‹ De l'espèce et de la classification en zoologieChapitre 30 sur 93 · SÉRIE ORDINALE ET SÉRIE EMBRYOLOGIQUE · texte numérisé non relu

SÉRIE ORDINALE ET SÉRIE EMBRYOLOGIQUE

un plus haut degré le caractère prophétique; il en est de même de l’Échinocrinus par rapport aux Échinus; des Pentremiles par rapport aux Aslérioïdes, et du Pentacrinus par rapport aux Comatules. De plus nombreux exemples sont toutefois nécessaires pour rendre évidente l’importance des comparaisons de ce genre, et j’ai donné dans un autre ouvrage de plus amples détails sur ce sujet (1). J’en ai dit assez, je pense, pour faire voir que le caractère de cette sorte de rapports, entre les animaux des âges anciens et ceux de périodes postérieures ou même de l’époque actuelle, fait ressortir, plus que tout autre grand trait du monde animal, le lien intellectuel qui rattache tous les êtres vivants, à travers tous les âges, en un seul grand système étroitement enchaîné, du commencement jusqu’à la fin.

Parallélisme entre la gradation de la structure et l’évolution embryonnaire.

Rien ne frappe comme la ressemblance des jeunes des animaux supérieurs avec les adultes des types inférieurs. Aussi certains auteurs ont-ils admis que tous les animaux d’un type plus élevé passent, durant les premiers temps de leur développement, par des phases dont chacune correspond à la forme définitive d’un type moins élevé. Cette supposition, résultat d’une connaissance incomplète des faits, a même donné lieu à un système de Philosophie de la Nature, qui représente tous les animaux comme des degrés divers du développement d’un petit nombre de types primitifs (2). Ces vues ont été naguère propagées dans un ouvrage anonyme intitulé : Vestiges of Création, qui a été trop répandu pour qu’il soit besoin de les reproduire ici. J’ai déjà, dans un

fl) Voy. Contributions to lhe Nat. Hisl. of. U. S.

(2) Lamarck, op. cil. — Teiliamed (De Maillet), Entretiens d’un philosophe indien avec un missionnaire français. Amsterdam, 1748, 2 vol. in-8. — ■ Lor. Oken, Lehrbuch der Nalur-Philosophic, p. 24. — Vestiges of Création, etc.

précédent paragraphe (voy. sect. vm) fait voir que les animaux ne forment pas une série simple, comme cela devrait résulter d’un développement graduel et successif. 11 me reste donc à montrer seulement dans quelles limites la gradation naturelle, qu’on peut tracer parmi les différents types du règne animal (1), correspond aux changements qu’ils subissent, avant d’arriver à l’âge adulte. J’ai, en effet, examiné plus haut quel rapport existe entre ces métamorphoses et l’ordre d’apparition des animaux sur la terre, ainsi qu'entre cet ordre et la gradation structurale ou le rang hiérarchique des animaux actuellement vivants. La complication de la structure, chez tous les animaux, nous est assez connue pour qu’il nous soit possible de choisir, dans toutes les classes où le développement embryonnaire a été suffisamment étudié, les exemples de celte corrélation entre la gradation de la structure et l’évolution de l’embryon. Mais il importe qu’on apprécie combien les traits principaux du règne animal sont étroitement combinés, soit qu’on envisage ou la complication de la structure, ou la succession des types dans le temps, ou l'évolution embryonnaire des types actuels. Je me reporterai donc, de préférence, aux mêmes types que j’ai précédemment choisis pour la démonstration des autres rapports.

Chez les Échinodermes, nous trouvons, dans l’ordre des Crinoïdes, les types pédonculés au plus bas degré de l’échelle (2), les Comalules au plus haut, et nous savons que le jeune de la Comalule est un Crinoïde pédonculé qui ne devient libre qu'à un âge plus avancé (3). J. Muller a démontré que, parmi les Échinoïdes, les représentants les plus parfaits, les Spatangoïdes, ne différent que légèrement, dans le jeune âge, des Échinoïdes, et pas un zoologiste ne mettra en doute que ceux-ci ne soient inférieurs à ceux-là. A l’égard des Crustacés, Dana (à) a insisté particuliérement

(1) Voyez ouvr. cités p.108. 109, 133 et Milne Edwards, Considérations sur quelques principes relatifs à la classification.

