ESPÈCES SPÉCIALES A DES PÉRIODES PARTICULIÈRES
les mutations observées parmi les êtres organisés. Le premier, ce géologue a tenté de déterminer l’âge relatif des ditférents systèmes de montagnes; le premier encore, il a fait voir que les perturbations physiques, occasionnées par leurs soulèvements, coïncident avec la disparition de faunes entières et l’apparition de faunes nouvelles. Dans ses premiers Mémoires il admettait sept de ces convulsions du globe, puis il en porta le nombre à douze, ensuite à quinze et récemment il a fourni la preuve, plus ou moins complète, plus ou moins définitive, qu’il y en a eu au moins soixante, sinon cent. Or, tandis que la genèse et la généalogie des montagnes étaient ainsi expliquées, les Paléontologistes étendaient, avec un soin minutieux, aux couches successives d’une même grande formation géologique leurs comparaisons entre les fossiles des formations diverses. Ils observaient, entre les espèces, des différences de plus en plus marquées et acquéraient la conviction que les faunes, elles aussi, ont été plus fréquemment renouvelées qu’on ne l’avait supposé d’abord. De sorte que les résultats généraux de la Géologie proprement dite et de la Paléontologie concourent à fournir cette conclusion essentielle : A des intervalles réitérés, fréquents même, bien que séparés les uns des autres par des périodes immensément longues, le globe a été bouleversé et bouleversé encore jusqu’à ce qu’enfin il s’arrêtât à sa condition actuelle; de même, les animaux et les plantes tour à tour se sont éteints et ont été remplacés par des êtres nouveaux, jusqu’à ce que fussent enfin appelés à l’existence ceux qui vivent de nos jours, et l’homme à leur tête. Les observations ne sont pas toujours suffisamment complètes pour démontrer que, partout, la rénovation du monde organique ait coïncidé avec les grandes révolutions physiques qui ont altéré l’aspect général du globe. Toutefois, elles portent déjà sur des faits assez nombreux, pour montrer fréquemment le synchronisme et la corrélation de ces deux ordres de phénomènes. On peut donc s’y attendre, l’avenir fournira la preuve complète de leur mutuelle dépendance, non pas comme cause et comme
effet, mais comme degrés correspondants du développement progressif d’un plan commun, qui embrasse, à la fois, le monde physique et le monde organique.
Il importe de ne pas se méprendre sur la valeur des faits, et de ne pas revenir à l’idée que les révolutions physiques çnt pu être la cause des différences observées entre les fossiles de différentes périodes. Qu’on le comprenne donc bien, les cires organisés présentent, à travers toutes les formations géologiques, un ordre régulier de succession dont le caractère sera indiqué ci-après; mais cette succession a été, de temps en temps, interrompue violemment par des perturbations physiques, sans que le caractère progressif de la série en ail été le moindrement modifié. Là, certes, est la preuve que le point essentiel, l’intérêt tout entier du grand drame, c’est le développement de la Vie (1), à la réalisation de laquelle le monde matériel ne fait que fournir des éléments. La disparition simultanée de faunes entières, l'apparition simultanée qui s’ensuit d’autres faunes présentant, dans toutes les formations, une grande variété de types (2); la combinaison d’animaux et de végétaux en associations naturelles que relient constamment des rapports définis; voilà de nouvelles preuves que l’origine des êtres organisés ne peut pas être attribuée à l’action bornée, monotone, invariable des forces physiques. Ainsi donc encore, l’intervention d’un Créateur se manifeste d’une façon frappante, à chaque page de l’histoire du monde.
Parallélisme entre la succession géologique des animaux et des plantes et le rang qu’ils occupent de nos jours.
Les représentants les plus élevés du Règne animal manquent absolument dans les plus anciens dépôts qui fassent
(. 1 ) Dana, Adrcss, etc., cité plus haut, p. 149, note 2,
(2) Agassi/, Geological Times, etc., déjà cité.
partie de l’écorce terrestre. De là est née la croyance généraie que les animaux contemporains de ces premières périodes étaient inférieurs à ceux qui vivent de nos jours, et qu’il existe une gradation naturelle, des animaux les plus anciens et les plus inférieurs aux animaux les plus élevés de l’époque actuelle (1). Jusqu’à un certain point celle opinion est fondée; mais, certainement, il n’est pas vrai que tous les animaux forment une série simple, depuis les temps primitifs, où les types inférieurs étaient seuls représentés, jusqu’à la dernière période, à laquelle l’Homme est venu couronner la création animale (2). On a déjà fait voir (Section vu) que tous les grands types du Règne animal ont leurs représentants, dès les premiers jours de la création des êtres organisés.- Ce n’est donc pas dans l’apparition successive des grands embranchements qu’on peut s’attendre à découvrir un parallélisme entre la succession des animaux, à travers les âges géologiques, et le rang qu’ils occupent entre eux, de nos jours. Il est tout aussi impossible de prendre pour terme de comparaison, l’ordre d’apparition des classes, au moins en ce qui concerne les Rayonnés, les Mollusques et les Articulés. Les classes de ces embranchements semblent en effet avoir été introduites simultanément sur le globe, à la seule exception peut-être des Insectes, qu’on n’a pas retrouvés antérieurement à la période Carbonifère. Toutefois on remarque, parmi les Vertébrés, une certaine coïncidence, même dans la limite des classes, entre le moment de leur introduction et le rang assignable à leurs représentants. Je reviendrai sur ce point.
