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DÉPENDANCE MUTUELLE DES ANIMAUX ET DES PLANTES

dépassent les tropiques et s’étendent sur la zone tempérée.

Un autre rapport intéressant à signaler entre la distribution géographique des animaux et leurs représentants aux âges antérieurs, c'est l’absence de types embryonnaires dans les régions chaudes. La zone torride ne possède aucun vrai représentant des périodes géologiques primitives; elle a le Pentacrinus, mais il ne se rencontre pas au-dessous du Lias; elle a le Nautile, parmi les Céphalopodes, mais rien qui ressemble à l’Orthocêre; on y trouve les Limules, mais rien de pareil aux Trilobites.

L’étude des rapports entre le rang des animaux et leur distribution géographique rencontre une difliculté trèsgrande, de l’obscurité même, à certains égards, dans ce fait que des types tout entiers, caractérisés par une structure particulière, ont un habitat singulièrement circonscrit. Et cependant cela est une nouvelle preuve de l’intime corrélation qu’il y a entre les deux choses. Pourquoi l’Australie n’a-t-elle ni Singes, ni Carnivores, ni Rongeurs, ni Pachydermes, ni Edentés? C’est ce que je n’ai pas à expliquer; mais tout zoologiste sait qu’il en est ainsi ; il n’ignore pas que les Marsupiaux (1) de ce continent représentent en quelque sorte, par les modifications de leur structure spéciale, les autres ordres de Mammifères. L’Australie apparaît donc comme un continent qui aurait conservé les caractères des vieux âges géologiques. Dès lors il n’est personne qui ne comprenne de quel haut intérêt pour la classification sera une connaissance plus étendue de la distribution générale des animaux et des particularités de structure propres aux types localisés.

Mutuelle dépendance du règne animal et du règne végétal.

On savait fort bien depuis longtemps, par les expériences de De Saussure, que la respiration s’accomplit d’une manière

(1) Voyez section il.

différente chez les animaux et chez les plantes, et que, si les premiers absorbent de l’air atmosphérique pour exhaler de l’acide carbonique, les secondes s’approprient, le carbone et exhalent l’oxygène. Mais ce furent seulement les travaux de Dumas et Boussingaull (1) qui, en appelant d’une façon particulière l’attention des naturalistes sur ce sujet, tirent bien comprendre la mutuelle dépendance où sont l’un de l’autre, à cet égard, le règne animal et le règne végétal. On sut que l’un produit ce que l’autre consomme et vice versâ, de manière à rétablir l’équilibre que chacun d’eux isolément ne manquerait pas de troubler, dans une certaine mesure. La pratique agricole usuelle de la fumure des terres montre, d’un autre côté, cette réciprocité d’action d’un règne sur l’autre. Les parties non digérées de l’aliment des animaux retournent au sol et le fertilisent pour une nouvelle production végétale (2). De plus, directement ou indirectement, le règne animal tout entier a un besoin absolu du règne végétal pour sa subsistance, car les Herbivores préparent l’aliment nécessaire aux Carnivores. Nous sommes bien loin du temps où l’on croyait que les Vers étaient engendrés par la pourriture des fruits ou d’autres substances végétales, et il est inutile de répéter ici ce que l’on sait du mode de reproduction de ces animaux. 11 n’est pas non plus nécessaire de montrer la grande absurdité de l’hypothèse suivant laquelle les plantes auraient été produites, en premier lieu, par les agents physiques, pour donner ensuite, elles-mêmes, naissance aux animaux. Qui donc aurait inspiré aux agents physiques de rendre le monde animal tout entier dépendant du monde végétal?...

Non ; des faits aussi généraux prouvent, plus directement qu’une masse de faits particuliers et sans liaison, l’établissement d’un ordre de choses parfaitement réglé et dont toutes les dispositions ont été prévues et combinées à l’avance. Ils dénotent, en effet, des conditions d’existence savamment

(1) Dumas, Leçons sur la sialique chimique des dires organisés (an», sc. nalur., 2° série, vol. VI, p. 33 ; vol. XVII, p. 122).

(2) Liebig, Chimie agricole. — Chimie animale.

