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FIXITÉ DES PARTICULARITÉS SPÉCIFIQUES

constamment ou qu’on passe sous silence. Pour autoriser l’argument qu’on en lire contre la fixité, un premier point on effet devrait être établi : il faudrait démontrer que tous les animaux que nous désignons par un même nom sont issus d’un tronc commun. Or, loin que ce soit le cas, c’est cliosc nettement contredite par la connaissance positive où nous sommes que les variétés de plusieurs d’entre eux, tout au moins, proviennent d’un mélange complet de différentes espèces (lj. Les monuments de l’Égypie font d’ailleurs voir que plusieurs de ces soi-disant variétés, qu’on suppose être le produit du temps, sont aussi anciennes que n’importe quel autre animal contemporain des hommes ; eu tous cas, * nous ne possédons ni tradition, ni monument de l’existence d’un animal sauvage, plus anciens que ceux qui nous représentent les animaux domestiques avec les mêmes différences qu’ils ont de nos jours (2). il est donc fort possible que les dillpreutes races d’animaux domestiques aient été originellement des espèces distinctes, dont le mélange est, de nos jours, plus ou moins complet comme celui des différentes races humaines, Enfin, ni les animaux domestiques, ni les plantes cultivées, ni les races humaines, ne sont des objets sur lesquels puisse porter l’élude de la fixité ou de la non-fixité de l’espèce. On ne peut en effet les introduire dans le débat sans trancher à l’avance, dans les prémisses, ce qui est précisément en question. D’ailleurs, à l’égard des différentes races de nos animaux domestiques que nous savons avoir été produites de main d’homme, aussi bien que pour certaines variétés de plantes cultivées, il importe de les bien distinguer des races permanentes que rien ne nous autorise à ne pas considérer comme primitives. Les premières sont le résultat des soins constants de l’homme; soit ! elles sont donc le produit de l’influence bornée, du faible contrôle que V esprit humain peut exercer sur les êtres organisés ; elles ne sont pas le produit arbitraire de la pure activité des causes physiques.

(1) Mosvolnilles, par exemple.

(2) NoU cl Gliddon, Types of Mankind, p. 380.

SU • DE L’ESPfcCE.

Il est prouvé, par conséquent, que même les modifications les moins importantes qui puissent avoir lieu pendant la durée d’une seule période cosmique, chez les animaux et les plantes, sont déterminées par une puissance intelligente et ne résultent pas de l’action immédiate des forces brutes!

Ainsi donc, loin de manifester les effets des causes physiques, les modifications quelconques ayant eu lieu, dans le cours du temps, chez les êtres organisés, apparaissent comme le résultat de l’action d’une Puissance intelligente. Elles donnent, par conséquent, une base matérielle au jugement qui, dans les différences observées chez ces êtres finis, voit une institution de l’Intelligence suprême et non le produit des causes physiques. Ce jugement acquiert une force nouvelle quand on considère que les différences existant entre nos diverses races d’animaux domestiques, ou entre nos plantes cultivées, et encore celles observées entre les races humaines, persistent et se conservent sous les influences climatériques les plus diverses. C’est là un fait dont les migrations si étendues des peuples civilisés fournissent chaque jour plus largement la preuve, et qui est en contradiction directe avec la supposition que les influences dont il s’agit aient pu produire ces variétés.

Quand, du reste, on parle de la domestication des espèces en particulier, on ne devrait pas oublier que chaque race d’hommes a ses espèces propres d’animaux domestiques et de plantes cultivées, et que ces espèces sont d’autant plus pauvres en variétés que la race qui les possède n’a eu que peu ou point de commerce avec d’autres races. C'est le contraire pour les animaux domestiques des peuples qui se sont formés par le mélange de plusieurs tribus.

On affirme souvent que les philosophes de l’antiquité ont résolu, d’une façon satisfaisante, toutes les grandes questions qui intéressent l’humanité, et que les investigations des modernes, tout en embrassant avec une vigueur nouvelle, tout en éclairant d’un jour nouveau les phénomènes de l’ordre matériel, n’ont cependant que peu ou point agrandi le champ du progrès intellectuel. Est-ce vrai? 11 n’y a pas

