement de Pampelune à Irun, frontière française, aux termes de la concession ; mais cette voie, qui emprunterait la ligne du Nord pour aller sur la frontière de France, sera probablement abandonnée pour passer par les Aldudes, dans les Pyrénées; ce qui abrégera la route de 50 kil. de la frontière de France à Madrid. D'ailleurs, cette route sera à l'abri d'un coup de main d'une puissance maritime.

qui en débarquant cent hommes peut détruire un pont et quelques rails du chemin de fer du Nord, et interrompre pour plus d'un mois les communications.

En outre, il est absolument conforme aux principes économiques qu'il y ait par les Al-^ dudes un passage entre la France et l'Espagne. Celle-ci n'en a rien à redouter, puisque en cas de guerre, elle pourrait en moins d'un jour intercepter ce passage.

En décembre 1860, la ligne de Pampelune à Saragosse a mis en exploitation 68 kil. ; la totalité le sera en mai 1861 ; les travaux sont poussés avec une grande activité. Ainsi, bientôt la ligne de jonction de la Méditerranée à rOcétfn par Barcelone, Saragosse, Alfarq et les ports de Saint-Sébastien, Santander et Bilbao, sera complète. Cette tête de ligne entre la France et Madrid par Test de l'Espagne, sera l'une des voies ferrées les plus productives^ de ce pays, puisqu'elle traverse la Navarre et l'Aragon, dont les provinces sont classées panni les plus populeuses et les plus fertiles de la Péninsule. Elle est en communication avec Madrid, d'un côté, par la ligne du Nord ;

de l*dutre, par la ligne de Saragosse à Madrid ; elle est aussi en communication avec Barcelone et la Catalogne par le chemin de fer de Barcelone à Saragosse. Enfm, en empruntant la ligne de Pampelune, le chemin de Paris à Madrid est abrégé de beaucoup. •

Les communications ferrées de la France avec TËspagne se concentrent sur deux lignes qui conduisent à Madrid ; Tune, celle du nord, est vers rOcéan, l'autre vers la Méditerranée. Le Nord de TEspagne a 6â& kil. ; la ligne par Pampelune et Saragosse, 55& kiU Or, ces deux voies seront utiles l'une à l'autre par l'habitude des voyages et du transit qu'elles amèneront au pays. C'est là une de ces concurrences qui profitent aux entrepreneurs comme au public.

§ 2. — Maximes de Sertorius. — Sa mort. — L&chetë de son assassin. — Victoires de Pompée. — Trophées élevés par lui. — Fondation de Pampelune.

La zone traversée par le chemin de Pampelune à Saragosse nous rappelle ïes mémorables victoires de Sertorius et de Pompée. Le premier, proscrit par Sylla, se réfugia en

Espagne, où il guerroya contre les lieutenants de ce dictateur et contre les peuples qui sou* tenaient le parti de ce dernier. Il y acquit tant de gloire que les Espagnols le surnommèrent TAnnibal romain.

Voici trois de ses maximes qui sont des plus orttiodoxes : f aimerais mieuœ, dit-il, une armée de cerfs avec un lion à leur tête qv!une armée de lions commandée par un cerf.

Une des principales qualités d^un grand capitaine est de considérer par où il pourra sortir (Tun danger ou d'un mauvais pas avant que de s*y engager.

Il prenait une queue de cheval pour symbole de Tunion qui doit être^ dans une armée : cars disait-il, y a-t-il un seul crin que l'on ne puisse aisément rompre en particulier ? Mais que l'on entreprenne de les rompre tous ensemble^ les plus grands efforts seront vains.

11 fut traîtreusement tué à coups de poignard dans un festin par deux de ses lieutenants, Perpeniia et Antoine, qu'il avait comblés de bienfaits. Le premier ayant pris le commandement de son armée, Pompée marcha aussitôt contre lui , qu'il redoutait moins que Ser-

torius. Mais Perpenna, après s'être efforcé d'éviter la bataille, n'eut pas honte do s'aller cacher dans les broussailles, tandis que l'on taillait son armée en pièces. On finit par le découvrir, et on l'amena devant Pompée, qui n'eut aucun égard à sa demande eii grâce et le fit mourir, soit pour marquer le mépris que les Romains avaient de la trahison, soit par colère de ce que Perpenna était le successeur de son redoutable ennemi Sertorius, et qu'il voulût par là terminer la guerre.

En effet, le grand Pompée, n'ayant plus pour adversaire Sertorius, soumit bientôt toute l'Espagne. Pour conserver le souvenir de ses victoires, il éleva, dit-on, plus de huit cents trophées sur le haut des Pyrénées, avec l'indication des victoires qu'il avait remportées, des villes qu'il avaient prises et des peuples qu'il avait subjugés. Il y a deux cent cinquante ans on voyait encore dans les vallées d'Andorre et d'Altavaca, qui sont au pied de ces montagnes, de gros cercles en fer, de 3 à 4 mètres de circonférence, scellés avec du plomb fondu dans les rochers, et qui servaient à soutenir ces trophées.

En outre, pour imiter Alexandre, il voulut bâtir une ville nouvelle et lui donner ton nom. 11 jeta les fondements de Pampelune, c'est-àdire Pompéiopojis ou ville de Pompée , qui depuis devint la capitale de la Navarre,

Pompée se perdit notanunent par sa présomption. Enorgueilli des ovations qu'il reçut à Rome, h, la suite d'une maladie mortelle, il répondit aux citoyens qui redoutaient la marche de César contre Rome : En quelque lieu de Vltalie que je frappe du pied la terre^ il en sortira des légions. Néanmoins dès que César parut. Pompée s'enfuit de Rome avec les consuls et se retira en Orient, où, avec une armée double de celle de son rival, il fut vaincu à Pharsale, et bientôt après mis à mort par ordre du roi Ptolémée auquel il avait demandé un asile.

Page 1