STRUCTURE IDENTIQUE DE TYPES DISSÉMINÉS
contrées. Il serait rationnellement impossible de faire dépendre les unes des autres. Pourquoi l’identité entre les espèces prévaut-elle dans la zone arctique et cesse-t-elle de prévaloir dans la zone tempérée, quoiqu’il y ait pour dis- ' tinguer les unes des autres certaines espèces de la seconde zone, différentes d’ailleurs, autant de difficultés que pour démontrer l’identité de certaines espèces arctiques dans les trois continents qui convergent vers le pôle ? Cependant il y a confusion, et sur une grande étendue, entre les espèces d’une zone et celles de l’autre, à leur commune limite.
Pourquoi les espèces antarctiques ne sont-elles pas identiques avec celles des régions arctiques? Pourquoi, enfin, une plus grande élévation de la température moyenne suffit-elle pour introduire des types aussi complètement nouveaux, quand, d’ailleurs, il y a dans la région arctique, sur les différents continents, des types d’une singularité si remarquable (les Rhytina , par exemple), combinés avec d’autres qui partout sont les mêmes dans toute l’étendue de la région (1) ?
A première vue, il semble tout naturel que les espèces arctiques s’étendent sur les trois continents septentrionaux qui convergent également vers le pôle. Là, en effet, il ne peut pas y avoir de barrière insurmontable à la plus large dissémination, sur toute la superficie de la région, d’animaux qui vivent dans l’océan Glacial ou sur les parties des trois continents, entre lesquelles la glace sert, pour ainsi dire, de pont. Mais, plus on pénètre avant dans les détails, à la recherche de cette identité, plus on demeure surpris de la rencontrer, car dans la région arctique, comme partout
(1) Qu’on ne s’y méprenne point. Je n’impute pas à tous les naturalistes l’idée de rapporter toutes les différences ou toutes les similitudes du monde organique aux influences climatologiques. Je veux seulement leur rappeler que le tableau, même le plus exact, des relations existant entre le climat et la distribution géographique des êtres vivants, laisse intacte la question de l’origine de ces êtres ; or, c’est cette origine qui est en cause. On a trop peu fait attention, jusqu’ici, aux rapports que présentent les particularités de la structure et le mode de distribution géographique des animaux. C’est une comparaison à laquelle on ne pourra se livrer utilement qu’après que des observateurs nés dans le pays auront, sous toutes les latitudes, étudié l’anatomie comparée des animaux de chaque contrée.
UE L ESPÈCE
ailleurs, des représentants de types très-divers vivent les uns à côté des autres. Les Mammifères arctiques appartiennent principalement aux familles des Baleines, des Phoques, des Ours, des Belettes, des Renards, des Ruminants et des Rongeurs. Ils ont, en tant que Mammifères, la même structure générale qu’ont les animaux de cette classe, dans n’importe quel lieu du globe. 11 en est de même des Oiseaux arctiques, des Poissons, des Articulés, des Mollusques, des Rayonnés arctiques, comparés aux représentants du même type dans une contrée quelconque. L’identité s’étend à tous les degrés d’affinité, aussi bien chez ces animaux que chez les végétaux des mêmes latitudes. Ordres, familles, genres, aussi loin qu’ils sont représentés, ont là, identiquement, les mêmes caractères qui sont ailleurs propres à ces genres, à ces ordres, à ces familles. Les Renards arctiques ont la même formule dentaire, la même disposition des doigts et des ongles; en somme, toutes les particularités génériques qui caractérisent les Renards, qu’ils soient de la zone arctique, de la zone tempérée ou de la zone tropicale ; qu’ils habitent l’Amérique ou l’Europe, l’Afrique ou l’Asie. La même chose est vraie pour les Baleines ou les Phoques; les mêmes détails de structure qui caractérisent le genre au pôle nord reparaissent chez les animaux de l’hémisphère sud, et dans l’espace intermédiaire, aussi loin que s’étende leur distribution naturelle. Même chose encore pour les Oiseaux, pour les Poissons, etc., etc. Et qu’on ne suppose pas que c’est là une simple ressemblance générale. Tant s’en faut ; l’identité de structure va jusqu’aux plus petits détails des particularités les plus infimes; dents, poils, écailles, plis du cerveau, ramifications vasculaires, replis de la muqueuse intestinale, complication des glandes, rien n’y échappe; et cela est [toussé si loin, que, seul, le naturaliste familier avec l’observation microscopique peut se faire une idée de la précision et de la permanence de ces caractères. Cette identité, pour tout dire, est tellement complète, que si, après avoir été mutilé de manière qu’aucun des caractères de l’espèce ne pût être reconnu, un animal quelconque était soumis à