une question d’un intérêt plus grand pour l’homme que celle de sa propre origine et de l’origine des choses. Et cependant l’antiquité est restée là-dessus d’une ignorance absolue. L’antiquité croyait que tout avait existé de toute éternité ou que tout avait été créé à la fois. La science moderne, au contraire, peut prouver de la manière la plus satisfaisante que tous les êtres finis ont fait apparition successivement et à de longs intervalles, que chaque espèce d’êtres organisés ayant vécu aux époques antérieures n’a existé que pendant une période définie, et que celles qui existent aujourd’hui ont une origine relativement récente. En même temps, l’ordre dans lequel elles se sont succédé, leur immutabilité dans le cours de chaque période cosmique, au lieu d’indiquer un lien de causalité avec les forces physiques et quelque chose qui rentre dans la sphère d’activité naturelle de ces agents, témoignent au contraire de l’intervention réitérée du Créateur. Il est vraiment singulier que cette intervention admise par tout le monde, les seuls matérialistes exceptés, dans l’établissement, des lois qui gouvernent le monde inorganique, soit niée, malgré cela, par quelques physiciens dès qu’il s’agit d’expliquer l’introduction des êtres organisés aux différentes périodes qui se sont succédé dans l’histoire de la terre. Au lieu d’être une preuve que le monde organique est le produit de forces brutes, cela ne dénoterait-il pas simplement que ces observateurs ont une connaissance fort imparfaite des conditions dans lesquelles la vie se manifeste, et de la différence essentielle existant entre les phénomènes du monde organique et ceux du monde physique?

Relation des êtres organisés avec le monde ambiant.

Tous les animaux, tous les végétaux, sont dans un certain rapport défini avec le monde ambiant. Quelques-uns d’entre eux, comme les animaux domestiques et les plantes cultivées,

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sont à la vérité susceptibles de s’adapter plus aisément que les autres à des conditions diverses; mais cette flexibilité même est un trait caractéristique. Ce rapport est de la plus haute importance, pour peu qu’on se place à un point de vue systématique, et mérite de la part des naturalistes l’attention la plus scrupuleuse. Or, la direction qu’ont prise les études zoologiques depuis que l’anatomie comparée et l’embryologie se sont presque entièrement emparées de l’attention des observateurs, a été très-défavorable aux recherches sur les mœurs des animaux. C’est cependant par les mœurs que se manifestent plus spécialement leurs relations entre eux et celles qu’ils ont avec les circonstances au sein desquelles ils vivent. Il faut aller chercher dans les auteurs du siècle dernier (1) les notions vraiment intéressantes sur les mœurs des animaux, car bien petit est le nombre des écrivains modernes qui se sont occupés principalement de ce sujet (2). On y attache de nos jours si peu d’importance que les hommes qui étudient cette branche de l’histoire naturelle sont difficilement reconnus comme des égaux par les naturalistes leurs confrères, anatomistes, physiologistes et classificateurs. Pourtant, sans une connaissance approfondie des mœurs des animaux il sera toujours impossible de déterminer, avec un suffisant degré de précision, les limites vraies de toutes ces espèces que la Zoologie descriptive a admises de notre temps avec une si grande eon-

(1) R. Ant. de Réaumur, Mémoires pour servir à l'histoire des Insectes. A Paris, 1834-42, 6 vol. in-4, fleures. — A. J. Riisel. Inseclenbelustigungcn. Nuremberg, 1746-61, 4 vol. in-ü, figures. — G. C. Leclerc de BufTon, Histoire naturelle générale et particulière. Paris 1749, 41 vol. in-4, figures.

(2) J. J. Audubon, Ornithological Ringraphy, or au account of lhe habits of the Ri rds of the United States of America. Edimbourg, 1831-49,

5 vol. in-4. — W. Kirby et W. Spence, An Introduction to Enlomulogy, Londres, 1818-26, 4 vol. in-8, figures. — H. 0. Lenz, Gemeinniluige èîaturgeschichte. Gotha, 1835, 4 vol. in-8. — J. Th. Ch. Ratzcnburg, Die Forst- Insekten. Berlin, 1837-44, 3 vol. in-4, figures et suppléments. — T. W.

