‹ De l'Espagne et de ses chemins de ferChapitre 28 sur 167 · DU PORTUGAL EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DU PORTUGAL EN GÉNÉRAL

§ 1.— Description du Portugal.— Sa population.— Particularités sur Lisbonne, — De sa fondation ancienne. — Coup d*œil sur les révolutions du Portugal.

Le Portugal forme l'extrémité occidentale et méridionale de T Europe. Il est borné au nord et à Test par TEspagne, au sud et à Touest par l'océan Atlantique. Il a 200 kilomètres de largeur sur 465 de longueur. Sa superficie est de 59,000 kilomètres carrés, soit environ 14,000 lieues carrées .

Le Portugal est divisé en vingt et un districts ; autrefois il l'était en sept provinces continentales, outre les Açores et Madère. Ces provinces étaient : Minho, Traz-os-Montes , Alemtejo, haut-Beira, basse-Beira, Estramadure, Algarve.

La population de ce royaume est de près de

4 millions d'habitants, en y comprenant les Açores et Madère, et de 6,260,000, en y comprenant celle des "possessions d'Afrique, d'Asie et d'Océanie.

Lisbonne, sa capitale, est une des plus anciennes - villes de l'Europe. Plusieurs auteurs attribuent sa fondation à Ulysse ; et en effet elle s'appelait autrefois Ulisippo ; mais comme ce roi n'a probablement jamais pénétré dans cette partie de TEui^ope, on doit plutôt croire qu'une colonie phénicienne ou grecque éleva en cet endroit un temple et une ville en son honneur. C'est à cause de cela que plusieurs écrivains, trompés par la conformité du nom, en attribuent la fondation au héros grec.

La ville est bâtie en amphithéâtre sur sept collines qui bordent le Tage. Le climat en est très-beau ; l'aspect de la rade, le mouvement de la ville, le nombre des édifices, l'ont fait comparer à Constantinople. On la surnommait la reine de F Océan. Bien qu'elle ait été victime de plusieurs tremblements de terre qui la détruisirent presque entièrement, et de huit grands incendies, elle ne tarda pas à renaitre de ses cendrea. Sa population est de 250,000 babi-

tants ; mais les statistiques y étaijit encore mal faites, on ne peut donner qu'un chiffre approximatif.

Après les Phéniciens, les Carthaginois dominèrent ce pays. Les Romains leur succédèrent. Les Goths les conquirent, comme T Espagne, sur les Romains. Les Maures, à leur tour, en dépossédèrent les Goths au viii'' siècle. Enfin, en 11&7, le roi Alphonse s'en empara.

§ 2. — Des travaux du grand Albuquerque. — De son désintéressement.

Les Portugais immortalisèrent leur petit pays depuis la fin du xive siècle jusqu'à la fin du xvi* par cette hardie navigation qui leur fit découvrir et conquérir des possessions inamenses sur les côtes d'Afrique. Ils se frayèrent une nouvelle ronJ;e vers l'Inde, et allèrent s'emparer du Brésil, où leur domination s'établit promptement.

Au commencement du xvi^ siècle, le grand Albuquerque, qui était vice-roi des Indes- Orientales et avait conquis Goa pour le Portugal, s'avança jusque dans le golfe Persique,^

dont il se rendit maître. Le roi de Peree lui ayant envoyé demander le tribut, le héros portugais fit apporter devant les ambassadeurs des boulets, des grenades et des sabres :

Voilà^ leur dit-il, en quelle monnaie mon' maître paie les tributs.

Ensuite il songea à étendre la puissance portugaise .4ans Test de TAsie. 11 se présenta devant Malaca, qui, par sa situation, était le plus considérable marché de Tlnde. Mais il y avait déjà fait une tentative infructueuse, o\x son ami Arajo était demeuré prisonnier. Les habitants annoncèrent qu'ils mettraient à mort ce dernier si Ton faisait le siège d^ la- place. Albuquerque , craignant de compromettre la vie de son ami, hésitait, lorsqu'il en reçut ce billet : Ne pensez quà la gloire et à l'avantage du Portugal ; si je ne puis être un instrument de votre victoire^ que du moins je ny sois pas un obstacle. Albuquerque commença le siège ; et après de longs et sanglants combats s'empara de la «place, où il trouva des trésors immenses et des magasins très-considérables. Après avoir soumis tout le Malabar, il revint à Goa, où il réprima la licence des Portugais^ se montra

ia.

toujours juste et humain envers les peuples conquis, et ne songea qu'à la grandeur de sa patrie. Il mourut en 1515, à Tâge de soixante-trois ans, pauvre, mais sans dettes, donnant l'exemple du désintéressement, après avoir donné celui du courage et du patriotisme. Il fut le dQmier héros du Portugal. Longtemps après sa mort, " les Indiens allaient sur son tombeau, lui demander justice des vexations et des rapines de ses successeurs. Sa mémoire est très-vénérée ; mais, de son vivant, il fut victime des injustices de son roi, comme Christophe Colomb et Eugène de Savoie, qui rendirent, eux aussi, d'éminents service^ à des ingrats.

§ 3.— Des causes de la décadence du Portugal.— Il est conquis par l'Espagne, mais s'affranchit pour rester sous la tutelle de l'Angleterre. — Du gouvernement actuel.

D'immenses richesses en numéraire abondèrent dans le pays au xvi® siècle ; mais en moins d'un siècle elles causèrent sa ruine comme elles avaient causé celle de l'Espagne. On croyait que l'or et l'argent étaient la seule richesse ; pour eux on négligea l'agriculture et l'industrie ; mais quand les métaux précieux

eurent disparu (car ils ne sont jamais rien en comparaison de la tçrre et du travail), la misère étendit ses ravages dans ces douces et fertiles contrées.

En 1580, le Portugal, abâtardi par Tamour de Tor, labandon du travail, le règne de l'inquisition établie depuis 1536, et la funeste influence des jésuites sur le gouvernement, tomba sous la domination de Philippe II, roi d'Espagne, qui en fit la conquête. Cette domination dura soixante ans et fut fatale au Portugal, parce que la décadence de l'Espagne commençait. Mais, en 1640, quelques hommes . de courage, s' étant mis à la tête d'un mouvement national, proclamèrent roi le duc de Bragance, sous le nom de Jean IV. Alors le pays fut affranchi de l'Espagne, mais demeura sous la domination effective de l'Angleterre. La maison de Bragance perdit le trône en 1807, parce que le roi du Portugal avait refusé de fermer ses ports aux Anglais durant le système continental. Un corps d'armée français, sous les ordres de Junot, envahit le Portugal, et la famille royale s'embarqua pour le Brésil.

Cependant une armée anglaise commandée

par Wellington vint s'opposer aux Français, tandis qu'une insurrection nationale s'organisa contre ceux-ci. Wellington ayant gagné la bataille de Vimeiro , le 21 août 1808, les Français évacuèrent le Portugal, qui demeura jusqu'en 1820 sous la tutelle dç l'Angleterre. 1 cette époque, une junte fut convoquée par un mouvement révolutionnaire qui gagna aussi le Brésil; -le vieux roi revint à.Li^onne l'année suivante, et se rendit dans la salle des Cortès, où il prêta serment à la constitution libérale décrétée par cette assemblée.

Depuis cette époque, le gouvernaient est constitutionnel et libéral. Le roi actuel manifeste d'excellentes intentions ; mais il aurait besoin d'une impulsion vigoureuse, et si cette impulsion était éclairée^ le Portugal ne tarderait pas à remonter au degré de son ancienne splendeur.

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