PARASITISME

équilibrées, préparées de longue main et telles que, seul, un Être Intelligent a pu les ordonner.

Animaux et Plantes parasites.

Si indépendants que les animaux puissent paraître les uns des autres, il en est cependant qui, pour vivre, ont besoin d’être en connexion intime avec d’autres créatures animées, dont ils sont les parasites à l’intérieur ou à l’extérieur. Tels sont les Vers intestinaux et toute la vermine de la peau (1). Parmi les plantes, de nombreuses Orchidées, des Broméliacées, le Gui, l’Orobranche, le Rafflesia, peuvent être cités comme d’autres exemples remarquables de parasitisme.

Les parasites appartenant au règne animal présentent une variété très-grande. 11 faudrait des volumes pour les décrire et en faire l’histoire, car leurs relations, avec les animaux ou les plantes dont leur existence dépend, sont aussi variées que leurs formes mêmes et leur structure.

Or, un fait d’une importance extrême et à noter tout d’abord, c’est que, par eux-mêmes, ces parasites ne constituent pas une grande division du règne animal. Il y a des parasites dans tous les embranchements, il y en a dans presque toutes les classes, et, dans aucune, ils ne constituent un ordre naturel. De plus, le même tube intestinal est habité par des parasites différents. Ce sont là des faits significatifs. Ils prouvent que le parasitisme n’a point pour fondement telle ou telle combinaison particulière des traits essentiels de la structure des animaux, mais bien certaines corrélations

(1) Voyez les notes bibliographiques de la section xix, et K. A. fiudolphi, Entozoorum sive Vermium, etc. — S. G. Bremser, Ueber lebende H ilrmer im lebenden Menschen. Wien, 1819, in-â. — F. Dujardin, Hist. nat. des Helminthes, etc. — C. Jl. Diesing, Historié, Vermium, etc. — Fr. Kuchenmeister, Die in und an dem KG r per des lebenden Menschen vorkommenden Parasilcn. Leipzig, in-8, 1855. — R. Leuckart, Parasilcn in Parasitismes ( Vieronl’s Archiv, 1852). — Ch. Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites qui croissent sur l’homme et sur les animaux vivants. Paris, 1853, in 8.

DE L’ESPËCE.

d’un caractère principalement spécifique. Les parasites ne sont pas non plus, à l’égard des autres êtres organisés qui les supportent, dans une dépendance toujours également étroite. Pour quelques-uns, tout se borne à vivre aux dépens d’un autre animal. Certains d’entre eux, au contraire, ont, avec l’être sur lequel ils se développent et se multiplient, une connexion si intime qu’ils meurent bientôt si on les transporte sur un individu d’une autre espèce. 11 n’y a pas, non plus, une catégorie spéciale d’animaux servant de proie aux parasites; loin de là, chaque animal a les siens.

On compte bien peu de parasites, à proprement parler, parmi les Vertébrés. 11 n’y en a aucun qui soit Mammifère. Chez les Oiseaux, quelques espèces, peu nombreuses, dépendent des autres pour faire couver et éclore leurs œufs; tels sont le Coucou d’Europe et le « Cowbird » de l’Amérique du Nord. Chez les Poissons, quelques petits Ophidiums (Fierasfers) pénètrent dans la cavité du corps des grosses Holothuries et y font leur séjour (1). L 'Echeneis s’attache à d’autres Poissons, mais temporairement.

Parmi les Articulés, le nombre des parasites est très-grand. Il semble que ce soit le vrai caractère de cette classe, si remarquable par l’expansion extérieure de toute son organisation, de contenir la variété la plus considérable de parasites. C’est en effet dans son sein que s’observent les combinaisons les plus extraordinaires de ce singulier mode d’existence. Les Insectes, en général, sont bien plus étroitement que les grands Herbivores dans la dépendance des plantes qui les nourrissent. C’est à ce point que la plupart d’entre eux sont, pendant toute leur existence, astreints à vivre sur une espèce végétale unique ; par exemple les Pucerons, les Cochenilles, les Gallinsecles (Cynips). Chez quelques autres, la larve seule est réduite à s’alimenter d’une plante spéciale, et, chez d’autres encore, comme les Œstres, les larves se développent sous la peau, ou dans l’intestin, ou à l’intérieur des cavités nasales de certains animaux. Les Ichneumons déposent leurs œufs dans

(t) Voyei ci-dessus page 110, noie 1.