C’est seulement dans la limite des ordres de chaque classe que le parallélisme s’accentue nettement, entre la succession de leurs représentants aux âges passés et leur hiérarchie à la période moderne. Mais si cela est vrai, on doit voir immédiatement combien la constatation de celle correspondance dépend du degré de science où nous sommes quant
(1) Voyez les noies do la section xxu.
(2) Agassiz, Twelve Lectures, etc., p. 68 et 128.
nii L’ESPfcCE.
aux véritables aflînités et à la gradation nalurelle des animaux vivants. Jusqu’à ce que nos classifications soient devenues l’expression exacte de ces rapports naturels, on pourra fort bien ne pas apercevoir la coïncidence, même la plus frappante, entre ces mêmes rapports et la succession des animaux aux époques écoulées. 11 y aurait donc présomption, de ma part, à vouloir, pour développer ma thèse actuelle, embrasser dans mon argumentation le règne animal tout entier. Ce serait prétendre que j’en connais toutes les relations et que, là où existe une discordance entre la classification et l’ordre de succession des animaux, je puis décider si la classification se trompe ou si, au contraire, les rapports des fossiles ont été mal appréciés. Je dois me borner à une comparaison générale. Elle pourra d’ailleurs suffire à démontrer que les perfectionnements, -introduits dans nos systèmes par des motifs purement zoologiques, ont eu, en outre, pour résultat, de faire ressortir davantage la coïncidence existant entre le rang hiérarchique des animaux actuels et l’ordre de succession de leurs représentants dans la série des âges passés. J’ai récemment essayé de faire voir que, dans la classe des Polypes, l’ordre des Halcyonoïdes, est supérieur à celui des Actinoïdes (t); que l’association et la communauté y constituent un degré de développement supérieur, si on les compare aux caractères et au mode d’existence des polypes simples, tels que les Actinies; que le bourgeonnement par l’extrémité est supérieur au bourgeonnement latéral; et que le type des Madrépores, avec leur partie supérieure animale ou au moins avec un nombre défini et limité de tentacules, est plus élevé que celui de tous les autres Actinoïdes. Cela admis, la prédominance des Actinoïdes dans les formations géologiques anciennes, à l’exclusion des Halcyonoïdes; la prédominance des Halcyonoïdes simples sur les massifs de coraux composés; postérieurement, celle des Aslréoïdeset l’introduction très-tardive
(1) Voyez les travaux de Dana, de Milne Edwards et ltaime, cités précédemment, et Agassiz, Classification of Polyps [Proc. Ann. Acad. Sc. and Arts, 1856, p. 187).
des Madrépores dénoteraient déjà une corrélation entre le rang des polypes vivants, et la succession des représentants de la classe dans la série des âges. Cependant il est bien difficile de s’attendre à trouver une correspondance de ce genre, chez des animaux dont la structure est aussi simple. On ne connaît encore qu’un petit nombre de Méduses, proprement dites, à l’état fossile. Elles proviennent de couches jurassiques; mais depuis que j’ai démontré les affinités halcyonoïdes des Millépores, il est digne de remarque que ces Coraliaires tabulés, dont les Rugosa sont très-proches voisins, constituent les plus nombreux représentants du type des Rayonnés dans les terrains les plus anciens (1).
La gradation est parfaitement évidente dans les ordres des Echinodermes. Au bas de l’échelle sont les Crinoïdes; après viennent les Astérioïdes ; au-dessus les F.chinoïdes, et, au sommet, les Holothurioïdes. Depuis que cette classe a été circonscrite dans ses limites naturelles, cette échelle a toujours été regardée comme exprimant bien la hiérarchie naturelle de ces êtres; les investigations modernes, sur leur anatomie et leur embryologie, n’ont apporté ancun changement important à cette classification, en ce qui concerne le rang à assigner à chacun d’eux. Or, c’est là précisément l’ordre dans lequel les représentants de cette classe ont été successivement introduits sur la terre, aux âges géologiques antérieurs. Les formations les plus anciennes ne recèlent que des débris de Crinoïdes (2) pédonculés et cet ordre continue à prédominer durant une longue suite de périodes; ensuite, ce sont les Crinoïdes libres et les Astérioïdes; puis les Eehinoïdes (3), dont l’apparition successive, depuis le Trias jusqu’à l’époque actuelle, s’accorde bien aveclagrada-
(1) Voyez Milne Edwards et Haime, Op. cit., et les notes des sections vi, p. 34, et XIX, p. 115.
(2) Müller, d’Orbigny, J. Hall, Austin, Op. cit.
