STRUCTURE IDENTIQUE DE TTPES DISSÉMINÉS
l’examen d’un anatomiste vraiment habile, non-seulement la classe, non-seulement l’ordre et la famille auxquels appartient cet animal, mais encore le genre lui-même pourraient être déterminés avec autant de précision que si l’intégrité des parties avait été respectée. Si un petit nombre de genres seulement avaient le privilège d’une large dissémination sur la terre ou dans l’Océan, on pourrait regarder cela comme une chose extraordinaire; mais il n’est pas une classe d’animaux qui ne contienne plusieurs genres plus ou moins cosmopolites. Le nombre des animaux qui ont subi une dissémination profuse est même tellement grand, que, au moins en ce qui concerne les genres, on peut sans crainte affirmer que la majeure partie d’entre eux ont une distribution géographique extrêmement large. Cela montre de la façon la plus évidente que, si loin que s’étende la distribution géographique de ces genres, les animaux dont la structure est identique dans toute cette étendue échappent à l’influence des agents physiques. Sinon il faudrait admettre que, nonobstant leur extrême diversité dans les limites géographiques indiquées, ces agents ont le pouvoir de produire des structures absolument identiques dans des types tout à fait différents (1).
Il importe de se rappeler ici que certains genres de Ver-
(1) Un exemple rendra cet argument plus sensible à ceux qui ne sont point familiers avec l’histoire naturelle. De l'océan Arctique au cap Horn, l'Amérique embrasse une telle variété de climats et de sols, qu’on peut bien supposer que toutes les causes naturelles capables de donner origine aux êtres organisés ont été ou sont en activité sur ce continent. Or, il y a dans l’Amérique arctique une espèce particulière de Renard ; il y en a d’autres dans la zone tempérée du continent et d’autres encore sous les latitudes plus méridionales. A ces Renards sont associés les animaux les plus divers de toutes les classes, parmi lesquels il s’en trouve dont le domaine géographique est circonscrit dans les limites les plus étroites, et d’autres en grand nombre qui ont leurs représentants dans d’autres parties du monde. Évidemment, il faut bien que les agents physiques n'aient pas été la cause de l'existence de tous ces êtres ; à moins de dire que ces agents ont opéré avec discernement, qu'ils ont produit sur tout le continent un certain genre de Mammifères partout le même, et placé à côté de lui d’autres animaux des types les plus diversifiés, parfaitement conformes d'ailleurs, pour l’essentiel, avec d’autres êtres de ces mêmes types produits hors du continent américain. Mais alors c’est admettre en d’autres termes que cet acte est l’œuvre d’un être intelligent.
DE L’ESPÈCE
tébrés, d’Articulés, de Mollusques et de Rayonnés, sont répartis dans les mêmes localités et sur une même échelle. Or, en tant que Vertébrés, Articulés, Mollusques, Rayonnés, leurs représentants respectifs ont, sur toute cette aire occupée en commun, une structure identique, mais en même temps ils sont construits sur des plans très-différents. J’estime que ce fait est, par lui-même, une démonstration complète de l’entière indépendance de la structure des animaux à l’égard des agents physiques. Je puis ajouter que le régne végétal offre une série de faits exactement semblables. Cela prouve que tous les rapports d’ordre supérieur, soit chez les animaux, soit chez les plantes, sont l’effet d’une cause autre que les influences physiques.
Tandis que tous les représentants d’un même genre ont une structure (1) identique, les diverses espèces d’un genre diffèrent simplement quant à la grandeur, aux proportions des parties, à l’ornementation, aux rapports avec le milieu ambiant, etc. Le mode de distribution géographique des espèces varie à un tel point, qu’il est impossible de trouver dans ce seul fait un critérium, pour les distinguer les unes des autres. D’ailleurs, parait-il, tandis que certaines espèces projetées sur une surface considérable occupent sur cette surface des aires discontinues, il est d’autres espèces, si étroitement alliées les unes aux autres, qu’on les nomme espèces représentatives, dont chacune n’occupe qu’une de ces aires partielles. La question est donc de savoir comment ont été établies ces limites naturelles assignées à chaque espèce. La croyance générale est aujourd’hui que chacune d’elles a eu originellement un point de départ d’où elle s’est répandue ensuite sur toute l’étendue qu’elle occupe actuellement. Ce point de départ serait même encore indiqué par la prédominance ou la concentration plus grande de l’espèce, en un certain point de son aire naturelle qu’on appelle, en conséquence, le centre de distribution ou le centre de création. A la périphérie de son territoire, l’espèce serait plus
(1) Voy. ci-après, chap. II, sect. ?.