PARASITISME

les larves d’autres Insectes, que leurs jeunes dévoreront jusqu’à ce qu'ils se transforment. Parmi les Insectes parfaits, il y en a qui ne vivent qu’en communauté; tels sont les Fourmis, les Clavigéres, les Clérus, les Abeilles. Quelques espèces de Fourmis vivent, toutefois, sinon comme des parasites les unes sur les autres, au moins les unes aux dépens d’autres réduites à une sorte d’esclavage. 11 y a enfin des Insectes qui vivent sur le corps des animaux à sang chaud, comme les Poux, les Puces, et de ceux-là le nom est légion. Quelques Hydracnées sont parasites de Mollusques aquatiques (1)1

Parmi les Crustacés, il est des Crabes qui vivent dans la coquille de certains Mollusques, par exemple les Pinnothères de l’Huître et de la Moule. J’en ai trouvé une autre espèce sur des Oursins ( Pinnotheres Melittæ, nouvelle espèce, sur le Melitta quinquefora). Les Pagures prennent la coquille des Mollusques pour s’en faire un abri, et nombre d’ Amphipodes vivent sur les Poissons, attachés aux branchies, à la langue, à la peau, ou sur les Étoiles de mer (2). Le Cyamus Ceti vit sur la Baleine. Quelques Cirripèdes sont parasites des Baleines, d’autres le sont des Coraux. Dans la famille des Lernéens, les femelles vivent principalement en parasites sur les branchies, les nageoires ou le corps des Poissons, tandis que les mâles sont indépendants.

Ce mode d’existence est encore plus fréquent chez les Vers. Tandis que quelques-uns d’entre eux se bornent à vivre au milieu des Coraux, il en est d’autres dont les familles entières ne sont formées que de véritables parasites. Ici, encore, nous trouvons les relations les plus variées. Certains Vers, en effet, sont constamment parasites et d’autres ne le

(1) Chr. L. Nitzsch, Darstellung der FamiUen und Galtungen der Thierinsekten. Halte, 1818, in-8. — C. v. Hayilen, Versuch einer systematischen Kintheilung der Acariden. Isis, 1826, p. 608. — J. S. C. Ratzenburg, Die Ichneumonen der Forstinsekten. Berlin, 1 844-52, 3 vol. in-4, ilg. — Rr. Clark, Observations on the 6’enus Oeslrus ('irons. Lin. Soc., III, p. 289, fig.). — C. L. Kocl), Die F/lanzen-Lliuse, Aphiden. Nürnberg, 1846, in-8, Ilg. — Ant. Dugès, Recherches sur l’ordre des Acariens ( Ann. sc . nat., 2* sér. , 1834, I, p. 5; II, p. 18, Ilg.).

(2) J’ai trouvé un nouveau genre de celte famille sur des Astéries Hclianthoïdes.

sont que durant une certaine période de leur vie. Les jeunes du Gordius sont des animaux indépendants; à un certain moment, ils s’insinuent dans le corps d’un Insecte, puis ils l’abandonnent quand l’heure de la propagation est venue. Le jeune Distôme vit librement dans l’eau, à l’état de Cercaire, puis il passe le reste de sa vie dans le corps d’un autre animal. Le Tænia, au contraire, ne cesse jamais d’être parasite, et il n’y a que ses œufs qui circulent d’un animal à un autre ; mais chez lui, comme chez quelques autres Vers intestinaux, il se passe un fait remarquable. Les premières transformations du parasite s’accomplissent dans le corps d’un animal d’une certaine espèce, il ne pourra toutefois compléter son développement que dans le corps d’un autre animal, d’espèce différente et supérieure à la première. Il faut qu’il soit avalé par ce second hôte, avec la chair de l’hôte précédent. C’est le cas de quelques Filaires, des Tænias et des Bothriocéphales. Ils habitent d’abord le corps de Poissons inférieurs qui sont avalés par des Requins ou des Oiseaux aquatiques, ou celui de Souris qui sont à leur tour dévorées par des Chats, et c’est dans l’intestin de son dernier nourricier que le parasite subit sa transformation définitive. Quelques Vers effectuent des migrations étendues, à travers les corps d’autres animaux, avant de rencontrer le milieu convenable à leur développement final (1).