(3) Voyez ouvrages cités p. 153 et encore J. Müller et F. H. Troschell, System der Asteriden, Brunswick, 1842, in-â, fig. — i. Müller, Uebcr de n Hau der Echinodermen . Berlin, 1854, in-4. — Fr. Tiedeman, Anatomie der Rohren- Holothurie, des Seeigels, etc. Landsliut, 1817, in-fol., fig. — G. Valentin, Anatomie du genre Échinus. Neufchâtel. 1842, in-4.
DE L’ESPÈCE
tion des subdivisions déterminées d’après leur structure. Ce n’est qu’à la période moderne que les Echinodermes supérieurs, les Holothurioïdes, ont acquis la prédominance dans leur classe.
Le rang à assigner à chacun des représentants actuels des Acéphales ne soulève pas plus d’objections. Tous les zoologistes conviennent de l’infériorité des Bryozoaires et des Brachiopodes (1) par rapport aux Lamellibranches; et parmi ces derniers, l’infériorité des Monomvaires, relativement aux Dimyaires, serait difficilement niée. Or s’il y a, en Paléontologie, un fait bien établi, c’est l’apparition précoce et la prédominance des Bryozoaires et des Brachiopodes, dans les formations géologiques les plus anciennes; c’est aussi leur extraordinaire développement, durant une longue suite d’époques, jusqu’à ce qu’enfin les Lamellibranches vinssent les reléguer à une importance secondaire et prissent l’ascendant qu’ils conservent, de nos jours, sur la plus large échelle. On pourrait pousser la comparaison jusqu’aux familles de ces ordres et montrer combien étroite est celle corrélation, à toutes les époques.
Je n’ai rien à dire de spécial sur les Gastéropodes. Les paléontologistes ne l’ignorent pas, les restes de ces animaux n’ont donné lieu qu’à des observations plus incomplètes que celles dont les fossiles des autres classes ont été l’objet. On sait cependant que les Pulmonés sont d’origine plus récente que les Branchifères et que, parmi ces derniers, les Siphonostomés ont paru plus tard que les Holostomés. Ce fait dénote déjà une coïncidence générale entre leur succession dans le temps et leur rang dans l’ensemble.
(1) Aie. d’Orbigny, Bryozoaires (Ann. Sc. Nat., 3' 1 sér., 1851, vol. XVI, p. 292). — G. Busk, Catalogue of Marine Bolysua in the collection of lhe British muséum. Londres, 1854. — G. Cuvier, Mem. sur l'animal de la Lingule (Arm. Mus., I, p. 69). — C. Vogt, Anatomie der Lingula analina. (voyei mém. Soc. llelv., 1843, VII, iu-4, lig.). — R. Owen, On lhe Anatomy of the Brachiopoda ( Trans . Z aol. Soc., I, in-4, p. 145). — On the Anatomy of the Terebratula, 1853, in-4 (Palœonl Soc.). — L. v. Buch, Uiber Terebraleln, cité plus haut. — Th. Davidson, Monographie, déjà citée. — X. Poli Testacea utriusque Siciliœ, eorumque llistoria et Anatomia. Parme, 1791-93, ouvrage continué par Délié Chiajc.
Grâce aux beaux travaux dont la science est redevable à Owen (1), on connaît parfaitement l’anatomie du Nautile, et chacun peut se convaincre que, parmi les Céphalopodes, les Dibranches l’emportent sur les Tétrabranches. Or, on peut le dire sans exagération, un des premiers points que tout collectionneur de fossiles puisse affirmer, de lui-même, c’est la prédominance des représentants du second de ces types dans les formations anciennes et l’apparition postérieure, vers le Moyen-Age géologique, des représentants du premier, qui, de nos jours, est le plus largement répandu (2).
Il n’y a rien d’important à dire sur les Vers, quant à l'objet de celte section; mais les Crustacés offrent un exemple remarquable de la coïncidence que nous recherchons. Sans descendre aux détails, il résulte de la classification de Miine Edwards que les Décapodes, les Stomapodes, les Amphipodes et les Isopodes constituent les ordres les plus élevés de la classe, tandis que les Branchiopodes, les Entomostracés, les Trilobiles et les types parasites en forment, avec les Limules, les ordres inférieurs (3). Dans la classification de Dana(â), le premier type comprend les Décapodes et les Stoinapodes, le second les Amphipodes et les Isopodes, le troisième les Entomostracés auxquels sont réunis les Branchiopodes, le quatrième les Cirripèdes, elle cinquième les ffolifères. Les deux auteurs reconnaissent évidemment la même gradation; toutefois ils diffèrent beaucoup dans la manière de combiner les groupes principaux; de plus, Milne Edwards
(1) R. Owen, Memoir on the Pearly Naulilus. Londres, 1832, in-â, lig. — A. Valenciennes, Nouvelles Recherches anatomiques sur le Nautile, C. R. Paris, 1841, in- A . — J. D. Macdonald, On the Anatomy of Nautdus umbilicatus, compmed with lhal of Naulilus pompilius (Trans. Iloy. Soc., Londres, 1855, II, p. 277). — J. Van der Hoeven, Beilrag zur Anatomie von Naulilus Pompilius, L., lest, nier s des Mdnnlichen Tkieres (Arch. f. Nat., 1857, I, p. 77). — G. Cuvier, AInn. pour servir à l’Ilist. et à l'Anat. des Mollusques. Paris, 1817, in-â. — 11. Milne Edwards, Ar. de Quatrefagcs et Em. Blanchard, Voyage en Sicile. Paris, 3 vol. in-â, sans date.