Harris, Report on the Inseets injurions to végétation. Cambridge, 1841,

1 vol. in-8, l’ouvrage lo plus important sur les insectes de l’Amérique. —

A Treatisc on some of lhe Inseets of New-England which are injurions lo Végétation. Boston, 1852, in-8. d

fiance en elle-même. En définitive, qu’importe à la science que mille espèces de plus ou de moins soient décrites et introduites dans nos systèmes, si nous ne savons rien sur leur compte ? Un défaut, trop commun dans tous les ouvrages relatifs aux mœurs des animaux, a sans doute contribué à en diminuer la valeur et à détourner l’attention dans une direc* lion autre; c’est le caractère purement anecdotique de tous ces travaux ou la circonstance que, trop souvent, ils ont servi de prétexte au récit d’aventures personnelles. Néanmoins, l’importance de celle sorte d’études pourrait difficilement être surfaite, et il est hautement à souhaiter que les naturalistes rentrent dans cette voie, aujourd’hui que l’anatomie comparée, la physiologie et l’embryologie peuvent leur suggérer tant d’idées nouvelles et que les progrès de la géographie physique fournissent une large base aux recherches de ce genre. On pourrait alors savoir si, véritablement, les espèces décrites sur des spécimens isolés sont fondées dans la nature, ou si elles ne sont pas plutôt un certain degré de développement d’autres espèces. On pourrait connaître ce qu’on connaît encore si mal, jusqu’où va l’amplitude des variations chez les animaux, quand on les observe à l’état sauvage, ou plutôt ce qu’il y a d’individuel dans tous les êtres vivants et dans chacun en particulier. L’individualité est, en effet, si prononcée dans certaines familles — et celle des tortues en offre un exemple très-frappant — qu’une description rigoureuse des espèces ne peut guère être faite sur des spécimens isolés, et c’est pourtant ce qu’on essaye toujours de faire. J’ai vu des centaines d’exemplaires de certains de nos Chéloniens sans en rencontrer deux d’absolument identiques. A vrai dire, les limites de cette variabilité constituent un des plus importants caractères de quelques espèces. Sans une connaissance précise du point exact où elle cesse pour chaque genre, il serait impossible d’obtenir jamais une base solide pour la distinction des espèces. Quelques-unes des questions les plus indécises de la Zoologie et de la Paléontologie auraient pu être fixées depuis longtemps, si l’on avait eu des notions précises sur ce point et

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si l’on savait mieux quelle inégalité présentent, à cet égard, les différents groupes du règne animal, quand on les compare les uns aux autres. Tandis que les individus de certaines espèces semblent tous différents et pourraient être décrits comme espèces distinctes, si on les voyait séparément ou si on les avait recueillis dans des contrées différentes, ceux d’autres espèces paraissent avoir été coulés tous dans un moule unique. On doit donc voir tout de suite combien divers peuvent être les résultats de la comparaison entre deux faunes, pour peu que les espèces de l’une aient été l’objet de longues et minutieuses études de la part des naturalistes du pays, et que celles de l’autre soient seulement connues par des échantillons ramassés au hasard par des voyageurs, ou encore lorsque des fossiles, représentants de certaines espèces .à une période donnée, sont rapprochés des animaux actuellement vivants, sans que les deux faunes aient été révisées d’abord d’après un type commun (1).

Une autre lacune dans la plupart des ouvrages relatifs aux mœurs des animaux, c’est l’absence de vues générales et de comparaisons. Ils ne nous font pas connaître à quel degré des animaux rapprochés par leur structure se ressemblent par les habitudes, ni si les mœurs sont l’expression de la structure. Chaque espèce est décrite comme si elle était unique au monde; ses particularités sont le plus souvent exagérées comme pour la faire ressortir davantage au milieu des autres. Quel intérêt cependant n’offrirait pas l’étude comparative de la manière de vivre d’espèces étroitement alliées! Combien serait instructive la peinture delà ressem-

(1) A cet égard, je ferai remarquer que, dans la plupart des cas où l’identité spécifique a été affirmée entre des espèces fossiles et des espèces vivantes, ou bien entre des espèces fossiles de périodes diverses, les familles auxquelles ces cas sont empruntes offrent ou une très-grande similitude ou, au contraire, une variabilité excessive, et, par conséquent, il est très-difficile de fixer les limites de l’espèce. Ces sortes de cas devraient être absolument laissés de côté dans la discussion des questions générales où sont engagés des principes fondamentaux, comme on fuit pour les observations qui ne méritent pas créance dans les autres branches de la science. Cf. d’ailleurs mon mémoire sur la diversité et le nombre des animaux, cité précédemment, et où ce point est envisagé d’une manière spéciale.

blance qu’offrent, sous ce rapport, des espèces du même genre ou de la même famille ! Plus j’étudie ce sujet et plus je suis frappé de la similitude qui existe dans les mouvements, les habitudes générales et même l'intonation de voix chez des animaux appartenant à une même famille, c’està-dire chez des animaux qui ont, essentiellement, une grande conformité de figure, de stature, de structure et de mode de développement. Une étude minutieuse des mœurs, des mouvements, de la voix des animaux, ne peut manquer, par conséquent, de jeter plus de clarté sur leurs affinités naturelles.

