XXX II
Combinaison dans le temps et dans l’espace de divers rapporta qui s’observent chez les animaux.
Pour peu que la pensée se concentre sur les rapports mutuels ou le parallélisme que présentent, les uns à l’égard des autres, tous ces caractères du règne animal, tirés de la structure, de l’embryologie, de la géologie, de la géographie, on est saisi par l’évidence de cette conclusion : toutes ces choses ont été établies par un Esprit réfléchi ; elles constituent en même temps le côté de la nature le plus accessible à notre intelligence, dès que celle-ci s’efforce de pénétrer la relation des êtres finis avec leur cause.
Les phénomènes du monde inorganique, comparés à ceux du monde organique, sont tous très-simples. Pas un des grands agents physiques, électricité, magnétisme, calorique, lumière, affinité chimique, ne présente, dans la sphère d’activité qui lui est propre, des phénomènes aussi compliqués
coïncidences entre le monde org. et le monde inorg. 199
que ceux dont le dernier des cires organisés nous rend témoins. Au contraire, il n’est pas besoin de s’adresser au plus élevé de ces êtres pour retrouver, à côté des phénomènes exclusivement propres à la vie, les mêmes phénomènes physiques qui se produisent dans le monde purement matériel. Puis, donc, que le corps organisé renferme tout ce que contient le monde inanimé, plus une puissance qui lui • est propre, comment aurait-il été produit par les agents physiques? Si les physiciens, familiers avec les lois du monde inorganique, reconnaissent que ces lois doivent avoir été établies au commencement des choses, comment nieraient-ils que, à fortiori, les lois infiniment complexes du monde vivant ont dû être établies après les autres, successivement, et au fur et à mesure de la création des types végétaux et animaux. En effet, pendant une longue période il n’y a pas trace, à la surface de la terre, de l’existence du monde organique.
Jusqu’à présent, ce sont les contrastes existant entre le monde organique et le monde inorganique (1) que nous avons toujours recherchés et examinés. Au point où nous en sommes venus, il n’est peut-être pas hors de propos de jeter un coup d’œil sur leurs coïncidences. Quelques-unes prouvent directement que l’ordre, dans le monde physique, a été établi conformément à des lois qui atteignent aussi les êtres vivants. Ainsi, dans la sphère de chaque règne, organique ou non, se découvre, avec une égale évidence, l’œuvre d’un Esprit réfléchi. Tout le monde sait que l’arrangement des feuilles d’une plante (2) peut être représenté par une série très-simple de fractions qui, toutes, sont ou des approximations graduelles vers la moyenne arithmétique des quantités 1/2 et 1/3, ou cette moyenne elle-même. Entre ces deux limites, maximum et minimum, varie l’écartement observé entre deux feuilles consécutives. La série normale exprimant les diverses combinaisons qu’on observe
(1) Voy. sections xxv, xxvi, xxvn, xxvw, xxix, xxx et xxxi.
(2) Voy. les ouvrages cités p. 24, note 3. — Wright (C.), On lhe Pliylltlaxit, Aslr. Jour n., vol. V, déc. 1856.
DE L’ESPÈCE
le plus généralement entre les feuilles des végétaux est la suivante :
f i * 3 JL J*. 1 3 2 I nlp
st'f 3> 5> 8* |3> 34 > 55»
Or, en comparant cet arrangement des feuilles sur l’axe qui les supporie, avec les révolutions des globes qui font partie de notre système solaire, Peirce a découvert la plus parfaite identité entre les lois fondamentales qui règlent l’un et celles qui gouvernent les autres. C’est ce qu'on peut voir d’un coup d’œil, au moyen du diagramme suivant. La première colonne contient le nom des planètes; la deuxième donne, exprimé en jours, les temps vrais de leur révolution sidérale ; dans la troisième sont inscrites les durées de celte même révolution, telles qu’elles seraient dans l’hypothèse ou chacun des nombres qui les indiquent serait, avec celui qui le précède ou celui qui le suit, dans le rapport exprimé par un des termes de la série phyllotaxique ; la quatrième enfin est la suite des fractions qui représente la loi de l’arrangement des feuilles.
Neptune. . . . 60,129 62,000
Uranus. . . . 30,687 31,000 ‘
Saturne. . . . 10,759 10,333 5
Jupiter. . . . 4,333 4,133. . . . £
Astéroïdes... 1,200 5 2^000. . 1,550 3
Mars 687 596
La Terre. . . 365 366. . . J \ ç
Vénus 225. ..... 227. . . J» j v *
Mercure. ... 88 87. .... 1?
Dans cette série, la Terre forme une lacune; mais il est aisé d’expliquer cette irrégularité apparente. Les fractions 1/2, 1/3, 2/5, 3/8, 5/13, 8/21, 13/34 dont chacune fait connaître, pour une plante, la place que prennent successivement les feuilles en s’enroulant le long de la tige, par la voie la plus courte, sont identiques, quant à leur signification, avec celles qui expriment ces mêmes positions par la voie la plus longue : 1/2, 2/3, 3/5, 5/8, 8/13, 13/21, 21/34, etc.