(2) Quelques Ammonites et spécialement le magnifique Crioceras de Bogota, décrit par Valenciennes, montrent eu plein la combinaison des caractères qu’on observe séparément dans le Naulilo et dans l'Argonaute.
(3) Milne Edwards, Hist. Nat. des Crustacés, Paris, 1834-40, 3 vol. in-8.
(4) Dana, Op. cil.
DE L’ESPÈCE
exclut quelques types, comme les Rotiféres, que Burmeister le premier, Dana ensuite et Leydig ont réuni, avec raison, selon moi, aux Crustacés (1). Cette gradation offre la coïncidence la plus parfaite avec l’ordre de succession des Crustacés aux âges géologiques passés, même quand on descend aux subdivisions en groupes plus petits. Les Trilobites et les Entomostracés sont les seuls représentants de la classe, dans les roches paléozoïques; aux temps géologiques moyens, apparaît une variété de Crevette, et les Décapodes Macroures prédominent; plus tard seulement, prévalent les Brachyures qui, de nos jours, sont les plus nombreux.
Nous ne possédons sur les Insectes fossiles que des lambeaux de connaissances. Il faut donc renoncer à indiquer avec une précision suffisante les caractères de leur succession à travers la série des terrains, encore bien qu’on ait déjà recueilli des données importantes sur les faunes entomologiques de plusieurs périodes (2).
Chez les Vertébrés, l’ordre de succession présente des particularités qui le font, à certains égards, différer de celui des Articulés, des Mollusques et des Rayonnés. On constate que les classes de ces trois embranchements ont apparu simultanément, aux périodes les plus anciennes de l’histoire du globe. 11 n’en a pas été de même pour les Vertébrés ; les Poissons seuls sont aussi anciens que n’importe quelle classe des autres embranchements ; mais les Reptiles, les Oiseaux et les Mammifères n’ont été introduits que les uns après les autres, et suivant l’ordre des rangs qu’ils occupent dans le groupe. En outre, les premiers représentants de ces classes ne paraissent pas avoir été toujours les types inférieurs de chacune d’elles. Au contraire, ce furent, dans une certaine mesure et dans un certain sens, les plus élevés. En effet, ils possèdent à la fois deux sortes de caractères. De ces caractères, les
(1) Fr. Leydig, Râderthiere, etc. (Z eilsehr. f. toits. 2ool., 1854, vol. VI, p. i). — Dana, Cruslacea, etc. — Burmeister, Noch einige Worte iiber die systemalitche Siellung der Râderthiere (Z eitschr. f. Wiu. Zoot., 1856, vol. VIII). — Gosse, On the Structure of the class Rotifera.
(2) Heer, Op. cil. — Brodie, Op. cil.
uns, à une période subséquente, apparaîtront isolés, dans des classes supérieures (voy. section xxvii), tandis que les autres deviendront le cachet exclusif des classes inférieures. Par exemple, les plus anciens poissons connus participent des caractères qui, à une époque plus récente, sont exclusivement propres aux Reptiles, et n’appartiennent plus aux Poissons de notre temps. Peut-être faudrait-il dire que les premiers Poissons sont les plus anciens représentants de l'embranchement des Vertébrés, beaucoup plus que ceux de la seule classe des Poissons. Cette classe semble n’acquérir définitivement ses caractères spéciaux qu’aprés l’apparition des Reptiles. Une relation analogue peut être signalée entre les Reptiles et les classes des Oiseaux et des Mammifères qu’ils ont précédées. Je me borne à rappeler l’analogie des Ptérodactyles avec les Oiseaux, et celle des Ichthyosaures avec certains Cétacés. Mais, à travers cet enchevêtrement, de rapports, se fait jour une tendance à la production de types de plus en plus élevés, jusqu’à ce qu'enfin l’Homme vienne couronner la série. Contemplée de la distance où nous sommes, qui permet à l’esprit d’en embrasser l’ensemble et de saisir l’enchaînement des degrés successifs, sans se laisser distraire par les détails, cette série apparaît comme le développement d’une conception grandiose, exprimée avec une telle harmonie de proportions, que chaque partie semble nécessaire pour la complète intelligence du dessein général. Et cependant, chaque partie est si indépendante et si parfaite en elle-même, qu’on pourrait la prendre pour un tout complet; elle est si bien liée aux termes de la série qui précèdent et qui suivent, qu’on pourrait la considérer comme produisant les uns et dérivant des autres ! Tout ce qui, de l’aveu universel, caractérise les conceptions du génie s’y trouve déployé avec une plénitude, une richesse, une magnificence, une ampleur, une perfection de détails, une complexité de rapports, qui déconcertent notre savoir et laissent nos efforts les plus tenaces impuissants à en apprécier les beautés. En présence d’une série aussi étonnante, de celte coïncidence remarquable sur une aussi vaste échelle, qui donc pourrait
de l’espèce.