En même temps que je constate la très-grande importance de ce genre d’études, au point de vue delà coordination systématique des animaux, je ne puis m’empêcher de regretter profondément qu’on n’en comprenne pas mieux la valeur au point de vue des notions que ces recherches peuvent fournir sur les animaux eux-mêmes, toute question de système écartée. Combien ne reste-t-il pas à apprendre sur chaque espèce après qu’on l’a nommée et classée ! Personne ne peut lire Y Histoire Naturelle des Oiseaux de !’ Allemagne, par Naumann, sans faire la réflexion que l’histoire naturelle serait bien plus avancée si les mœurs de tous les autres animaux avaient été aussi soigneusement étudiées et aussi minutieusement décrites. Et cependant, ce livre ne contient presque rien qui ail de l’importance sous le rapport de la distribution systématique des oiseaux. Nous ne possédons que les données les plus élémentaires pour la discussion, sur une base scientifique, de la question des instincts, ou en général des facultés des animaux comparés soit entre eux, soit avec l’homme (1). Cela tient non-seulement à ce que peu d’animaux ont été étudiés à fond, mais à ce qu’un bien plus petit nombre encore ont été observés durant les premières phases de la vie, alors que les facultés commencent

(1) P. Scheitlin, Versuch einer vollsttindigen Thierseelenkunde, Stultgardt et Tübingen, 18â0, 2 vol. in-8. — Fréd. Cuvier, Résumé analytique des observations sur l’instinct et l'intelligence des animaux, par H. Flourens ( Annales des Sciences naturelles, 2* série, vol. XII).

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h sc développer. Et pourtant combien il est attrayant, combien il est instructif cet âge du développement, dans tout être qui vil! Qui pourrait, par exemple, continuer un instant de plus à croire que les mœurs des animaux sont, à un degré quelconque, déterminées par les circonstances dans lesquelles ils vivent, après avoir vu la petite tortue du genre Chehjdra , encore enfermée dans l’œuf dont elle occupe à peine la partie moyenne, le sac du jaune, aussi volumineux qu’elle, pendant sous la face inférieure du corps enveloppé par l’amnios et l’allantoïde, les yeux clos, happer avec autant de force que si elle pouvait mordre sans se tuer ellemême (1) ? Qui a pu voirie « Sun fis h o ( Pomotis vnlyaris) sc balançant sur ses œufs et les protégeant pendant des semaines, ou le chat marin ( Pimelodns Catiisi) se mettant en mouvement avec ses petits, comme une poule avec ses poussins, sans demeurer convaincu que le sentiment qui les guide dans ces actes est de même nature que celui qui attache la vache à son nourrisson ou la mère à l’enfant? Quel est l'observateur qui, après avoir constaté cette analogie entre certaines facultés de l’homme et certaines facultés des animaux supérieurs, peut, dans l’état actuel de nos connaissances, se dire prêt à tracer la limite où cesse ce qu’il y a de naturellement commun à l’un cl aux autres? Assurément pour parvenir à déterminer l’exact caractère de toutes ces facultés il n’y a qu’une voie ouverte : c’est l’étude des mœurs des animaux et la comparaison entre ces êtres et l’homme aux premières phases de son développement. J’avoue que je ne saurais dire en quoi les facultés mentales d’un entant diffèrent de celles d’un jeune chimpanzé.

Aujourd’hui que nous avons des caries physiques de presque toutes les contrées du globe (2), indiquant la température moyenne de l’année et celle de chaque saison sur les

(1) Voy. L. Agassiz, Contributions to the Saturai Hislory of the United States of America (l rB monographie, t. Il, partie II!, consacrée à YEmbryologie des Tortues). Botlon, 1857, in-ii, figures.

