TYPES SPÉCIAUX A DES LOCALITÉS PARTICULIÈRES
L’Australie, aujourd’hui le séjour presque exclusif des Marsupiaux, a fourni aussi un très- grand nombre d’espèces non moins remarquables de ce type et deux genres éteints. Les uns et les autres ont été décrits par Ovven dans le compte rendu adressé, en 1844, ;\ l’Association Britannique et dans les « Expéditions de Mitchell dans l'intérieur de l'Australie ». Ces descriptions ont été complétées depuis.
Jusqu’à quel point des faits analogues peuvent-ils se rencontrer dans d’autres classes, c’est ce qu’il reste à savoir. Notre connaissance de la distribution des fossiles est encore trop fragmentaire pour qu’on en puisse tirer des données plus complètes sur ce sujet. Il est toutefois digne de remarque que plusieurs familles de poissons, représentées sur une grande étendue dans le système dévonien de l’ancien continent, n’ont point été trouvées, en Amérique, parmi les fossiles de cette période : les Céphalaspides, par exemple, les Diptères, les Acanthodes. De plus, certains Reptiles gigantesques de la période triasique et de l’oolithique ne se rencontrent nulle part ailleurs qu’en Europe. Or, il n’est guère possible d’attribuer le fait à ce que ces formations sont plus restreintes dans les autres parties du monde, puisque d’autres fossiles de ces mêmes formations ont été retrouvés dans les autres continents. 11 est plus vraisemblable que quelques-uns de ces fossiles, au moins, étaient particuliers à une aire limitée de la surface du globe ; car, même en Europe, leur distribution est très-circonscrite. Cependant, les types des périodes géologiques les plus anciennes sont distribués sur une étendue beaucoup plus grande que celle embrassée, aujourd’hui, par des familles très-récentes.
Sans donc insister sur un point qui peut prêter à la discussion, il demeure évident que certains types particuliers d’animaux étaient déjà, avant l’établissement de l’état de choses actuel, renfermés dans des aires définies. Ils ont continué à occuper le même terrain ou un territoire analogue, à l’époque présente, encore bien qu’aucun lien génésique ne puisse être supposé entre les animaux des deux périodes consécutives. En effet, les représentants de ces types, dans les
AtiASSIZ. Il
DE L’ESPÈCE
formations différentes, n’appartiennent pas nécessairement à un genre commun. De semblables faits sont en contradiction la plus directe avec toute hypothèse qui, d’uno manière quelconque, prétendrait en rapporter l’origine aux agents physiques. A première vue, la circonscription de ces animaux dans des aires géographiquement constantes paraît favorable à une interprétation de ce genre; mais il ne faut pas oublier que les êtres ainsi localisés vivent ou ont vécu dans la société d’autres types occupant des surfaces beaucoup plus considérables. Chose plus significative encore, ils appartiennent à des périodes géologiques différentes, de l’une à l’autre desquelles de grands changements physiques ont eu lieu indubitablement. Ainsi donc ces faits indiquent précisément le contraire de ce que suppose la théorie. Ils prouvent que la ressemblance se continue entre des êtres organisés, durant une suite de périodes géologiques, et en dépit des changements considérables que les circonstances physiques prédominantes ont subis, à ces diverses époques, dans les pays habités par ces êtres. Par quelque côté qu’on prenne la théorie qui attribue à l’influence des agents physiques l’origine des êtres organisés, cette théorie ne supporte ni l’examen, ni la critique. Seule, l’intervention délibérée d’une Intelligence, agissant continuellement suivant un plan unique, peut rendre compte des phénomènes de ce genre.
Limitation de certaines espèces à des périodes géologiques particulières.
Sans discuter ici dans quelles limites précises le fait est vrai, il ne peut plus faire doute que les espèces, — et non pas seulement les espèces, mais tous les autres groupes des régnes organiques, — unt, tout comme les individus (1), une durée limitée. Le terme de la durée de l’espèce coïncide
(l) Voyez section xx.