(2) J. Miiller, Liber Penlacrinus Capui Médusa;. Berlin, 1833, Akad. d.tuiss.

(3) Ed. Forbes, Hisl. of Brit. Slarfishes. Londres, 1851, p. 10.

(4) Dana, op. rit. — Burmeister, Cirripédet, noie 2, p. 126.

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sur la gradation sériaire qu’on peut tracer entre les différents types de Décapodes. L’ordre naturel descend des Brachyures, en passant par les Anomoures, les Macroures, les Tétradécapodes, etc., jusqu’aux Entomostracés. Or, le caractère macrourien de l'embryon des Crabes a été pleinement établi par Rathke (1), dans ses admirables recherches sur l’embryogénie des Crustacés. J’ai moi-même démontré que les jeunes des Macroures reproduisent les formes des Entomoslracés, à ce point que certains d’entre eux ont été décrits comme des espèces de ce dernier ordre (2). J’ai complètement expliqué, dans un mémoire spécial (3), la corrélation existant entre la gradation des Insectes et leur évolution embryonnaire. Des parallèles de même nature ont été faits dans la classe des Poissons (4). Chez les Reptiles, les Ralraciens fournissent un exemple remarquable du fait (5) {voy. sect. xii). Parmi les Oiseaux (6), tous les jeunes ont les pieds uniformément palmés; c’est encore là une corrélation entre les petits des ordres supérieurs et les adultes, aux caractères permanents, des ordres inférieurs. Dans l’ordre des Carnivores, les Phoques, les Plantigrades et les Digitigrades, montrent la même correspondance entre la hiérarchie des représentants de plus en plus élevés d’un même type, et les changements embryonnaires par lesquels passe successivement le représentant qui occupe le degré supérieur.

Il serait superflu d’ajouter d’autres preuves pour faire voir que, dans tout le règne animal, il existe la plus étroite corrélation entre la gradation des types et les changements embryonnaires subis par leurs représentants. Et cependant, quel rapport génésique peut-il exister entre le Pentacrinus des Indes Occidentales et lesComalules qui sont de, toutes les mers? Entre les embryons des Spatangoïdes et ceux des Échinoïdes; entre les premiers et l’Ecbinus adulte ; entre la

(1) Rathke, cité p. 127, note 1.

(2) Twelve Lectures , etc., p. 67.

(3) Classif. of Insects, etc.

(à) Poissons fossiles, etc.

(5) Tivelve Lectures, etc., p. 8.

(6) Lake Superior, etc., p. 19é,

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larve du Crabe et le Homard ; entre la Chenille d’un Papillon et une Teigne adulte ou un Sphynx adulte; entre le Têtard d’un Crapaud et un Ménobranche ; entre un jeune. Chien et un Phoque, si ce n’est la commune subordination à un plan arrêté par une Intelligence créatrice?

Rapports entre la structure, le développement embryonnaire, l’ordre de succession géologique et le mode de distribution géographique des animaux.

Il faut embrasser, d’un coup d’œil, un champ immense et des faits innombrables, pour apercevoir l’ordre qui règne dans la distribution géographique des animaux. On ne doit donc pas s’étonner que cette branche de la Zoologie soit restée fort en arrière des autres divisions de la science. On ne doit pas non plus être surpris que la géographie des plantes soit beaucoup mieux connue que celle des animaux. Le tapis de végétation qui recouvre la surface du globe forme un dessin vigoureusement accusé, tandis que les combinaisons produites par le groupement des animaux ne sont guères visibles. Malgré cela, peut-être, un jour, saisira-t-on plus aisément les relations qu’il y a entre la distribution géographique et les autres grands rapports généraux du règne animal; car l’échelle des différences structurales est plus grande chez les animaux que chez les plantes. Dès aujourd'hui même, quelques coïncidences curieuses tendent à prouver que la distribution géographique des animaux est en rapport direct avec le rang qu’ils occupent dans leurs classes respectives, avec leur ordre de succession aux âges passés, et aussi, bien que d’une façon moins immédiate, avec leur évolution embryonnaire.

Presque toutes les classes possèdent des familles tropicales, et celles-ci ont généralement dans la classe un rang très-élevé. Quand, au contraire, elles sont situées sur un niveau évidemment inférieur, il y a, entre elles et les types qui

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