UNITÉ DE PLAN DANS DES TYPES DIVERS
Quand les naturalistes ont voulu déterminer quelle in^ lluence les causes physiques ont sur les êtres vivants, ils ont constamment méconnu le fait, que les modifications provenant de cette influence sont seulement d’une importance secondaire pour la vie des animaux, et n’affectent ni le plan générai ni les complications diverses de la structure. Quelles sont les parties du corps qui soient véritablement affectées à un degré quelconque par les influences extérieures? Ce sont principalement celles qui sont en contact immédiat avec le monde extérieur, comme la peau, et dans la peau les couches superficielles, la coloration, l’épaisseur de la fourrure, le pelage, les plumes, les écailles, ou encore la taille et le volume du corps, en tant qu’ils dépendent de la quantité et de la qualité de l’aliment, l’épaisseur du test des Mollusques, suivant que ceux-ci vivent dans des eaux ou sur un terrain plus ou moins riche en calcaire, etc. La rapidité ou la lenteur de la croissance sont aussi influencées dans une certaine mesure par les variations des saisons dans des années différentes; de même la fécondité, la durée de la vie, etc. Mais tout cela n’a rien à voir avec les caractères essentiels des animaux.
11 y aurait à écrire un volume sur l’indépendance où sont les êtres organisés vis-à-vis des agents physiques. Presque tout ce qu’on attribue généralement à l’influence de ces derniers doit être regardé comme une simple corrélation entre eux et les animaux, résultant du plan général de la création.
Unité de plan dans des types d’ailleurs profondément divers.
Rien dans le règne organique n’est de nature à nous impressionner autant que l’unité de plan qui apparaît dans la structure des types les plus divers. B’un pôle à l’autre pôle, sous tous les méridiens, les Mammifères, les Oiseaux, les Reptiles, les Poissons, révélent un seul et même plan de
DE L’ESPÈCE
structure (1). Ce plan dénote des conceptions abstraites de l’ordre le plus élevé ; il dépasse de bien loin les plus vastes généralisations de l’esprit humain, et il a fallu les recherches les plus laborieuses pour que l’homme parvînt seulement à s’en faire une idée. D’autres plans non moins merveilleux se découvrent dans les Articulés, les Mollusques, les Rayonnés (2), et dans les divers types des plantes (S). Et cependant ce rapport logique, cette admirable harmonie, cette infinie variété dans l’unité, voilà ce qu’on nous représente comme le résultat de forces à qui n’appartiennent ni la moindre parcelle d’intelligence, ni la faculté de penser, ni le pouvoir de combiner, ni la notion du temps et de l’espace! Si quelque chose peut placer, dans la nature, l’homme
(1) Consultez sur ce point : Lor. Oken, Ueber die Bedeutung der Schütlel Knochen. Francfort, 1807, brochure in-4°. — J. B. Spix, Cephalogenesis, sive capitis ossei structura, formalio et significatio. Munich, 1815, in-folio. — Et. Geoffroy Saint-Hilaire, Philosophie anatomique. P aris, 1818-1823, 2 vol. in-8° ; et plusieurs mémoires dans les Annales des sciences naturelles elles Mémoires du Muséum , etc. — C. G. Carus, Von den Ur.-Thcilen des Knochen und Schalengerüstes. Leipzig, 1828, in-folio. — R. Owen, On the Archétype and Homologies of the Verlebrale Skeleton. London, 1848, in-8°.
(2) Lor. Oken, Lehrbuch der Nalur philosophie. Icna, 1809-1811, 3 vol. in-8". En anglais : Eléments of Physio-philosophy (Kay Society, London, 1847, in-8°). — G. Cuvier, Sur un noutieau rapprochement à établir entre les classes qui composent le règne animal (Annales du Muséum, vol. XIX, 1812). — J. C. Savigny, Mémoires sur les animaux sans vertèbres. Paris, 1816, in-8 0 . — G. E. von Baer, Ueber Entwickelungsgeschichte der Thitre. Konigsberg, 1828, in-4°. — R. Leukardt, Ueber die Morphologie und die Verwandtschaflsverhittlnissc der wirbellosen Thiere. Brunswick, 1848, in-8°. — L. Agassiz, Twelve Lectures on comparative Embryology. Boston, 1849, in-8°. — On Animât Morphology, dans Proc. Amer. Assoc. for the advanc. of Science. Boston, 1850, in-8°, p. 411. J'appelle particulièrement l’attention sur ce mémoire, qui se rapporte directement au sujet traité dans ce chapitre. — V. Carus, System der thierischen Morphologie. Leipzig, 1853, in-8. — J. Muller, Ueber den Bau der Echinoderme», dans Akad. J. IViss. Berlin, 1854, in-4°.
(3) J. W. Gothe, Zur Naturwissenschafl überhaupt, besonders sur Morphologie. Stuttgart, 1817-1824, 2 vol. in-8. En français : Œuvres d’histoire naturelle, comprenant divers mémoires d’anatomie comparée, de botanique et de géologie. traduits et annotés par Ch. Fr. Martins. Paris, 1837, in-8°, avec atlas in-folio. — A. P. de Candolle, Organographie végétale. Paris, 1827, 2 vol. in-8°. — Al. Braun, Verglcichende Untcrsuchung überdie Ordnung der Schuppen an den Tanncnzapfen, als Einleitung zur Untersuchung der Blattstellung überhaupt, dans Acta nova Acad. nat. curios., vol. XV, 1829. — Das Individuum der Pflanxe, dans Akad. d. Wits. Berlin, 1853, in-4°.