‹ De l'espèce et de la classification en zoologieChapitre 11 sur 93 · STRUCTURE IDENTIQUE DE TÏPES DISSÉMINÉS · texte numérisé non relu

STRUCTURE IDENTIQUE DE TÏPES DISSÉMINÉS

éparpillée, plus clair-semée pour ainsi dire, et quelquefois les représentants en seraient très-réduits.

La Zoologie a fait un grand pas le jour où, grâce à une connaissance plus étendue et plus précise de la distribution géographique des êtres organisés, les naturalistes durent se convaincre que pas un animal ou une plante n’a pu prendre origine sur un point unique de la surface du globe et s’étendre ensuite de plus en plus jusqu’à ce que la terre fût peuplée. Ce fut réellement un progrès immense et qui affranchit la science des entraves d’antiques préjugés. Maintenant, en effet, que nous avons sous les yeux toutes les données de la question, on a peine à concevoir que cette progressive irradiation autour d’un centre primitif ait pu sembler une explication suffisante de la diversité qui, partout, se montre sur la terre. Car admettre des centres distincts de distribution pour chaque espèce dans ses limites naturelles, c’est véritablement couper les faits en deux. Il y a entre les animaux et les plantes, que partout nous trouvons dans un certain état de mélange, des rapports innombrables qu’il est impossible de ne pas regarder comme primitifs et qui ne peuvent pas être le résultat d’une adaptation successive. Or, s’il en est ainsi, il s’ensuit forcément que tous les animaux et les plantes ont occupé, dès l’origine, ces circonscriptions naturelles dans lesquelles on les voit établis et entretenant les uns avec les autres des rapports si profondément harmoniques (1). Donc, du jour même de leur apparition, les pins ont été des forêts; les bruyères, des landes; les abeilles, des essaims ; les harengs des bancs de harengs ; les buffles, des troupeaux; les hommes, des nations (2i! Une preuve frappante, pour moi, que les choses ont eu lieu ainsi, c’est que des espèces représentatives, lesquelles, en tant qu’espèces distinctes, ont dû avoir à l’origine une répartition géographique différente et distincte, occupent fréquemment

(1) I,. Agassiz, Geographical Distribution of Animais (Christian Examiner, Boston, 1850, in-8; mars).

(2) I,. Agassiz, The Diversity of origin of lhe Human Races (Christian Examiner, Boston, 1850, in-8, février).

DE L’ESPÈCE

des sections de surface habitées en même temps par d’autres espècesqui, dans toutes ces aires partielles, sont parfaitement identiques. Pour en citer un exemple, je prendrai le Siffleur d’Europe et le Siffleur d’Amérique [Anas mareca Penelope et Anas americana), ou le Millouin commun et le Millouin à tête rouge (A. ferina et A. erythrocephala), qui habitent respectivement les parties septentrionales du nouveau continent et de l’ancien pendantl’été, et émigrent vers le sud de ces continents pendant l’hiver, tandis que le Canard ordinaire (A. boschas ) et le Millouineau (Anas mari/a) sont aussi communs dans l’Amérique du Nord qu’en Europe. Quelle est la signification de ce fait? Indique-t-il que tous ces oiseaux ont été originairement mis au monde dans un seul et même lieu, où on ne les retrouve plus maintenant, puis ont fini par aller se cantonner dans les circonscriptions qu’ils occupent actuellement? — ou qu’ils ont pris naissance, soit en Europe soit en Amérique, contrées qu’à la vérité tous n’habitent plus, mais où vit au moins une partie d’entre eux? — ou bien qu’ils sont réellement venus au monde dans les circonscriptions qu’ils occupent actuellement ? Je suppose mon lecteur trop judicieux pour que j’aie besoin d’autre chose que de discuter les conclusions qui découlent de cette dernière hypothèse. Donc, le Siffleur d’Amérique et le Millouin américain à tête rouge sont originaires de l’Amérique; le Siffleur européen et le Millouin à tête rouge européen sont nés en Europe. Mais le Canard ordinaire et le Millouineau, qui sont communs aux deux continents, sont-ils nés en Europe ou en Amérique? Ou bien ont-ils originellement paru à la fois dans les deux mondes?.. Je n’irai pas plus loin ; j’ai simplement voulu mettre le lecteur en face d’un cas bien précis, de manière à lui faire parfaitement comprendre le caractère de cet argument qui s’applique au règne animal tout entier. Je dis que les faits conduisent pas à pas à la conclusion que le Canard ordinaire et le Millouineau ont, originellement, pris naissance, à la fois et séparément, en Europe et en Amérique, et que tous les animaux ont certainement apparu en nombre immense ;

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