(2) Berghaus, Pltysilsalispher Allas. Cotlia, 1838 etsuiv-, in-folio. — Alexis

Keith Johmtou, l'hystcal Atlas of nalural Phenomena ■ Edimbourg, 1848, in-folio. . . . W

continenis et sur les mers; aujourd’hui que l’élévation moyenne des terres au-dessus du niveau des océans et leurs particularités caractéristiques, vallées, plaines, plateaux, systèmes orographiques, sont suffisamment connues ; aujourd’hui que la distribution de l’humidité dans l’atmosphère, les limites des bassins, la direction dominante des vents, le sens des courants océaniques, sont non-seulement déterminés, mais encore figurés sur les cartes, même dans les allas des écoliers ; aujourd’hui que la structure géologique de presque toutes les parties du globe a été établie avec un degré passable de précision, les zoologistes ont devant eux le champ le plus vaste, la base la plus exacte qu’ils puissent souhaiter, pour >la détermination de tous les rapports existant entre les animaux et le monde ambiant.

Nous nous sommes uniquement occupé jusqu’ici, de la part qu’auraient pu avoir les forces physiques à la venue au monde des êtres organisés, et nous nous sommes convaincu qu’elles ne sont point la cause de l’existence de ces êtres. 11 nous faut maintenant examiner plus particulièrement les relations qui ont lieu entre le monde organique et le monde physique, mais simplement comme fait existant, comme conditions auxquelles, à l’heure de la création, plantes et animaux furent assujettis, dans des limites définies d’action et de réaction réciproques. Si les êtres animés ne sont pas le produit de l’activité du monde physique, il n’en est pas moins vrai qu’ils vivent au sein de ce monde ; ils y sont nés, ils s’y développent, ils s’y multiplient, ils se l’assimilent et s’en nourrissent, ils exercent même sur lui une influence modificatrice, dans cette même mesure où, de son côté, il favorise les manifestations de la vie. La description de ces rapports ne peut donc pas manquer d’être profondément instructive et intéressante, même en laissant de côté la question de savoir comment ils ont été établis. Or, c’est là la sphère d’investigation qu’embrassé l’étude des moeurs des animaux. La manière d’être île chaque espèce vis-à-vis de ses co-existants et par rapport aux conditions dans lesquelles elle vit, voilà un champ de recherches aussi vaste que riche

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en détails, cl de l’intérêt le [dus haut. En le cultivant pour lui- même, et sans sortir de la sphère qui imprime plus particulièrement à chaque espèce animale ou végétale ses caractères essentiels, on y trouvera vraisemblablement la preuve la plus directe et la plus inattendue de l’indépendance mutuelle des forces physiques et des organismes; à moins que je ne me trompe sur la valeur des faits que j’ai moi-même pu recueillir. Que peut-il y avoir de plus caractéristique pour les différentes espèces d’animaux que leurs mouvements, leurs jeux, leurs affections, leurs amours, les soins de leur progéniture, la dépendance des jeunes à l’égard des parents, leurs instincts, etc., etc. ? Or, rien de tout cela n’est subordonné, au plus petit degré, à la nature ou à l’action des circonstances physiques dans lesquelles les animaux vivent. Les fonctions organiques elles-mêmes sont indépendantes, à un degré dont on n’a pas l’idée, de ces circonstances, bien que ce soit là le côté de l’existence qui m ontre les connexions les plus étroites avec le monde environnant.

Trop longtemps les fondions ont été considérées comme le critérium du caractère des organes. C’était presque devenu un axiome, en anatomie comparée et en physiologie, que des fonctions identiques supposent des organes identiques. La plupart de nos traités généraux d’Analomie comparée ont leurs divisions fondées sur ce principe. Or, jamais principe plus faux et produisant des conséquences plus désastreuses n’a été aussi généralement admis. C’est chose surprenante que les naturalistes ne l’aient pas depuis longtemps répudié ; il n’est pas un d’entre eux qui ne doive s’apercevoir, de plus en plus, combien il est mal fondé. Les organes de la circulation et de la respiration chez les Poissons en sont un exemple remarquable. Pendant combien de temps n’a-t-on pas regardé les branchies de ces animaux comme les équivalents des poumons des Vertébrés supérieurs, simplement parce qu’elles sont des organes respiratoires. Cependant les branchies sont formées d’une tout autre manière que les poumons; elles ont avec le système vasculaire des rapports

