FIXITÉ DES PABTICULABITÊS SPÉCIFIQUES
recherches modernes (1) n’ont fait que confirmer les résultats obtenus d’abord par Cuvier, et les vues de ce grand maître sur la fixité de l’espèce.
C’est quelque chose que de pouvoir démontrer, par le témoignage des monuments et par la comparaison directe, que les animaux et les plantes n’ont point changé dans l’espace d’environ cinq mille années (2). Ce résultat a eu la plus heureuse intlueuce sur les progrès de la science, spécialement pour ce qui est des conséquences à tirer du fait que, à chaque époque et dans toute la série des formations géologiques, on rencontre une variété d’êtres organisés aussi considérable que celle dont nous sommes actuellement témoins (3). C’est par là qu’on a été amené à la conviction, aujourd’hui universelle parmi les naturalistes dignes de ce
d'époques très-rapprochécs, le critique aura-t-il raison de supposer que des tableaux anciens se sont métamorphosés pour devenir tableaux modernes, et de nier que les uns et les autres soient l'oeuvre d’artistes qui vivaient et agissaient au moment où ces toiles ont été peintes ? La question de l’immutabilité des espèces est absolument la même que celle de ce cas supposé. Ce n'est pas parce que les espèces ont eu une durée plus ou moins longue aux âges passés que le naturaliste les considère comme immuables. C'est parce que, dans la série tout entière des temps géologiques, et pendant la durée des siècles qui se sont écoulés depuis l’introduction première en ce monde des animaux et des plantes, il n’apparaît pas le plus petit indice qu'une espèce se soit transformée en une autre. Nous savons seulement qu'une différence existe à des époques differentes, ainsi qu’il arrive aux tableaux de différents siècles et d’écoles diverses. Mais taut que nous n'aurons sur ce point que les données fournies de nos jours par la géologie, il sera contre la philosophie et contre la logique de supposer, à cause de ces dilTérences, que les espèces changent ou ont changé, se transforment ou se sont transformées. C'est tout comme si l’on supposait que les tableaux se sont transformés dans le cours du temps. Nous ignorons quelle a été l’origine des êtres organisés, cela est vrai. Pas un naturaliste ne saurait rendre compte de leur apparition au commencement, pas ptns que de leur différence aux périodes différentes. Nous en savons assez toutefois pour repousser l'hypothèse de la transmutation. Qutre que cette hypothèse n'explique pas los faits, elle rend d'avance inutile toute tentative ultérieure de recherches à cet égard. (Voy. Baden Powell's Essaya, etc., cité ci-dessus, p. A 12 et suiv., et le 3 e Essai en général.)
(1) kunth, Hccherches sur les plantes trouvées dans les tombeaux égyptiens (Annales des sciences naturelles, vol. VIII, 1826, p. 411).
(2) It ne m’appartient pas de discuter jusqu'à quel point est fondée eu réalité la chronologie égyptienne ; mais, quoi qu’il en soit, il reste toujours que depuis l’époque la plus reculée qu'on connaisse, les animaux n’ont pas cessé d’ôtre ce qu’ils sont de nos jours.
(3) Voyez mon mémoire sur The primitive Diversity, etc., cité plus hauî, seet. va, note.
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T)E L’ESPÈCE
nom, que la terre existe depuis un nombre incalculable de siècles, et que le laps de temps écoulé depuis l’apparition de la vie à sa surface ne peut pas être évalué en années. La date môme de la période à laquelle nous appartenons est encore un problème, en dépit de la précision avec laquelle certains systèmes de chronologie prétendent fixer l’époque de la création de l’homme (1). Plusieurs circonstances, en effet, indiquent que les animaux actuellement vivants habitent la terre depuis un temps infiniment plus long qu’on ne le suppose généralement. Il a été possible de déterminer, le mode deformation des récifs de coraux, nommément de ceux de la Floride (2), avec une rigueur qui permet d’affirmer que huit mille ans environ sont nécessaires pour qu’un de ces bancs s’élève du fond de l’Océan au niveau de sa surface. Or, la pointe la plus méridionale de la Floride est entourée par quatre de ces bancs, concentriquement disposés les uns en dehors des autres et dont on peut démontrer que la formation a été successive. Cela fait remonter l’origine première de ces récifs à plus de trente mille ans, et cependant les coraux qui les ont construits sonl partout de la même espèce identique. Voilà donc un fait qui fournit, aussi directement qu’on la puisse obtenir dans n’importe quelle branche des recherches physiques, la preuve que quelquesunes, au moins, des espèces animales actuellement Vivantes remontent à plus de trente mille ans (3), et n’ont pas dans tout le cours de cette période (h) subi la plus légère inodilica-
M) Nolt et Gliddon, Types of Mankimt, p. 053.
(2) Vojez mon mémoire sur les Récifs de la Floride, publié dans « Reporcs of lhe United States Coasl Survey », et dont il a été d’abord publié des extraits dans le rapport pour l’aunée 1851, p. 145. l'n nouvel examen des récifs de la Floride m’a convaincu que cette estimation tombe au-dessous de la réalité. Le temps moyen du développement des coraux déterminé par l'observation directe n'est pas de moitié aussi rapide que je l'avais supposé d’abord.
(3) Je suis maintenant convaincu qu'on peut, sans exagération, porter l’âge de ce récif à cent mille ans, tant sont lentes les opérations de la nature.
(4) A ceux qui seraient tentés d’attribuer à l’influence modificatrice des agents physiques les différences qui existent entre les especes de périodes géologiques diverses; à ceux-là aussi qui considèrent les changements qui se produisent actuellement parmi les êtres vivants comme une preuve de leur système ; à ceux pour lesquels les faits que je viens de mentionner ne seraient pas