On compte peu de parasites parmi les Mollusques, si même il en est qu’on puisse véritablement appeler de ce nom. On pourrait citer, comme exemples, les mâles de quelques Céphalopodes qui n’abandonnent jamais le corps de leurs femelles (2) , les Gastéropodes qui se développent au sein des Coraux (3), le Litholomus et une variété d’Arcas trouvée dans les Coraux.

(1) Voyez, outre les ouvrages déjà cités, notamment section xix, D. Weinland, The Plan adopted by nature for lhe Préservation oflhe various species of Helminthes (Proc. Bost. nat. ffist. Soc., 1858).

(2) Voy. ouvr. cit., sect. xix.

(3) Ed. Rüppell, Mémoire sur le Magilus anliquus (Trans. Soc., Slrasb . , 1832, 1. 1, ftg.).

PARASITISME

A proprement parler, il n’y a pas de Rayonnés parasites. On notera cependant que plusieurs d’entre eux s’attachent de préférence à certaines plantes et que les jeunes de quelques autres demeurent en continuité avec leur parent (tous les Coraux, par exemple, et même quelques Crinoïdes, comme la Comatule de Charleston).

Dans tous ces divers cas, la probabilité que des êtres aussi singuliers soient, à un degré quelconque, le produit des forces physiques, est moindre encore que dans le cas d’animaux indépendants. Effectivement, ici, au fait de l’existence des animaux eux-mêmes s’ajoutent toutes les conditions si compliquées de leur manière de vivre et toute la variété de leurs rapports avec d’autres organismes. Or, si, des relations existant entre les êtres indépendants, on peut déjà conclure que les circonstances extérieures n’ont pas pu devenir la cause de leur existence, combien moins encore serait-on autorisé à attribuer aux parasites une origine aussi simple ! On a supposé, il est vrai, qu’ils avaient pris naissance dans le corps des animaux aux dépens desquels ils se nourrissent. Mais alors, que dire de ceux qui, comme leGordius, ne s’introduisent dans le corps de leur victime qu’à un degré déjà tant soit peu avancé de développement? Et ceux qui ne vivent qu’à la surface du corps des autres animaux, comme les poux, sont-ils un produit de la peau? Et ceux qui ont à passer du corps d’un animal inférieur dans celui d’un animal supérieur, pour accomplir leurs métamorphoses, et chez lesquels cette succession de gîtes est la règle?... Dira-t-on que cet arrangement a été imaginé par la première victime, ou imposé par elle à la seconde, ou inventé pour toutes deux parles forces physiques? Enfin, lorsque les femelles seules sont parasites, les deux sexes auraient-ils une origine diverse? Les mâles et les femelles seraient-ils les produits de forces diverses?...

J’ai beau faire ; je ne parviens pas à concevoir comment l’origine des parasites peut être rapportée aux forces physiques. A moins, toutefois, qu’on ne considère les animaux eux-mêmes comme des forces physiques, par rapport aux

DE L’ESPÈCE

parasites qu’ils entretiennent. S’il en est ainsi, pourquoi la victime ne parvient-elle pas à s’en débarrasser aussi bien qu’à les produire? Car il n’est pas supposable que tout cela puisse avoir lieu sans quelle en ait conscience, puisque les parasites sont, quant à la structure, en corrélation si intime avec les types divers auxquels ils sont spéciaux.

L’existence de parasites particuliers à des types si nombreux et si variés, dans le règne animal aussi bien que dans le règne végétal, est un fait d’une signification profonde, que l’Homme lui-même ne saurait trop sérieusement méditer. Admirons ces merveilles, mais comprenons l’enseignement qu’elles renferment et ne nous glorifions pas trop d’une indépendance, d’ailleurs réelle. Tous les rapports dans la nature sont réglés par une sagesse supérieure. Apprenons donc, enfin, à nous conformer, dans les limites de notre sphère propre, aux lois assignées à chaque race!

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