ne pas lire les manifestations successives d’une Intelligence, exprimées en des temps divers par des formes toujours nouvelles, mais tendant continuellement à une même fin : la venue de l’Homme, prophétisée déjà par l’apparition des premiers poissons !
Le rang hiérarchique des Plantes a un caractère quelque peu différent de celui des animaux. Les grands types du règne végétal ne sont pas établis sur des plans de structure aussi nettement distincts. Il y a, par conséquent, une gradation plus uniforme des types inférieurs aux supérieurs. Ceux-ci ne sont pas résumés et personnifiés dans une plante unique, la plus élevée de toutes, comme les types animaux supérieurs le sont dans l’Homme.
D’ailleurs, la Zoologie est plus avancée que la Botanique quant à la limitation des groupes généraux le plus compréhensifs, tandis que la Botanique connaît mieux les limites et les caractères de la famille et du genre. Les Botanistes s’entendent moins bien sur le nombre et le rang des divisions primaires du régne végétal que les Zoologistes, relativement aux grands embranchements du règne animal. La plupart des auteurs (1) s’accordent bien à admettre, sous un nom ou sous un autre, ces trois groupes primaires : Acotylédonées, Monocotylédonées, Dicotylédonées (2) ; mais il en est d’autres qui voudraient séparer les Gymnospermes des Dicotylédonées (3).
A mon avis, c’est là un point de la classification botanique qui ne peut être bien éclairci qu’à l’aide d’une connaissance parfaite des fossiles et de leur mode de distribution dans les formations géologiques successives. 11 y a là un exemple très-remarquable de l’influence que les classifications peuvent exercer, sur notre manière d’apprécier la gradation des êtres organisés dans le temps. Lorsqu’on place les Gymno-
(1) Cuppert, op. cil.
(2) Dans cette classification, les Conifères et les Cycadées, qui constituent l'embranchement des Gymnospermes, se trouvent réunies aui Dicotylédonées, et, par cela même, placées au-dessus des Monocotylédonées.
(3) Brongniart, op. cil.
spermes parmi les Dicolylédonées, il est impossible de découvrir une relation entre le rang hiérarchique des plantes vivantes et l’ordre de succession de leurs représentants dans les Ages passés. Au contraire, si l’on apprécie à leur valeur les véritables affinités des Gymnospermes avec les Fougères, les Equisétacées et, spécialement, avec les Lycopodiacées, on voit immédiatement que les végétaux ont été introduits sur la terre, suivant un ordre qui coïncide avec le rang de leurs divisions primaires dans l’échelle des complications de structure. Avec leur fleur imparfaite, avec leurs carpelles nus supportant sur l’axe des graines polyembryoniques, les Gymnospermes sont plus voisines des Acrophytes ananthérés, aux spores innombrables, que des Monocotylédonées ou des Dicolylédonées. Si donc, le règne végétal forme une série graduelle, commençant aux Cryptogames et se continuant par les Gymnospermes pour finir aux Monocotylédonées et aux Dicolylédonées, cette série n’oflre-t-elle pas une coïncidence remarquable avec l’ordre de succession suivant : les Cryptogames, dans les plus anciennes formations, spécialement les Fougères, les Equisétacées et les Lycopodiacées de la période carbonifère; après cela, les Gymnospermes, dans le Trias et les terrains jurassiques; ensuite les Monocotylédonées de la même formation, et enfin les Dicolylédonées qui se développent plus tard? Ici donc, comme partout, il y a un ordre, un plan dans la nature.
Parallélisme entre la succession des animaux dans les âges géologiques et le développement embryonnaire de leurs représentants actuels.
