‹ De l'espèce et de la classification en zoologieChapitre 27 sur 93 · ESPÈCES SPÉCIALES A DES PÉRIODES PARTICULIÈRES · texte numérisé non relu

ESPÈCES SPÉCIALES A DES PÉRIODES PARTICULIÈRES

généralement avec de grands changements dans les conditions physiques de la surface du globe (1). Malgré cela, chose étrange à dire, parmi les observateurs qui prétendent rapporter l’origine de l’organisation à l'influence des forces physiques, le plus grand nombie n’en soutient pas moins que les espèces peuvent passer d’une période à l’autre; ce qui implique cependant qu’elles ne sont pas affectées par les modifications survenues dans les forces (2).

Lorsqu’il s’agit de la limitation de certaines espèces à des périodes géologiques particulières, on peut, sans inconvénient, négliger la question de savoir s’il y a eu simultanéité entre l’apparition d’une faune et la disparition de la faune précédente. Cela n’affecte en rien le résultat des recherches, puisqu’il est universellement admis qu’aucune espèce connue, parmi les fossiles, n'a prolongé son existence à travers une suite indéfinie de formations. Du reste, le nombre des espèces regardées comme demeurant identiques pendant plusieurs périodes successives va en diminuant, à mesure que la comparaison en est faite avec plus de rigueur et plus de soin. J’ai déjà prouvé, il y a longtemps, combien différent profondément des espèces actuelles (3) certaines espèces tertiaires, qu’on avait toujours réputées identiques avec les animaux de nos jours. J’ai montré combien les espèces d’une même famille peuvent se ressembler peu dans les subdivisions successives d’une même grande formation géologique (à). Hall est parvenu à la même conclusion par l’examen des fossiles de l’état de New-York (5). Toute monographie nouvelle réduit le nombre de ces ressemblances dans

(1) Élic de Reaumont, Recherches Sur quelques-unes des révolutions de la surface du globe. Paris, 1830, in-8.

(2) Voy. H. G. Rronn, Index palœontologicus. Slultgardt, 1848-49, 3 vol. in-8. — Aie. d’Orbigny, Prodrome de paléontologie straligrophique universelle. Paris, 1850, 2 vol. in-12. — J. Morris, Catalogue of lhe lintish Fossils. Londres, 1854, 2 e édit., in-8.

(3) L. Agassiz, Coquilles tertiaires réputées identiques arec tes espèces vivantes. Neufcliâlel, 1847, in-â, fig.

(Il) L. Agassiz, Études critiques sur les mollusques fossiles. Neufcliâlel, 1845-40, in-4, fig.

(5) J. Hall, Palœontology of the State of New-York,

1)E L’ESPÈCE

chaque Formation. Ainsi, Barrande, qui a consacré tant d’années aux plus minutieuses recherches sur les Trilobites de la Bohême (1), est arrivé à la conclusion que leurs espèces ne passent pas d’une formation à l’autre. D’Orbigny (2) et Pictet (3) ont été conduits au même résultat pour les fossiles de toutes les classes. On peut bien le dire, à mesure que les débris fossiles sont plus soigneusement étudiés au point de vue zoologique, la prétendue identité des espèces, dans des formations géologiques différentes, s’évanouit graduellement et de plus en plus. Si bien que la limitation de l’espèce dans le temps, déjà reconnue d’une manière générale dès les premières recherches faites sur les fossiles de formations successives, se resserre pas à pas dans des périodes moins longues, mieux définies et plus uniformes. L’espèce est véritablement bornée dans le temps comme elle est, à la surface de la terre, bornée dans l’espace. Ce que révélent les faits, ce n’est pas la disparition graduelle d’un petit nombre d’espèces et l’introduction également graduelle d’un nombre correspondant d’espèces nouvelles; c’est, au contraire, la création simultanée et la destruction simultanée de faunes entières et la coïncidence entre ces révolutions du monde organique et les grands changements physiques que la terre a subis. Il serait toutefois prématuré de vouloir déterminer quelle étendue géographique a été comprise dans ces changements, et l’on serait moins autorisé encore à affirmer le synchronisme de ceux-ci sur toute la surface du globe, mers et continents.

Il faut étudier très-attentivement les ouvrages d’Élie de Beaumont (à), si l'on veut se faire une juste idée des grands changements physiques qu’a éprouvés la surface du globe, de la fréquence de ces modifications et de leur coïncidence avec

(1) Barrande, Système silurien. — L. Agassiz, Monographies d'Echinodernies.

(2) D’Orbigny, Paléontologie française.

(3) Pictet, Traité de paléontologie.

(A) Élic de Beaumont, .Yolice sur les systèmes de montagnes. Paris, 1852, 3 vol. in-1‘2. — Léop. de Buch, Ueber die geognostischen Système von Deutschland (Leonard s Taschenb., 1824, t. II, p. 501).

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