LB VOLUME ET LES MILIEUX
à leur tour, celles-ci l’emportent sur les Clemmys ou les Cistudes, qui sont plus terrestres. C’est dans la mer que la classe des Poissons a ses représentants les plus énormes ; les Poissons d’eau douce sont de vrais nains en comparaison de leurs représentants marins, et les plus gros d’entre eux, comme les Esturgeons et les Saumons, vont à la mer. Môme chose se voit chez les Crustacés; pour s’en convaincre, il suffît de comparer l’Écrevisse au Homard, l’Apus à la Limule, etc. Chez les Vers, les Vers de terre et les Sangsues fournissent encore un vaste champ de comparaison et contrastent avec les types marins. Les Gastéropodes et les Acéphales n’offrent pas de moins nombreux exemples : les Ampullariées elles Anodontées les plus gigantesques sont petites en comparaison de certains Fusits, Voluta, Trit onium, Cassis, Slromlius ou du Tridacne. Les Rayonnés eux-mèiues, qui sont tous marins, à l’exception du seul genre Hydra , ne font pas exception à la règle, car les Hydroïdes d’eau douce sont au nombre des plus petits Acalèphes connus.
Cette coïncidence, sur une échelle aussi considérable, semble devoir venir à l’appui de l’opinion qui attribue aux éléments une influence modificatrice immédiate sur les animaux. Malgré cela, je considéré ce fait comme une des preuves les plus frappantes qu’il n’y a entre les deux choses aucun rapport de causalité. Pour que j’eusse tort, il faudrait que les représentants, terrestres ou aquatiques, d’une même famille ne présentassent pas la très-grande similitude qu’ils ont tous dans tous leurs caractères essentiels, lesquels n’ont véritablement aucune connexion quelconque avec les éléments. Ce qui de l’Ours polaire fait un ours, ce n’est pas son appropriation à un genre de vie aquatique. Ce qui fait de la Baleine un mammifère n’a aucun rapport avec la mer. Ce qui réunit dans la même classe les Vers de terre, les Sangsues et les Eunices n’a pas plus de lien avec leur habitat que n’en ont les particularités de structure auxquelles l’homme, le Singe, la Chauve-souris, le Lion, le Phoque, le Castor, le Rat et la Baleine doivent de ne former qu’une seule classe. De plus, entre des animaux de type différent qui vivent dans le
DE L’ESPÈCE
même clément, il n’y a, quanta la grandeur, aucune analogie. Les Insectes aquatiques, les Mollusques aquatiques se trouvent, sous ce rapport, dans la moyenne de leur classe, aussi bien que les Reptiles, les Oiseaux ou les Mammifères aquatiques. Il n’y a pas une moyenne commune, soit pour les animaux terrestres, soit pour les animaux aquatiques, pris ensemble, des différentes classes, et en cela réside la preuve que les êtres organisés sont indépendants des milieux dans lesquels ils vivent, pour ce qui concerne leur origine; quoiqu’il soit d’ailleurs très-clair que, au jour de la création, ils ont dû être adaptés à l’élément dans lequel ils étaient placés.
Pour moi, je vois dans ces faits que les phénomèmes de la vie se manifestent au sein du monde physique, et non pas qu’ils en dépendent ou en émanent; que les êtres organisés sont faits pour conquérir et s’assimiler les matériaux du monde inorganique, et qu’ils conservent leurs caractères originels en dépit de l’action incessante des agents physiques sur eux. Et j’avoue que je ne peux pas comprendre comment, des êtres entièrement indépendants de ces forces auraient pu être produits par elles.
Fixité des particularités spécifiques dans tous les êtres organisés.
La science fit un grand pas en avant le jour où elle s’assura que les espèces ont des caractères fixes et ne changent point dans le cours du temps. Mais ce fait, dont on doit la démonstration à G. Cuvier (1), a acquis une importance plus grande encore depuis qu’il a été également établi que les changements, même les plus extraordinaires, dans le mode d’existence d’un animal et dans les conditions où il est placé, n’ont pas plus d’influence sur ses caractères essentiels que le cours du temps.
(1) G. Cuvier, Recherches sur les ossements fossiles, etc . , nouvelle édition, l’aris, 1821, 5 vol. in-4, ligures, vol. 1, sur 176is, p. cxli.
