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TYPES PROPHÉTIQUES

qui, réalisé plus tard, attestera d’une manière frappante, que, dans la gradation des animaux, chaque terme a été préconçu.

Et ce n’est pas là le seul cas, ce n’est pas même le cas le plus remarquable d’un enchaînement prophétique entre deux faits de date différente.

De récents travaux en Paléontologie ont fait découvrir, entre les animaux des âges passés et ceux de l’époque actuelle, des rapports que n’avaient pas même soupçonnés les fondateurs de la science. J’ai eu l’occasion de dire précédemment que, dans certains types, qui sont d’ordinaire les plus remarquables parmi ceux des époques primitives, on trouve, associées dans une combinaison commune, des particularités de structure qui, à une époque postérieure, n’existent plus que séparément et dans des types distincts. C’est ainsi qu’on rencontre les Poissons Sauroïdes avant les Reptiles, les Ptérodactyles avant les Oiseaux, les Ichthyosaures avant les Dauphins, etc.

Presque dans chaque classe, il y a, parmi les animaux des temps anciens, des familles entières qui, arrivées à parfait développement, rendent bien patente cette relation prophétique. Elles fournissent ainsi, dans les limites du règne animal, au moins, la preuve la plus inattendue que le plan de la création tout entière a été mûrement délibéré et arrêté longtemps avant d’être mis à exécution. C’est là ce que, depuis quelques années, je me suis accoutumé à appeler types prophétiques. Les Poissons Sauroïdes en sont un exemple (1). Ces Poissons, dont l’apparition a précédé celle des Reptiles, réunissent les caractères propres au Poisson et ceux propres au Reptile, par une combinaison spéciale qu’on n’observe plus chez les êtres appartenant véritablement à la classe des Poissons, telle qu’elle est constituée de nos jours. Les Ptérodactyles (2), qui ont précédé sur le gloDe la classe des Oiseaux, et les Ichthyosaures (3), qui sont venus

(1 ) Agassiz, Poissons fossiles. •

(2) Cuvier, Ossements fossiles, vol. V, p. 2.

(3) Cuvier, Ibid.

avant les Cétacés, sont encore des types prophétiques. Ces exemples suffisent, pour le moment, à rendre sensible la différence qu’il y a entre les types embryonnaires et les types prophétiques. Les types embryonnaires sont, dans une certaine mesure, des types prophétiques; mais ils ne représentent que les particularités de développement des êtres qui devront plus tard exprimer les degrés supérieurs du même type général. Les types prophétiques, au contraire, sont la représentation anticipée de combinaisons structurales qui, plus tard, s’observeront dans deux ou plusieurs types distincts. Ils n’ont pas d’ailleurs, nécessairement, le caractère embryonnaire (ainsi les Singes par rapport à l’Homme), bien qu’ils puissent, en certains cas, être à la fois embryonnaires et prophétiques comme on le voit chez les Carnivores (Phoques, Plantigrades et Digitigrades), ou mieux encore chez les Crinoïdes pédonculés (1).

Une autre combinaison encore s’observe fréquemment chez les animaux. C’est celle d’une série dont les termes se suivent de manière à former une gradation naturelle, mais sans rapport immédiat ou nécessaire, soit avec le développement embryonnaire, soit avec la succession des types dans le temps; c’est le cas des Céphalopodes à coquilles, et c’est ce que j’appelle des types progressifs (2). »

Enfin, il faut distinguer entre les types prophétiques et ce que je nommerai les types synthétiques, quoique les uns et les autres soient plus ou moins confondus dans la nature. Les types prophétiques proprement dits sont ceux qui dans les complications de leur structure présagent d’autres combinaisons qui seront réalisées plus tard. Les types synthétiques, au contraire, sont ceux qui combinent, avec une pondération savante, les traits de plusieurs types qui n’auront que plus tard une existence distincte. Les Poissons sauroïdes et les Ichthyosaures sont plutôt des types synthétiques que des types prophétiques. Les Ptérodactyles ont à

(1) Voyez section xxvi.

(2) L. Agassiz, On the Différence belween Progressive, Embryonic and Prophétie Types, etc. (Proc. Am. Ass. Adv. Sc. Cambridge, 1849, p. 432),

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