Plusieurs auteurs ont déjà signalé la ressemblance qui existe entre les jeunes de certains animaux actuels, et les représentants fossiles des mêmes familles (1). Mais jusqu’ici
(1) L. Agassiz, op. cil. — Milne Edwards, Considérations sur quelques
DE L’ESPÈCE
ces comparaisons n’ont porté que sur des cas isolés. On n'est pas encore complètement sùr que le caractère delà succession des êtres organisés dans les âges passés soit de nature à offrir, en général, une conformité remarquable avec le développement embryonnaire des animaux. C’est là, cependant, une conclusion justifiée par l’état actuel de nos connaissances en Embryologie et en Paléontologie. Déjà, dans le paragraphe qui précède, nous venons d’examiner, au point de vue de la corrélation existant entre l’ordre de succession des fossiles et le rang zoologique des animaux actuels, les faits qui ont le plus d'importance pour ce nouveau parallèle à établir. Dans l’examen suivant de la conformité offerte par la succession des êtres et les phases de l’évolution embryonnaire des animaux vivants, nous pourrons donc admettre que le lecteur se représente assez bien l’ordre d’apparition des fossiles pour que cet ordre fournisse à notre comparaison une base suffisante. L’embryologie des coraux n’a pas été étudiée de manière à fournir à l’argumentation le secours de larges données; on sait fort bien, toutefois (1), que le jeune polype est un animal simple, indépendant; qu’il est ensuite enchâssé dans un calice, sécrété par le pied de l’embryon actinoïde et comparable à la paroi externe d’un coraliaire simple (2), et qu’il s'étend alors graduellement jusqu’à ce qu’il ait atteint son diamètre maximum ; après quoi, il bourgeonne ou se scinde. On sait aussi que, chez les anciens coraux, la phase d’extension semble s’être prolongée toute la vie, comme, par exemple, chez les Cyathophylloïdes (3). Aucun de ces anciens coraux ne forme ces vastes sociétés, composées de myriades d’individus réunis, qui caractérisent si bien nos récifs corallaires. Le caractère d’iso-
principes relatifs à la classification naturelle des animaux (Ann. sc. nalur., 3* série, 1844, p. 65).
(1) J’ai établi ces faits d’après l’observation de plusieurs Coraux des récifs de la Floride, spécialement des genres Poriles, Astræa et Maniciua.
(2) Milne Edwards et Haime, op. cil.
(3) Depuis que je me suis assuré que les Tabulés sont des Hydroïdes et non des Polypes, j'ai eu des doutes sur les affinités réelles des Itugosa. La tendance des cloisons à un arrangement quadripartite dénote évidemment chez eux un
lement plus grand, d’indépendance plus complète, qui est celui de l’individu chez les polypes des âges passés, offre une ressemblance frappante avec l’état d’isolement des jeunes coraux de tous les types contemporains. Néanmoins, dans aucune classe il ne reste autant à apprendre que dans celle des Polypes, avant qu’on puisse apprécier exactement la corrélation des phases embryonnaires avec l’ordre de succession dans le temps. À cet égard, j’en dois faire la remarque, on observe rarement que, parmi les animaux inférieurs, un type quelconque, même le plus élevé, représente, dans ses métamorphoses, tous les degrés d’organisation parcourus, soit dans leur évolution, soit dans l’ordre de succession, par les types placés au-dessous de lui. Fréquemment, il faut connaître l’embryologie de plusieurs types occupant dans l’échelle une place différente, pour parvenir à déterminer l’enchaînement de la série tout entière, soit dans le premier sens, soit dans le second.
Sur la corrélation des changements embryonnaires d’un animal avec l’ordre d’apparition des êtres qui le représentaient aux époques antérieures, aucune classe ne fournit un témoignage plus complet et plus admirable que celle des Échinodermes. C’est aux vastes et patientes investigations de J. Müller, sur les métamorphoses de ces animaux, que nous en sommes redevables (1). Avant la publication de ses mémoires, on ne connaissait que les métamorphoses de la Comatule européenne (voy. sect. xix, p. 113). On y trouvait déjà la preuve que les premières phases du développement de cet Échinoderme reproduisent le type des Crinoïdes pédoneulés des anciens âges. Les belles monographies de
lien plus étroit avec les Acalèphe* qu’avec les Polypes. De plus, leurs parois horizontales étagées différent des parois interseptales correspondantes des vrais Polypes, et ressemblent à celles des Tabulés. 11 se peut donc que les Rugosa aient plutôt de l'affinité avec les Acalcphes qu'avec les Polypes, et que la Camille des Lucernaires soit le représentant actuel de ce type, mais sans parties dures. Dans ce cas, la sécrétion du pied, chez les Actinoïdes, indiquerait seulement une ressemblance typique entre les Polypes et les Acalèphes, et ne prouverait rien quant à la place relative des deux types.
(1) Müller, Mémoires cités, p. 113.