FrXITÊ DES PARTICULARITÉS SPÉCIFIQUES. 77
Les faits relatifs à ces deux propositions sont trop bien connus pour qu’il soit nécessaire d’en faire un exposé spécial. J’en rappellerai cependant quelques-uns pour qu’on ne puisse pas se méprendre sur ce que je veux dire. Les animaux des diverses périodes géologiques diffèrent spécifiquement, en masse, de ceux des formations qui précèdent ou qui suivent; c’est là un fait suffisamment démontré. Entre deux périodes géologiques successives, des changements ont donc eu lieu parmi les animaux et les plantes. Mais aucune de ces formes primordiales de la vie, appelées espèces par les naturalistes, n’a, que l’on sache, changé pendant la durée d’une de ces périodes. A la vérité, quelques zoologistes supposent que les espèces des périodes diverses consécutives dérivent les unes des autres, les caractères distinctifs des plus récentes découlant de modifications subies par celles des âges précédents. Mais c’est là une pure supposition, qui ne repose ni sur le témoignage de la physiologie, ni sur celui de la géologie, et l’assertion que les animaux et les plantes peuvent changer d’une semblable manière, pendant la durée d’une seule et môme période, est également gratuite. On sait, au contraire, par les preuves que nous ont conservées les monuments de l’Egypte et par la comparaison minutieuse qu’on a pu faire des animaux trouvés dans les sépultures égyptiennes avec les spécimens vivants de la même espèce et du môme pays, qu’il n’y a pas ombre de différence entre les uns et les autres, au bout d’une période de cinq mille ans. Cette comparaison, faite pour la première fois par Cuvier, a prouvé que, aussi loin que nous puissions porter nos recherches en arriére, nous ne découvrons pas môme un léger indice pouvant porter à croire que les espèces se modifient dans le cours des siècles, tant que nous bornons nos comparaisons à une seule et môme grande époque cosmique. La géologie montre seulement que, à des périodes différentes (1), il a existé des espèces différentes; mais
(1) Personne ne se trompera sur le sens du mot période employé ici pour désigner des ères différentes, des époques distinctes, d’une longue durée, dont
r>B l'espèce.
nulle part on n’a découvert d’intermédiaires entre celles d’une époque et celles d’une autre époque consécutive. D’ailleurs la question dont il s’agit n’est pas celle de l’origine des différences observées dans l’ensemble des espèces qui appartiennent à deux périodes géologiques distinctes. La question débattue dans ce paragraphe est uniquement celle de la fixité ou non-fixité des espèces durant une seule et même époque, une seule et même ère, une seule et même période de l’histoire du globe. Or, rien ne fournit même l’argument le plus faible en faveur de la mutabilité. Au contraire toutes les
chacune est caractérisée par des animaux différents. Il faudrait une ignorance complète des faits dont il s'agit pour considérer la diversité qui apparaît entre ces animaux comme étant, par cllc-méme, la preuve que les espèces se modifient. La véritable qnestion est celle-ci : Une modification quelconque a-t-elle eu lieu peudant la durée d’une ou de plusieurs de ces périodes? On ne saurait croire avec, quelle légèreté certaines personnes auxquelles manque la connaissance des faits discutent ce point, tout en ayant l'air de raisonner logiquement. lin physicien distingué s’est récemment occupé de ce sujet de l'immutabilité des espèces, et il a mis en doute la logique de ceux qui la tiennent pour démontrée. Je vais résumer son argumentation aussi brièvement que possible, et je montrerai, je l'espère, qu’il n'est pas à la question, a D’une période géologique à l'autre, on observe des changements. Des espèces n'existant pas à une période antérieure se rencontrent à une période postérieure, tandis que celles do la première époque ont disparu. Or, bien que chaque espèce ait pu posséder, durant un certain laps de temps, des particularités invariables, le fait que, lorsqu’on embrasse des périodes assez étendues, toutes les espèces d'une première époque sont, à une autre époque, remplacées par des espèces nouvelles, prouve qu’en définitive l’espèce change pour peu qu’on envisage une période suffisamment longue. » Les faits sont bien posés et je n'ai pas d'objection à faire à cet égard ; mais je soutiens que la conclusion n'est pas logique. Il est vrai que l'espèce est limitée à une période géologique donnée ; il est egalement vrai que, dans toutes les formations géologiques, les especes des périodes successives différent les unes des autres. Mais parce qu'elles diffèrent, s’ensuit-il quelles se sont modifiées! N'ont-elles pas été substituées, remplacées par d'autres ! L’espace île temps nécessaire à l’opération ne fait rien à la chose. Qu’on accorde, pour chaque période, des myriades d’années, que ce soit plus, que ce soit moins, la question reste toujours simplement celle-ci : Quand un changement a eu lieu, a-t-il eu lieu spontanément, sous l’acliou des forces physiques et suivant la loi de ces forces, ou bien a-t-il été produit par l'intervention d’un agent dont l’activité, avant comme après, ne s'exercait point sur cet objet ? Une comparaison rendra ma pensée plus clarie. Je suppose qu'un amateur de peinture visite un musée où les toiles sont classées systématiquement et où les tableaux d’écoles différentes sont placés dans l'ordre chronologique. En passant d'un salon à un autre, il observe des changements aussi grands que ceux nolés par les paléontologistes quand ils passent d’un système de roches à un autre. Mais parce que ces œuvres ont une grande ressemblance, puisqu’elles appartiennent à telle ou telle école ou sont