tout différents, et l’on sait aujourd’hui qu’elles peuvent exister en même temps que les poumons, comme cela se voit sur quelques Batraciens adultes et, aux phases premières de la vie embryonnaire, sur tous les Vertébrés. Il ne peut plus y avoir aujourd’hui aucun doute que ce ne soient là des organes essentiellement divers, dont les fonctions ne sont point un indice certain de leur nature et ne fournissent aucun argument en faveur de leur identité. On en peut dire autant du système vasculaire des Poissons. Cuvier (1) fait du cœur de ces animaux le représentant de l’oreillette et du ventricule droits, par cette raison qu’il pousse dans les branchies le sang qu’il contient, de la même manière que le ventricule droit lance le sang dans les poumons des animaux à sang chaud. Mais l’embryologie nous aapprisque celte comparaison, basée sur les relations spéciales du cœur des poissons, est injustifiable. Les sacs à air de certaines Araignées ont aussi été considérés comme des poumons parce qu’ils remplissent des fonctions respiratoires analogues; ce ne sont toutefois que des trachées modifiées (2) construites sur un plan si particulier et ayant, avec l’espèce de sang propre aux Articulés (3) ,des rapports si différents, qu’aucune homologie ne peut être signalée entre eux et les poumons des Vertébrés. Ils n’en ont pas davantage avec les soi-disant poumons des Mollusques à respiration aérienne, chez lesquels les cavités respiratoires aériennes sont simplement une modification des branchies, d’un genre spécial, qu’on trouve chez les autres Mollusques. 11 serait facile de multiplier les exemples. Je me bornerai à indiquer encore le canal alimentaire des Insectes et des Crustacés avec ses appendices glandulaires, qui est formé d’une tout autre façon que celui des Vertébrés, des Mollusques ou des Rayonnés; de même les membres, les

(1) G. Cuvier, Règne animal, 2 e édit., vol. II, p. 122,

(2) Lcuckardt, Ueber de» i liau und die Bedeutung des sogenannten I.angcn bei dm A rachnidcn, dans Siebold et Külliker ( Zeitschrift fiir wiss. Zoologie, 184!), I, p- 246).

(3) Êm. Blanchard, De la circulation dans les insectes ( Complet rendus, 1847, vol. XXIV, p. 870). — L. Agassiz, On the Circulation of the Fluids in Insecis ( Froceedoig of the American Association / or 1849, p. 140).

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ailes, etc., etc. J’ajouterai que ce qu’on appelle le pied chez les Mollusques n’a rien qui puisse permettre de conserver l’idée de l'analogie qu’implique ce nom, entre l’appareil locomoteur des Mollusques et celui des Vertébrés ou des Articulés. L’emploi de telles dénominations ne peut manquer de tromper les débutants, et cependant il y a encore des maîtres qui ne savent pas s’affranchir de 1 extravagance des comparaisons de ce genre, surtout quand il s’agit des parties solides de la structure des animaux inférieurs (i).

On avait identilié les fonctions et les organes, par une conséquence naturelle des idées qui prévalaient quant à la prétendue iniluence exercée par les forces physiques sur les êtres organisés. Mais, dès qu’on a eu compris que des organes peuvent être très-différents tout en accomplissant les mêmes fonctions, l’organisation s’est trouvée placée vis-à-vis des agents physiques dans une situation telle qu’il est devenu impossible de persister à voir entre eux un lien génésique. Un Poisson, un Crabe, une Moule, qui vivent dans les mêmes eaux, respirent à la même source, devraient avoir les mêmes organes respiratoires, si les éléments dans lesquels ils vivent avaient quelque chose à voir avec les détails de leur organisation. Je ne suppose personne d’assez borné pour imaginer que les mêmes puissances physiques, agissant sur des animaux de type différent, doivent produire, pour chacun, des organes particuliers, sans s’apercevoir tout de suite qu’une semblable supposition implique l'existence préalable de ces animaux, indépendamment de l’action des puissances physiques. Mais cette erreur est si constamment reproduite dans les discussions sur ce sujet, ou sur des sujets semblables, que, à cause de sa fréquence même, il faut la réfuter (2). Au contraire, si l’on reconnaît qu’une conception inlellec-

(1) C. G. Carus, Von den Ur-Theilen de* Knochen und Schalengerüstes. Leipzig, 1828, 1 vol. in-folio, p. Gl-89.

(2; Le jour n’est pas loin, je l'espère, où botanistes et zoologistes se défendront également dq partager les doctrines physicistes qui prévalent plus ou moins, actuellement, sur l’origine et l’existence des êtres organisés. Quand ii viendrait un moment où la lutte que je soutiens aujourd'hui contre ces doc-

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