ACASSIZ. 12
DE L’ESPÈCE
Thompson et de Carpenter sont venues compléter ces données. J'ai moi-même vu, plus tard, que les phases successives du développement embryonnaire de la Comatule donnent, en quelque sorte, le type des principales formes de Crinoïdes qui caractérisent les formations géologiques successives. D’abord, elle rappelle les Cistoïdes des roches paléozoïques, et les représente par sa tête simple et sphéroïdale; plus tard, elle rappelle les Platycrinoïdes à un petit nombre de plaques de la période carbonifère; puis les Pentacrinoïdes du Lias et de l’Oolitbe, avec leurs verticilles de cirres ; et, enfin, quand elle s’est affranchie de sa tige, c’est un Crinoïde du degré le plus élevé, du type proéminent de la famille, à l’époque actuelle. Les recherches de .Müller, sur les larves de toutes les familles d’Astérioïdes et d’Échinoïdes, nous permettent d’étendre la comparaison, même aux Échinodermes supérieurs. La première chose qui frappe l’observateur, dans les faits démontrés par Müller, c’est la ressemblance extraordinaire de tant de larves, de familles et d’ordres aussi différents que le sont les Ophiuroïdes et les Astérioïdes, les Échinoïdes proprement dits et les Spatangoïdes, les Holothurioïdes même, qui toutes, en somme, finissent par reproduire les particularités de leur type spécial. 11 est encore trèsremarquable que, à l’état le plus avancé, la larve des Echinoïdes et celle des Spatangoïdes continuent, à montrer une si grande ressemblance, qu’un jeune Amphidetus se distingue avec peine d’un jeune Echinus (1). Enfin, car je ne veux pas pousser mes remarques trop loin, ces jeunes Echinoïdes (Spalange aussi bien qu’Echinus propre) ont, à cause de leurs grosses épines, une physionomie générale plus semblable à celle des Gidaris qu’à celle des vrais Échinus. Eh bien ! ces faits sont en concordance rigoureuse avec ce que nous savons de l’ordre d’apparition des Echinoïdes aux âges passés ( 2 ). Leurs représentants les plus anciens sont les genres Diadema et Gidaris; après quoi viennent les Échinoïdes, et, beaucoup plus tard., les Spatangoïdes. Quand
(1) Voyez Müller, Mémoires cités, page 1 13, planches III-VII du premier mémoire, et planches VI et VII du quatrième.
(2) L. Agassiz, Twelve lectures, etc.
SÉRIE CHRONOLOGIQUE Et SÉRIE EMBRYOLOGIQUE. 179
l’embryologie des Clypeaslroïdes sera connue, elle fournira sans doule d’autres anneaux, qui rattacheront à la chaîne un plus grand nombre de membres de cette série.
L’embryologie imparfaitement connue des Acéphales, des Gastéropodes, et des Céphalopodes ne fournil que peu ou point de données pour la comparaison que nous voulons faire. Il est, néanmoins, digne de remarque que les jeunes Lamellibranches, à l’état d’embryons, ressemblent, extérieurement du moins, aux Brachiopodes (1) plus qu’à leurs propres parents, et que les jeunes coquilles de tous les Gastéropodes (ï) dont on connaît l’état embryonnaire, bien que toutes holoslomées , rappellent les types les plus anciens de cette classe. Malheureusement, nous ne savons rien de l’embryologie des Céphalopodes à coquille, les seuls qu’on ait trouvés dans les formations géologiques anciennes, et rien non plus des changements que subit l’osselet des Dibranches.
En sorte qu’aucune comparaison ne peut être établie entre eux et les Bélemnites, ou d’autres représentants de cet ordre aux périodes moyennes ou aux périodes plus récentes.
Ce que nous connaissons de l’embryologie des Vers nous donnât-il un terme de comparaison assez sûr, nous savons trop peu de chose sur les Vers fossiles pour pouvoir arriver à une conclusion. La classe des Crustacés, au contraire, est très-instructive sous ce rapport. Mais, pour poursuivre le parallèle à travers toute la série, il est nécessaire d’envisager simultanément l’évolution embryonnaire des Entomostracés les plus élevés, tels que les Limules, et celle des ordres supérieurs de la classe (3). On voit alors que les premiers rappellent au début de leur vie la forme et les caractères des Trilobites; de même que le jeune Crabe, en passant successivement par la forme des Isopodes et celle des Macroures Décapodes, avant de revêtir l’aspect de son propre type de Brachvure, résume la succession bien connue des
(1) Voyez la note 2 de la page 117.
(2) Voyez la note 2 de la page 117, en particulier la partie relatire aux Nudibranches.
(3) L. Agassiz, Twelve Lectures, etc.
DE L’ESPÈCE
Crustacés, à travers les âges géologiques moyens et les périodes tertiaires, jusqu’à nos jours. Le travail remarquable de F. Müller sur l’embryologie des Crustacés, bien que conçu à un point de vue opposé au mien, n’en oiïre pas moins les données les plus précieuses pour la connaissance des rapports qui rattachent le développement de ces animaux à leur succession géologique. L’apparition des Scorpions, avant les autres Insectes, à la période carbonifère, est probablement encore un fait à signaler, si, comme j’ai tenté de le démontrer, les Arachnidiens peuvent être considérés comme la représentation de la phase chrysalidique de l’évolution des Insectes (1); mais, pour les raisons déjà énoncées (sec. xxiv), il est difficile de faire entrer les Insectes dans le débat qui fait l’objet de ce paragraphe.
J’ai indiqué, à la fin de mes recherches sur les poissons fossiles (2), le caractère embryonnaire des poissons primitifs; mais il reste beaucoup à faire dans cette direction. Le seul fait important que j’aie constaté depuis, c’est que les jeunes du Lepidosteus, longtemps après qu’ils sont sortis de l’œuf, présentent, dans la forme de la queue, des caractères observés, jusqu’ici, dans les seuls poissons fossiles du système devonien (3). Il faut espérer que l’embryologie des Crocodiles jettera quelque lumière sur l’ordre de succession des reptiles gigantesques de l’époque géologique moyenne. J’ai, démontré (A) que l’embryologie des Tortues répand une certaine clarté sur les particularités offertes par les Chéloniens fossiles. Il est déjà certain que les changements embryonnaires des Batraciens présentent quelque coïncidence avec leur succession aux anciens âges, telle qu’on la connaît (5). On sait trop peu de chose sur les Oiseaux fossiles, et les Mammifères fossiles (6) ne s’étendent pas dans une assez
(1) Classif. of insecls, cité page 136, note 2.
(2) Poissons fossiles, cité plus haut.
(3) L. Agassiz, Lake Superior, etc., p. 254.
(4) Voyez Contributions, etc., déjà cité, p, 290, 303 et 386 du I er vol.
(5) Voyez la note 2 de la page 132.
(6) Cuvier, Ossements fossiles. — L. Agassiz, Zoological Characler of Young Mammalia (Proc. Am. .Iss. adv. Sc. Cambridge, 1849, p. 85).
longue série de formations, pour qu’on y puisse trouver des termes de comparaison bien frappants. Cependant, les particularités caractéristiques des genres éteints indiquent universellement, entre ces genres et les jeunes des animaux qui les représentent de nos jours, plus de ressemblance qu’il n’y en a entre ceux-ci et leurs progéniteurs. C'est ce que prouve fort bien un rapprochement fait avec soin du jeune éléphant avec le mastodonte, non-seulement quant aux particularités des dents, mais même quant aux proportions des membres, des doigts, etc.
On peut donc regarder comme un fait général, de nature à être établi de plus en plus solidement à mesure que les recherches embrasseront un plus vaste terrain, que les phases du développement embryogénique correspondent, chez tous les animaux vivants, à l’ordre de succession des êtres qui furent leurs représentants aux époques géologiques écoulées. Aussi loin qu’on aille, les représentants primitifs de chaque classe peuvent être regardés comme les types embryonnaires de leurs familles ou de leurs ordres respectifs existant de nos jours. Les Crinoïdes pédonculés sont le type embryonnaire de Comatuloïdes ; les anciens Échinoïdes sont les représentants embryonnaires des familles supérieures vivant à l’époque actuelle ; les Trilobites, le type embryonnaire des Enlomostracés; les Décapodes de l’Oolithe, celui de nos Crabes; les Ganoïdes hétérocerques, celui des Lépidoslés ; TAndrias Scheuchzeri est un prototype embryonnaire des Batraciens actuels; les Zeuglodontes sont des Sirénides embryonnaires; les Mastodontes, des Éléphants embryonnaires, etc.
Pour apprécier, toutefois, complètement et exactement, tous ces rapports, il est nécessaire de bien distinguer : 1° les types embryonnaires en général , qui figurent, dans l’ensemble de leur organisation, les degrés primitifs du développement chez des représentants plus élevés du même type; 2" les traits embryonnaires , qui prédominent, plus ou moins fortement, dans les caractères de genres très-voisins, le Mastodonte et l’Éléphant par exemple; et, 3° ce que j’ap-
DE L’ESPÈCE
pellerai les types hyper-embryoïmaires. Dans ceux-ci, les traits embryonnaires s’exagèrent considérablement aux périodes ultérieures de l’accroissement. Ainsi, par exemple, les ailes des Chauves-souris ont tous les caractères embryonnaires d’une main palmée comme l’est à l’origine celle de tous les Mammifères; en continuant à se développer, celte main est devenue chez la Chauve-souris un organe propre au vol, de même que, dans d’autres familles (les Baleines, les Tortues de mer), elle prend la forme d’une nageoire parce que la liaison des doigts est poussée à l’extrême contraire.
Voilà assez de détails sur ce sujet, qui sera étudié plus au long dans un autre ouvrage. J’en ai dit suffisamment pour montrer que l’Intelligence Directrice, qui se révèle dans la succession des êtres organisés à travers les anciens âges, se manifeste encore, par des combinaisons nouvelles, dans les phases évolutives des représentants actuels des divers types. Cela dénote une fois de plus que le même Esprit créateur a agi dans toute la série des temps, et sur toute la surface actuelle du globe.
Types prophétiques.
On vient de voir, dans le précédent paragraphe, que, pour certains types, l’état embryonnaire des représentants supérieurs, appelés seulement plus lard à l’existence, était déjà figuré essentiellement, en quelque sorte, dans les individus de ces mêmes types qui vivaient à une époque antérieure. Maintenant que cette corrélation est suffisamment connue, on peut considérer les animaux divers d’une période antérieure comme manifestant, pour ainsi dire, le modèle sur lequel seront établies les phases de l’évolution d’autres animaux à une période ultérieure. C’est, dans ces temps reculés, comme la prophétie d'un ordre de choses impossible avec les combinaisons zoologiques prédominantes alors, mais